Accueillir Ramadan : première nuit, astronomie, Amn, Iman et responsabilité spirituelle
Feb 18, 2026
Première partie : Amn, Iman et responsabilité spirituelle
À la porte du mois : un esprit qui descend
Mes chers amis,
Nous voilà à la porte du mois de Ramadan. Ce mois était profondément honoré par le Messager, et il nous a invités à l’honorer comme on accueille un esprit divin descendant, comme l’esprit divin qui descend chaque nuit au troisième tiers de la nuit.
Il y a un esprit qui descend.
C’est-à-dire une fréquence divine.
Une vibration de rahma, rahma dans le sens d’amour, de pardon, de compassion, mais aussi de stimulation, de réveil, de boosting d’intelligence spirituelle et de conscience spirituelle.
Ramadan n’est pas simplement un calendrier.
C’est une atmosphère.
Une densité.
Un champ.
Le Prophète nous a appris à nous rendre disponibles pour cet esprit.
Il commence par cette prière :
Allahumma ahilahu ʿalayna bil amni wal iman wa salama wal islam wa tawfiq li ma tuhibbu wa tarda.
Et en regardant la lune :
Rabbi wa Rabbuka Allah.
Amn : la priorité oubliée
Al-Amn.
La paix.
La sécurité.
La stabilité intérieure et extérieure.
Psychologique.
Sociale.
Politique.
Le Prophète commence par cela.
Ce n’est pas anodin.
Il ne commence pas par « plus de pratiques ».
Il ne commence pas par « plus d’efforts ».
Il commence par amn.
C’est une hiérarchie.
Une société qui n’a pas amn ne peut pas développer Iman.
Un cœur qui n’a pas amn ne peut pas accéder à l’Islam intérieur.
Chercher le amn aujourd’hui est une urgence.
Celui qui perturbe la paix au nom de la religion va à l’encontre de cette invocation prophétique.
Iman : bien plus qu’une croyance
Puis vient al-Iman.
La deuxième demande est al-iman. Souvent traduit par croyance. Parfois par foi. Mais j’insiste : al-iman est un engagement spirituel et social.
Un engagement à fonder, à construire, à développer une société humaine qui ne cherche pas sa sécurité au dépend d’autres humains. Une société qui ne cherche pas sa paix contre la paix des autres, mais une paix mutuelle, fondée sur une conscience développée. Une conscience universelle.
Al-Iman, comme le Prophète l’a expliqué à plusieurs reprises, signifie devenir une personne de confiance. Un sadiq amin.
Une personne sincère.
Une personne qui ne ment pas.
Une personne qui ne triche pas.
Une personne qui respecte son voisin.
Une personne qui ne fait pas mal aux autres.
Une personne dont la présence est sécurisante.
Le Mu’min est celui qui porte la amanah avec responsabilité.
Le Mu’min est celui à qui l’on peut confier son argent, ses clés, son honneur. Celui dont on sait qu’il ne négligera pas cette amanah.
Ainsi, l’Iman est un projet. Un projet muhammadien.
Al-Amn était au cœur de la demande abrahamique :
« Rabbi ijʿal hâdha al-balad âmina. »
Avec la mise à jour muhammadienne du message universel, le projet devient celui de l’Iman.
Ce qui était Kitab devient Qur’an.
Ce qui était mission devient transmission.
Ce qui était demande et recherche de sécurité devient responsabilité de la fonder.
Responsabilité de devenir digne de confiance et de bâtir un espace de confiance mutuelle.
On l’a réduit à croyance.
On l’a réduit à foi.
Mais al-Iman, dans la pédagogie muhammadienne, est une qualité existentielle et un projet civilisationnel.
Salama et Islam : intégrité et alignement
As-Salama : rester entier.
Ne pas être morcelé.
Ne pas être arraché dans mille directions.
As-Salama, c’est l’intégrité. Rester entier. Rester intact. Ne pas se laisser fragmenter. Ne pas se laisser morceler par les tensions contradictoires de l’ego.
Puis vient al-Islam.
Non pas ici dans son sens légaliste réduit à cinq piliers, mais comme sommet du din. Comme état spirituel.
L’alignement avec le divin.
Zéro résistance.
