'Achoura : un appel au sacrifice et à l'introspection

achoura développement de conscience marcher dans les pas des maîtres de la conscience mouharram se développer en tant qu'être humain vivre en harmonie avec le divin Aug 18, 2021

Notre bien-aimé, le Prophète Mohammed (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) a donné certaines conditions pour qu'un sacrifice soit valide. Si la bête offerte en sacrifice peut boiter ou avoir une corne cassée, elle doit en revanche avoir une bonne ouïe et une bonne vue.

Si la narration parle bien de la bête offerte en sacrifice, on peut également la lire de façon symbolique le sacrifice serait le croyant lui-même. Ainsi, tout comme la bête sacrifiée, le croyant ne serait accepté que si son ouïe et sa vue sont bonnes. Bien entendu, nous parlons là de son ouïe et de sa vision spirituelles, et non pas physiques. Si sa vue et son ouïe spirituelles sont fonctionnelles, il peut alors s’engager dans ce sacrifice qu’est la foi.



LA FOI EST UN SACRIFICE

Oui, se sacrifier, se donner complètement et entièrement à Dieu, voilà la réalité de la foi. Il n’y a pas de foi sans sacrifice et don de soi. Contrairement à ce que l’on peut voir souvent, la foi n’est pas un ornement avec lequel on vient décorer sa vie matérielle. Il est temps que nous revenions à Dieu en toute repentance et humilité pour cette mauvaise perception de la foi et de la religion que nous avons. Le Prophète (que Dieu nous abreuve de sa lumière et de son amour) avait annoncé que l'épreuve (fitna) qui toucherait l'humanité avant la plus grande des épreuves, serait celle de l'aisance et de la facilité. Cette épreuve que nous vivons aujourd'hui nous a fait voir la foi comme un ornement, un décor qui va venir agrémenter la fondation de notre vie qui, en réalité, est basée sur le matériel. 

Soyons honnête, pour la majorité d’entre nous, tout ce qui nous apporte satisfaction dans cette vie relève du matériel. Puis, on prend quelques détails qui relèvent de la foi pour décorer nos vies afin de se rassurer, de se sentir bien, de se convaincre que l’on est des hommes et des femmes de foi. Mais est-ce là vraiment la vérité ? 

En réalité, la foi devrait être la fondation et le fondement de nos vies et à l’inverse, la vie matérielle un simple ornement, un accessoire. Et si le confort matériel est là, tant mieux, car de l’argent donné à des gens investis dans la foi sera certainement dépensé dans le bien, mais s’il est absent, alors ce n’est pas grave en soi. Tant que la fondation de la foi est bien établie, le contexte matériel n’est jamais déterminant quant à l'issue de nos vies. Ce n’est pas cela qui compte. 

"Se sacrifier, se donner complètement et entièrement à Dieu, voilà la réalité de la foi."

La vie extérieure peut être un jeu de rôle à ciel ouvert, mais la vie intérieure, dans sa réalité, doit être un sacrifice, une offrande. Et comme pour le sacrifice physique, certains se donnent à Dieu, et leur sacrifice sera accepté. Et d’autres, que Dieu nous protège, verront leur sacrifice invalidé. 

Sur le plan historique, Dieu a fait parvenir jusqu’à nous une histoire qui vient illustrer ce fait. Il est dit que deux des enfants de notre Maître et père Adam (que Dieu nous connecte à lui) ont donné un sacrifice. L’un fut accepté, l’autre non. Il existe plusieurs versions de cette histoire, et l’une d’elle dit que le sacrifice non accepté était celui d’une bête aveugle. 



NE T'INQUIÈTE PAS

Voilà la condition du croyant : ne t’inquiète pas si tu es boiteux, si tu n’as pas les moyens, si une de tes cornes est cassée, tant que tu entends et que tu vois (spirituellement parlant). Tout le monde ne peut être un Dhoul Qarnayn, qui littéralement signifie “l’homme aux deux cornes”, cet homme dont une partie de l’histoire nous est contée dans la sourate 18 du Qor’an à qui Dieu avait donné un grand pouvoir et un accès à des moyens hors normes pour un être humain. La corne ici peut être le symbole des moyens mis à notre disposition :  ne t’inquiète pas si tu n’as pas les moyens, les armes, le pouvoir ou la force ou encore l'équipement nécessaire à la lutte.

"On peut avoir une corne voire même deux cornes brisées, être boiteux et fatigué, mais être toujours un sacrifice valide et accepté de Dieu !" 

