La célébration de la nouvelle année hégirienne

bâtir une conscience collective et une culture saine comprendre les enjeux de notre époque marcher dans les pas des maîtres de la conscience Aug 11, 2021
Notre bien-aimé, le Prophète Mohammed (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui), n’a jamais célébré la nouvelle année hégirienne de même qu’il n’avait jamais fêté non plus la fête de sa naissance (Mawlid). Ces deux célébrations ont été instaurées au fil du temps par nos ancêtres spirituels, les Hommes de Dieu qui ont porté l'héritage prophétique au fil des siècles.
 
La célébration de la naissance du Prophète a ainsi eu lieu pour la première fois au IIIème siècle puis a été généralisée partout dans le monde musulman à partir du Xème siècle. À partir de ce moment, le Mawlid a été célébré partout, des campagnes les plus éloignées aux villes les plus peuplées à tel point qu’à une époque, on ne pouvait pas trouver un seul musulman qui ne fêtait pas la naissance de son Bien-Aimé.

La fête du nouvel an de l’Hégire est apparue bien plus tard, pendant la période coloniale. Son objectif était de conserver l’identité islamique face aux colons qui célébraient leurs festivités (Noël et nouvel an grégorien) avec leurs gâteaux, leurs musiques et leurs lumières.
 
En ce qui concerne Noël, on peut constater que les couleurs choisies sont clairement inspirées des festivités des musulmans durant le Mawlid, le rouge et le vert étant les couleurs des gens de la Maison du Prophète (que Dieu continue de nourrir leurs êtres et nous donne une vraie connexion avec eux). Lorsque les missionnaires catholiques se sont rendus en Egypte, ils ont aimé cette ambiance de célébration avec des bougies vertes et rouges partout dans les rues et ils ont décidé de fêter la naissance de notre Maître Jésus (que Dieu continue de nourrir son être et notre connexion à lui) de la même façon. 
 
 

UNE LUTTE CULTURELLE

Des siècles plus tard, la colonisation a eu lieu, colonisation dont les acteurs n'étaient cette fois-ci pas des religieux. C'était plutôt des laïques qui souhaitaient affirmer leur supériorité culturelle et civilisationnelle. Ils souhaitaient assimiler la population en imposant leurs langues et leurs célébrations : ils poussaient les peuples colonisés à s’habiller comme eux, à fêter leurs fêtes, à délaisser leurs instruments traditionnels pour les remplacer par leurs instruments, à changer leur façon de manger et de boire, à dormir dans des lits comme eux, construire les mêmes maisons qu’eux, etc.
 
Face à cette attaque culturelle et identitaire, des savants comme Sidi Ahmed al-‘Alawi (que Dieu nous connecte à son héritage) ont instauré cette innovation de la célébration de la nouvelle année hégirienne. Ce grand homme de Dieu avait compris qu’il était en train d’assister à l’effondrement et l’effritement de l’identité et de la culture islamique et il a réagi à cette situation par la création d’un festival de 10 jours à Alger, et non chez lui à Mostaghanem. Du 1er Mouharrram jusqu’au jour de ‘Achoura, les rues de la capitale étaient en fête.
 
Comme il était le pôle spirituel de son époque, ses élèves l’ont suivi, puis les gens dans la société se sont emparés de cette initiative. Même les activistes qui n’étaient pas des activistes spirituels, comme les Frères musulmans par exemple, se sont appropriés cet événement car ils en ont perçu le potentiel.
 
 

L'INTENTION

En ce qui nous concerne, nous célébrons la nouvelle année dans la seule intention de suivre des savants comme Sidi Ahmed al-‘Alawi et d’autres de ses contemporains. Car ils ont été plusieurs durant la première décennie du XXème siècle à prendre cette direction, sans que nous ne sachions lesquels auraient copié les autres ou si l’inspiration leur est venue en même temps.
 
Nous considérons que c’est une bonne innovation car la culture a toute sa place dans le développement et le cheminement spirituel. L’attaque contre cette culture et contre tout ce qui constituait l'identité islamique n’était pas une attaque banale : elle était sciemment orchestrée dans l’objectif de nuire et de déraciner les gens de leur spiritualité perçue par les colons comme source de renforcement et d’épanouissement de ces populations.
 
C’est également la raison pour laquelle les savants et les hommes de Dieu ont insisté sur leur tenue vestimentaire comme par exemple sur le port du turban. Pas parce qu’il serait interdit de prier en jean ou dans un pull de telle ou telle marque, mais parce qu’ils savaient que le fait de se déshabiller, de délaisser les habits de leurs parents pour prendre les habits du colon, revenait à nuire à l’affirmation de soi ainsi qu’au lien spirituel. Car le lien que nous entretenons avec nos ancêtres s’avère être la corde qui nous attache au spirituel. C’est la raison pour laquelle nous présentons l’exercice de développement de conscience (dhikr) comme étant un exercice de développement de connexion avec nos ancêtres. Si l’on perd nos repères, si l’on perd le contact avec cette tradition, on perd nécessairement le contact avec la spiritualité.
 
 
"Le lien que nous entretenons avec nos ancêtres s’avère être la corde qui nous attache au spirituel."
 
 
Si l’on perd le contenant, on risque de verser le contenu. Et c’est précisément ce qui s’est passé : le contenant s’est brisé et le contenu s’est déversé. C’est pour cela que tous les vrais hommes et femmes de Dieu ont tous et toutes été les gardiens de la tradition dans leur façon de s’habiller, de manger, de vivre. Certains se sont même montrés vraiment radicalisés et obstinés en souhaitant ne négliger rien du mode de vie prophétique (sunna), pas même le plus petit détail.
 
Mawlana Shaykh Nazim (que Dieu nous connecte à son héritage) était ainsi. Jeune, il n’était pas encore un savant, mais il brûlait d’amour pour le Prophète (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui). Il était à la fois zélé et ailé : dès qu'il découvrait un habitude prophétique, il l'appliquait dans son quotidien, comme le fait de prendre du sel avant ses repas ou de s’allonger quelques temps juste avant la prière de l'aube. Il a ainsi remis en valeur nombre d'habitudes et de recommandations délaissées voire méconnues.
 
Aujourd’hui, d'autres suivent cette voie là. Je pense notamment à Habib Ali al-Jifri, et aussi bien sûr à mon guide spirituel Habib Omar ibn Hafidh qui sont eux aussi connus pour leur zèle dans l’application les plus petits détails de la loi. Ceci parce qu’ils ont compris l’importance de la tradition pour la construction de l’identité. Car ce n’est pas la forme qui compte, mais le fait de garder un lien intime avec l’identité de ses ancêtres procure une force intérieure qui aide à l’épanouissement spirituel. En revanche, se déconnecter de leur tradition fait de l’individu une plante déracinée.
 
"L’identité, la culture et la tradition sont très importantes si on les met à leur juste place qui est d’être au service du spirituel." 
 
 
Par la suite, certains courants politiques ont investi cette nouvelle célébration de la nouvelle année, alors que garder et défendre la tradition n’est pas une affaire politique. C’est une affaire spirituelle. Nous devons être des gardiens de la tradition, non pas pour l’instrumentaliser comme arme contre l’autre, mais plutôt pour asseoir notre résistance contre toute attaque quelle qu'elle soit.
 
Il nous faut honorer nos ancêtres hommes et femmes, afin que leur grâce ressurgisse de leurs tombeaux et puisse s’exprimer en nous. Ils étaient des lions, ne l’oublions jamais. L’identité, la culture et la tradition sont très importantes si on les met à leur juste place qui est d’être au service du spirituel. 
 
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