Deux lectures d’un enseignement prophétique

Feb 03, 2026

Il existe un enseignement prophétique rapporté dans plusieurs formulations, souvent cité ainsi :

اقْرَؤُوا الْقُرْآنَ مَا ائْتَلَفَتْ عَلَيْهِ قُلُوبُكُمْ،
فَإِذَا اخْتَلَفْتُمْ فَقُومُوا عَنْهُ

Généralement traduit par :

« Lisez le Coran tant que vos cœurs sont en harmonie, et lorsque vos cœurs divergent, alors levez-vous. »

Je me propose ici de faire une exégèse de cet enseignement prophétique selon deux niveaux de lecture complémentaires :
une première lecture enracinée dans la mission prophétique et le projet de l’îmân,
puis une seconde lecture, plus contemporaine, attentive à l’expérience intérieure, à la raison et à la fitra.

Ces deux lectures ne s’opposent pas.
Elles éclairent deux registres différents du même enseignement.

Première lecture

Le Coran comme régulateur de l’espace d’îmân

Tout enseignement prophétique doit être compris à l’intérieur de la mission prophétique elle-même.
Il ne peut être isolé de son horizon, ni de sa finalité humaine, sociale et spirituelle.

La mission du Prophète — Muhammad — ne consiste pas simplement à transmettre un texte, des règles ou des prescriptions.
Elle vise avant tout à fonder, ouvrir et préserver un espace d’îmân.

L’îmân n’est pas une simple adhésion doctrinale ni une appartenance identitaire.
Il est un espace de confiance vivante, intérieure et collective.

Un espace où les êtres humains peuvent coexister sans se détruire,
où la différence n’active pas la haine,
où la divergence n’engendre pas la terreur,
où les cœurs ne sont pas en guerre,
où la sécurité des uns et des autres n’est pas menacée,
et où le respect demeure la norme.

Cet espace d’îmân est profondément psychosocial et psychopathologico-social.
Il protège la société contre la projection des conflits intérieurs,
contre la sacralisation de la violence,
et contre la transformation du religieux en instrument de domination.

C’est dans cet horizon précis que cet enseignement prophétique doit être lu.

Exégèse mot à mot de l’enseignement

اقْرَؤُوا – Iqra’û

Le verbe iqra’û ne signifie pas seulement réciter mécaniquement ou produire un son sacré.
Il renvoie à une lecture vivante, à un acte de réception du sens, à une rencontre avec une parole qui agit.

Lire engage le cœur, l’intelligence et la responsabilité.
La lecture n’est jamais neutre : elle transforme celui qui lit et affecte ceux qui l’entourent.

الْقُرْآنَ – al-Qur’ân

Le Prophète ne parle pas ici d’un texte figé, mais du Qur’ân, c’est-à-dire d’une parole destinée à circuler, à être transmise, à être partagée.

Le Qur’ân est par nature relationnel.
Il met les cœurs en résonance.

C’est précisément pour cela qu’il peut devenir soit un facteur d’unification, soit, s’il est mal reçu ou mal transmis, un facteur de fracture.

مَا ائْتَلَفَتْ عَلَيْهِ قُلُوبُكُمْ – tant que vos cœurs sont en harmonie

Le critère n’est pas l’uniformité des opinions ni l’accord idéologique.
Le mot i’tilâf désigne une harmonie vivante, une consonance intérieure.

Des différences peuvent exister sans se transformer en conflits.
Ce qui est visé ici, ce n’est pas la pluralité des lectures, mais l’état des cœurs.

قُلُوبُكُمْ – vos cœurs

Le Prophète ne parle ni des esprits ni des raisonnements abstraits.
Il parle des cœurs.

Le cœur est le lieu de la confiance, de la vulnérabilité et de la relation.
Lorsqu’il est mentionné au pluriel, il désigne une réalité collective.

👉 L’îmân n’est pas seulement individuel : il est un espace partagé.

Toute lecture du Qur’ân a donc une incidence sociale.
Elle peut construire un climat de confiance ou produire une atmosphère de tension.

فَإِذَا اخْتَلَفْتُمْ – et lorsque vous divergez

Ici, ikhtilâf ne désigne pas la divergence intellectuelle légitime,
ni la pluralité des interprétations,
ni la richesse du débat.