Certes le croyant est un guerrier spirituel, et il fait face à une vraie guerre intérieure, mais ne t’inquiète pas si tu ne vois pas les moyens nécessaires à cette lutte devant tes yeux, si ta corne est brisée. Ce sont des choses qui peuvent arriver. Vivre une dépression nerveuse, un accident, certaines maladies physiques ou mentales peuvent venir te changer profondément, et pour longtemps, voire même pour toujours. Mais ce n’est pas ça qui est grave en réalité.

On peut avoir une corne voire même deux cornes brisées, être boiteux et fatigué, mais être toujours un sacrifice valide et accepté de Dieu ! La seule chose qui doit nous inquiéter est notre faculté à entendre et à voir. Es-tu à l’écoute de l’Appel Divin ? Vois-tu la Vérité où elle se trouve ? Et par entendre, il faut comprendre “entendre et obéir”, sinon cela reste de la surdité. D’ailleurs, en arabe, les termes “nous avons entendu” (sami’na) “et nous nous sommes laissés façonner, nous avons obéi” (wa ata’na) sont toujours connectés, et le nom de notre Maître Ismail vient de “sama’” (écouter). Il a été nommé ainsi car il était l’enfant qui a entendu et s’est conformé à l’Appel Divin.

Entendre l'Appel revient à répondre à l’Appel. Même en français, le mot “écoute !” peut avoir la signification de “obéis !”. De la même manière, la faculté de voir implique le fait de suivre la Vérité, au moins avec son cœur. Ainsi, il faut comprendre que tant que tu réponds à l’Appel et que tu vois la Vérité où elle se trouve, tout va bien. 



KERBALA : UN APPEL À SE POSITIONNER

Quand Mouharram vient, la première chose qui doit nous venir en tête est l’Imam Hussein (que Dieu continue de nourrir son être et nous connecte à lui). Que l’on soit sunnite, chiite, juif, chrétien… Peu importe en réalité. Car l’Imam Hussein appartient à toute l’humanité, c’est un bien commun, un patrimoine qui peut profiter à tous. En tant qu’être humain, tu as le droit d’être inspiré par ce grand homme et cette histoire épique, cette histoire de sacrifice. 

N’abandonne pas ce droit au prétexte que tu appartiens à tel ou tel “club”, que tu portes telle ou telle étiquette... Et ne pense pas non plus que l’appartenance à l’un de ces “clubs” te donne une priorité sur l’Imam Hussein et son héritage. Tout être humain qui veut marcher sur le chemin du bel agir et du don de soi peut et devrait apprendre de lui, car il peut jouer le rôle de fondation, de pilier, pour celui qui veut se construire lui-même en tant que personne dédiée et dévouée. 

Son histoire n’est pas un fait secondaire dans le paysage de l’humanité, non. C’est plutôt un événement majeur (waqi’a), un de ces événements face auquel nous devons absolument prendre position, un de ces moments dans l’histoire qui sont des vrais rendez-vous entre notre conscience et Dieu, où Dieu nous attend pour nous évaluer. Des moments tellement importants et intenses où l’on doit répondre, dire quelque chose, prendre position. Car ne pas prendre position, c’est une position par défaut en réalité.  

C’est ce que l’on appelle un événement qui relève du Décret Divin, en arabe une “waqi’a” comme la sourate 56 qui porte le même nom et dans laquelle Dieu nous dit que trois groupes émergent lorsque survient un événement de cet ordre-là :

 

  • les gens “de la droite” : ceux qui ont répondu à l’appel et suivi la vérité, même si c’était en boitant et avec des cornes brisées 
  • les gens “de la gauche” : ceux qui sont restés sourds et aveugles à l’Invitation Divine
  • les premiers à répondre (as-sabiqoune). Ce sont les Dhoul Qarnayn si l’on peut dire, ceux qui ont leurs deux cornes bien solides, et qui s'engagent sans aucune hésitation ni lenteur sur le chemin

 

Ce genre d’évènement est donc un moyen que Dieu utilise pour manifester la réalité intérieure des êtres humains. Et si nous voyons avec humilité, réalisme et lucidité que nous ne pouvons atteindre ce premier groupe, consacrons-nous à nous poser la bonne question : dans lequel des deux groupes suis-je ?