Alignement parfait.
Soumission parfaite à la lumière complète.
Alignement avec le Tout et l’Un.
Pourquoi connecter as-Salama à al-Islam ?
Parce qu’on ne peut s’aligner avec le Tout et l’Un si l’on est fragmenté intérieurement.
Comment s’aligner avec l’Un si l’on est tiré dans mille directions ?
Comment être aligné si l’on est divisé ?
Sans intégrité intérieure, pas d’Islam authentique.
Islam sans salama devient forme vide.
Iman sans amn devient idéologie.
At-Tawfiq : la sagesse incarnée
Puis vient at-Tawfiq.
Tawfiq, c’est la concordance active avec le divin.
Li ma tuhibbu wa tarda : pour ce que tu aimes voir de moi.
C’est l’alignement qui se manifeste dans l’action.
C’est la sagesse incarnée.
Savoir quoi dire au bon moment.
Savoir se taire au bon moment.
Savoir saisir les portails et opportunités.
Savoir entrer par la porte.
Savoir reconnaître les ouvertures de grâce.
Savoir entrer dans les portails de grâce.
Savoir saisir l’instant.
C’est l’Islam devenu comportement.
Le Tawfiq est la manifestation vivante de l’Islam intérieur.
Rabbi wa Rabbuka Allah : croissance partagée
Le Prophète dit ensuite :
Rabbi wa Rabbuka Allah.
Il parle à la lune, comme à un être vivant.
Celui qui te fait croître me fait croître.
Celui qui me fait croître te fait croître.
Ce mois est un mois de croissance.
Rabbi wa Rabbuka Allah devient un état d’esprit.
Quand je rencontre quelqu’un : Rabbi wa Rabbuka Allah.
Dans la rue.
À la mosquée.
Avec mes enfants.
Nous partageons le même processus de croissance.
Je veille sur ma croissance spirituelle.
Je veille sur la croissance des autres.
Je prépare un espace de tarbiyya ; de croissance spirituelle.
L’enseignement du Messager continue
As-Siyam : revenir à l’axe
Le Prophète dit :
« As-siyam laysa min at-taʿam wa shurab. »
As-Siyam n’est pas simplement l’abstention de manger et de boire. Ce n’est donc pas réduit au jeûne.
C’est l’abstention au sens large.
Le contrôle de soi.
Le retour à l’axe.
Le Messager continue l’enseignement à d’autres moments et dans des textes divers pour nous dire de quoi il s’agit alors.
Il s’agit de :
S’abstenir de mentir.
S’abstenir de saboter.
S’abstenir de paroles de zour.
S’abstenir d’actions fondées sur le faux.
Répondre :
« Inni sa’im, inni sa’im. »
Je suis en état de consécration.
Même face à l’insulte.
Même face à l’agression.
Si la colère nous vient :
S’asseoir si l’on est debout.
Se calmer.
Se recentrer.
Tout cela se résume en un mot : al-Iman, tel que je l’ai défini plus haut.

Partie 2 : La première nuit : architecture invisible du mois et l’importance de se référer à l’astronomie
Maintenant, arrêtons-nous longuement sur la première nuit
Selon la tradition prophétique, lorsque la première nuit de Ramadan arrive, la veille du premier jour de sawm :
-
les shayatin (diables qui cherchent à diviser) et les esprits rebelles sont enchaînés
-
les portes de l’enfer sont fermées
-
les portes du paradis sont ouvertes
-
un appel cosmique retentit
Ô chercheur de bien, avance.
Ô chercheur de mal, retiens-toi.
Mais réfléchissons.
Le sawm commence au coucher du soleil.
Il ne commence pas à l’aube.
La veille est déjà une entrée dans le mois.
Le début porte la baraka.
Takbirat al-ihram.
Bismillah.
La lettre B.
L’élan initial décide souvent de la continuité.
Pour moi, et je ne suis pas seul à le dire, cette première nuit est Laylat al-Qadr.
Pourquoi ?
Parce que l’intention est plus puissante que mille actions mécaniques.
La nuit où l’on décide est plus décisive que les actes accumulés sans conscience.
C’est la nuit où nous recevons l’invité.