LIBÈRE-TOI DES CLUBS ET DES ÉTIQUETTES

Si nous devons absolument prendre position face aux atrocités de Kerbala, il ne s’agit  néanmoins pas de prendre une position politique ni de se définir soi-même comme appartenant à telle ou telle formation, tel ou tel parti politique ou groupe, ce que j’appelle des “clubs”. Certes, il est parfois nécessaire de créer une structure, un groupe, une association ou un “club” pour gérer telle ou telle facette de notre vie (communautés, clubs de sport, regroupement de parents, etc), mais nous ne devrions jamais transformer notre religion en club. 

Divorce de tous les clubs, car Dieu ne se trouve dans aucun club ! La religion est là pour que tu puisses construire une vraie relation avec Dieu. Notre loyauté doit être offerte à Dieu au-dessus de toute chose, et à ceux à qui Il a accordé Sa Protection (wilaya) : au Messager et aux Hommes de Dieu venus après lui, et non pas à un parti, une dénomination ou un club.

"Divorce de tous les clubs, car Dieu ne se trouve dans aucun club !"

Car les clubs peuvent être récupérés, manipulés, et toutes les difficultés sont apparues quand les gens ont commencé à se revendiquer d’un groupe, et à s’associer à ce groupe, quoi qu’il fasse et à s’opposer à ceux qui ne sont pas d’accord avec ce groupe par principe. Cette forme de clanification, de segmentation et d’appropriation de la religion est exactement ce que l’Islam est venu stopper et arrêter. 

Aime les gens de la maison prophétique sans te revendiquer de tel ou tel club. Aime Dieu et Son Prophète, cherche la réalité de ces choses, et vis-la. 

LE PROPHÈTE S’EST POSITIONNÉ

Une narration rapporte que durant le voyage de nocturne du prophète Mohammed, notre Maître Jibril l’a amené sur la terre où l’Imam Hussein allait être martyrisé et lui a dit : “ici ta communauté va tuer ton petit-fils”. Face à ce décret, le Prophète s’est positionné : il a accepté de continuer à servir avec un amour inconditionnel la communauté qui tuerait son enfant… 

Voilà comment servir pour Dieu, se donner à Dieu complètement, inconditionnellement. C'est dire : je te servirai, même si tu me tournes le dos demain et que tu cherches à me nuire. Je te servirai même si tu médis de moi ou que tu essaies de me séparer des gens que j’aime. Et je ne regretterai pas ce que j’ai donné.



LE DÉBUT ET LA FIN D'ANNÉE MARQUÉS PAR DES SACRIFICES 

Dieu a voulu que le dernier mois de l’année, le mois de Dhoul Hijja, soit le mois sacré où l’on célèbre le sacrifice. Quelques-uns voient ce sacrifice comme une façon de remercier Dieu pour nous avoir donné de la nourriture et des animaux (vaches, chèvres, moutons, chameaux) qui ont permis à toute l'humanité de vivre correctement en les aidant quotidiennement, et qui ont assuré la survie de la moitié de l’humanité. D’autres qui veulent aller plus loin dans la compréhension de ce rite se réfèrent à l’histoire de notre Maître Ismaïl (que Dieu continue de nourrir son être et nous connecte à lui), qui en réalité n’est qu’une histoire de sacrifice, de se donner à Dieu complètement. 

Dieu a également voulu que le premier mois de l’année soit un mois sacré, et un mois de sacrifice. Il a voulu que le petit-fils de la meilleure des créatures (que Dieu nous abreuve de sa lumière) devienne martyr en ce mois, exactement un mois après le jour du sacrifice de Dhoul Hijja (10 de Dhoul Hijja, 10 de Mouharram). 

Je vois en cela un appel à finir et à débuter l’année avec introspection. Dieu veut que nous nous posions la question : où en suis-je ? Me suis-je donné complètement à Dieu ? Et est-ce que mon sacrifice peut-être accepté par Dieu ? Ai-je une ouïe à l’écoute du Divin, et une vue bien affûtée qui sait déceler la Vérité ? 


VA PLUS LOIN DANS L’INTROSPECTION

Et si j'avais été présent le jour de Kerbala, quelle aurait été ma place, ma position ? Ces personnes qui ont tué le petit-fils du Prophète, ce Grand Ami de Dieu, étaient des êtres humains, comme moi. Qu’est-ce qui me sépare d’eux ? 

Je dois regarder en mon fort intérieur, et me demander avec honnêteté combien de mauvaises qualités de ceux qui ont tué l’Imam al-Hussein vivent en moi, combien de mauvais penchants ? Cupidité, jalousie, appât du gain… Vais-je mourir avec ces mauvaises herbes plantées sur la terre de mon cœur, ou bien vais-je les éradiquer en premier ? Tel que je suis aujourd’hui, avec ce melting pot intérieur, quelle odeur sortirait de moi si j’étais exposé à ce feu de Kerbala, quelle réalité se révèlerait de moi ?  

Nous savons que parmi les assassins de l’Imam Hussein se trouvaient des gens qui avaient connu le Messager de Dieu, et des gens qui ont connu notre Maître Ali, lui-même assassiné quelques années plus tôt. Ces gens ont côtoyé les meilleurs êtres de la création, mais certains ont totalement perdu la faculté de voir et d’entendre... 

"Ne prends pas ta religion ni ta loyauté pour acquises ! Renforce-toi à travers la gratitude, la prière, le don, la recherche de la sincérité, et le retour fréquent vers ton Seigneur (tawba) !"

Alors, comment pourrions-nous, 1400 ans plus tard, prendre la religion pour acquise ? Comment pouvons-nous continuer à pécher avec tant d’insistance et penser que cela n’aura pas d’effets sur nos cœurs ? Voilà une des crises de notre époque : nous prenons la religion pour acquise alors que les faits historiques nous montrent qu’il n’aura fallu qu’une quarantaine d'années pour que la Lumière de la foi, après le passage du Prophète lui-même, ne soit quasiment totalement éteinte. Seule l’intervention Divine nous a sauvé de sa disparition. 

Ne prends donc pas ta religion ni ta loyauté pour acquises ! Renforce-toi à travers la gratitude, la prière, le don, la recherche de la sincérité, et le retour fréquent vers ton Seigneur (tawba) ! Et quand tu entends des rumeurs sur quelqu’un, ou que tu n’es pas sûr d’avoir compris une situation, ne calomnie pas, ne médis pas ! Ne joue pas avec ta bouche, avec ta langue, ne dis pas des choses que tu regretteras plus tard, des choses qui pourraient étouffer la flamme de la foi dans ton cœur !

Ce jour de Kerbala, jour de la victoire de l'Imam Hussein mais de la défaite collective de la communauté islamique, il y avait deux catégories de personnes en réalité : certaines personnes qui avaient des buts démoniaques qui ont sciemment voulu lutter contre la Vérité, et d’autres qui avaient des bonnes qualités, qui ont réussi à déceler le vrai du faux, mais qui ont choisi de rester en retrait, de ne pas s’engager dans le bien, qui n’ont pas su se donner complètement. Des gens qui ont refusé de lutter de peur de perdre leurs biens, leur statut, leur famille, leur sécurité. 

Que chacun de nous se pose donc la question : où aurais-je été ? Quelle position aurais-je choisi d'adopter ? Et tournons-nous vers Dieu pour Lui demander de nous permettre de nous débarrasser de nos défauts, de travailler nos qualités, de purifier notre âme, de renforcer nos cœurs et nos esprits, afin que l’on puisse un jour faire partie des gens de la droite, le groupe de ceux qui ont une bonne ouïe et une bonne vue spirituelles.

LA BONNE NOUVELLE

Fais ce travail d’introspection, tout en te rappelant qui est Dieu, et du fait qu’Il est capable de tout faire : s’Il le veut, par Sa grâce et Sa volonté, il peut faire de ta jambe boiteuse une jambe réparée, puissante et vigoureuse. Il peut te débarrasser d’une corne brisée, et la remplacer par deux cornes d’abondance, et faire de toi un Dhoul Qarnayn, un homme qui a devant lui tous les moyens possibles et imaginables mis à disposition. 

Et Il peut également faire venir, et soyez certain qu’Il le fera, toute une génération de Dhoul Qarnayn, une génération de soldats de la Vérité qui aura été bâtie par Pure Grâce venant de Lui, et non grâce aux efforts de leurs parents et de leurs enseignants. Ces derniers seront utilisés comme des moyens pour bâtir cette génération que Dieu a annoncée. Ils seront comme notre Maître Issa : des signes de Dieu pour celui qui oublie, et des preuves de Son Amour Inconditionnel pour celui qui Le cherche. Puissions-nous nous mettre au service de la Vérité et de cette génération à venir en commençant par un travail sur nous-même, ici et maintenant. 

 

Amine


Article extrait du sermon du Vendredi 13 Août 2021 donné en anglais à la mosquée Rhoda à Ottawa et retransmis en ligne. 

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