La nuit où nous choisissons d’entrer.
La nuit du doute… ou la nuit du courage ?
Et pourtant…
Qu’est devenue cette nuit ?
Une nuit de « doute », drôle de nom !
Effectivement, elle est devenue une nuit de confusion qui sème le doute dans plusieurs esprits, dont le mien.
Non pas si le message est bon.
Mais si ceux qui insistent sur cette méthode archaïque nous veulent du bien et sont vraiment conscients.
La première nuit censée être une nuit de pardon universel
est devenue :
Une nuit de division.
Une nuit de querelle.
Une nuit de rivalité entre mosquées, entre pays, parfois même entre membres d’une même famille.
« C’est demain. »
« Non, c’est après-demain. »
« Nous suivons tel pays. »
« Nous suivons tel calcul. »
Pire que la divergence et la fracture, le problème est l’opportunité perdue.
Nous pourrions :
-
unifier les dates grâce à l’astronomie précise
-
planifier nos congés
-
harmoniser les familles
-
offrir un visage d’unité
Des astronomes compétents comme Hassan Talbi ont proposé des méthodes fiables.
Nous pourrions connaître Ramadan et l’ʿAïd un an à l’avance.
Mais on résiste.
Pourquoi ? Tout ça, c’est « Taqwa » et peur de se tromper ? Loyauté aux anciens textes de jurisprudence ? Vouloir s’attacher à la Tradition ?
Il y avait une époque où j’étais conciliant, mais aujourd’hui je dis clairement aux gardiens de la tradition :
Si l’on veut suivre le hadith littéralement, qu’on le suive jusqu’au bout :
Chacun doit monter alors sur une colline, regarder à l’œil nu.
Pourquoi accepter des instruments optiques et refuser les calculs astronomiques ? Elle est où la cohérence ?
« Voir » n’est pas uniquement une vision oculaire.
Voir, c’est établir la certitude.
Le Prophète a proposé la méthode la plus simple et accessible à son époque.
Le Coran dit :
Faman shahida minkum ash-shahr fal-yasumh
Il ne dit pas : « celui qui voit le croissant ».
Shahida signifie être présent. Être témoin.
Être témoin du mois : présence et maturité
On dit : shahida Badran.
Cela signifie : il était présent. Il a assisté.
Donc littéralement :
Celui qui est présent au mois, qu’il s’y consacre.
Mais plus profondément :
Celui qui développe une présence consciente au mois, qu’il entre dans le sawm.
Être témoin ne signifie pas seulement être biologiquement vivant.
Cela signifie :
-
être réceptif
-
être disponible
-
être aligné
La première question n’est pas :
Ai-je vu la lune ?
La première question est :
Suis-je présent ?
Suis-je intérieurement disponible ?
Si je passe la première nuit à débattre, à prouver que j’ai raison, à défendre mon groupe, alors je suis peut-être vivant biologiquement, mais absent spirituellement.
La vraie maturité commence ici.
Le véritable siyam commence avant la faim
Peut-être que le véritable siyam commence ici :
S’abstenir de nourriture.
Mais aussi d’ego.
S’abstenir de boire.
Mais aussi de vouloir triompher.
Revenir à l’axe.
Revenir au centre.
Car sans intention unifiée, mille calculs ne suffiront pas.
Mais avec une intention claire, nous verrons ce qui est mieux pour tous.
La vraie question
La vraie question n’est pas :
Quand commence Ramadan ?
La vraie question est :
Quand commence notre maturité spirituelle ?
Quand décidons-nous :
-
de privilégier amn
-
d’incarner Iman
-
de préserver Salama
-
de vivre Islam
-
de manifester Tawfiq
Et peut-être que la première nuit est un miroir.
Les shayatin sont enchaînés, dit le hadith.
Si la division continue…
Alors elle ne vient plus d’eux.
Elle vient de nous.
Et peut-être que la nuit du doute est en réalité la nuit du courage.
Le courage de dépasser la lettre pour saisir l’esprit.
Le courage de concorder avec l’évolution de l’intelligence humaine, qui n’est pas différente de la grâce divine.
Le courage de choisir l’unité et de prendre les méthodes qui nous y mènent.
Le courage de devenir témoin.