Il désigne le moment où la lecture active la rivalité, la dureté, l’ego et le combat des cœurs.
Le moment où le Qur’ân cesse d’être reçu et commence à être utilisé.

فَقُومُوا عَنْهُ – alors levez-vous

Le Prophète ne dit pas : fermez le livre.
Il dit : levez-vous.

C’est un changement d’état, une sortie de posture intérieure.
Une invitation à quitter une relation devenue toxique au Texte afin de préserver l’espace d’îmân avant qu’il ne soit détruit.

Le Coran comme transmission et responsabilité éthique

Le Coran est transmission.
Et toute transmission dépend de l’état du cœur du transmetteur.

Ne transmettez pas le sens à partir :

  • d’un cœur rempli de haine,

  • de mépris pour l’autre,

  • d’une intention d’attaquer ou de disqualifier,

  • d’un désir de domination.

Transmettez à partir :

  • d’un cœur en harmonie avec la mission,

  • d’un cœur qui ne cherche ni conflit ni controverse,

  • d’un cœur responsable de la paix sociale et de l’harmonie humaine.

La transmission exige maturité et responsabilité.

« Qûmû ‘anhu » : retourner à l’essentiel

Lorsque la lecture devient obsessionnelle, conflictuelle ou instrumentalisée,
lorsqu’elle devient source de peur, de haine ou de mépris,
alors il faut se lever.

Mais se lever pour aller où ?

Vers la fitra humaine saine.
Vers l’essentiel que les cœurs reconnaissent déjà.

Le Qur’ân peut être un champ fertile de production intellectuelle,
un espace d’épanouissement rationnel,
un jardin où fleurissent des lectures multiples.

Mais il ne doit jamais devenir un champ de bataille.

C’est dans ce sens qu’un autre enseignement prophétique vient appuyer cette lecture :

لا تضربوا كلامَ اللهِ بعضَه ببعض
« Ne frappez pas la Parole de Dieu par la Parole de Dieu. »

Ne vous combattez pas en utilisant le message divin.
Car bien souvent, vouloir avoir raison l’emporte sur chercher le bien commun et le sens profond.

Si le Qur’ân ne vous ajoute rien…

Il est important de le formuler avec clarté.

Le Qur’ân est censé vous ajouter.
Il est censé vous élever, vous faire grandir, vous humaniser davantage.
Il est censé faire de vous de meilleurs êtres humains.

Mais s’il n’y parvient pas à un moment donné,
qu’il ne vous enlève rien au moins.

Qu’il ne vous prive pas :

  • de votre bonté fondamentale,

  • de votre éthique humaine,

  • de votre sagesse antérieure,

  • de ce que vous connaissez déjà, intimement, au fond de vos cœurs.

Car le Qur’ân est venu pour ouvrir à des connaissances nouvelles,
non pour provoquer une régression humaine.

Si l’accès à ces connaissances nouvelles n’est pas encore possible,
si le sens ne s’ouvre pas encore,
alors que la lecture ne devienne pas une cause de perte de ce qui est déjà là :
la décence, la compassion, la justice, le sens du bien.

Le message révélé ne peut pas avoir pour effet légitime
de vous rendre moins humains que vous ne l’étiez déjà.

Si une lecture du Qur’ân vous retire la bonté,
si elle vous enlève la délicatesse,
si elle vous fait régresser moralement ou relationnellement,
alors ce n’est pas le Qur’ân qui agit,
mais une mauvaise réception, une mauvaise médiation ou une instrumentalisation du sens.

C’est précisément ici que l’injonction « fa-qûmû ‘anhu » prend toute sa portée :
se lever pour préserver l’humain,
se retirer d’une lecture qui n’ajoute plus,
afin que la Révélation ne devienne jamais un facteur de déshumanisation.

Une règle prophétique de prévention de la violence religieuse

Si cette interprétation a été développée avec soin, c’est pour une raison précise :
montrer que le Prophète était profondément attentif aux risques de la violence religieuse.

Il ne s’agit pas ici d’un simple conseil spirituel,
mais d’une règle d’or prophétique de prévention de la violence :
la violence au nom de la religion,
la violence justifiée par le Texte,
la violence née de la sacralisation du conflit.

Ce hadith établit une distinction capitale, trop souvent ignorée :
la différence entre la divergence des cœurs et la divergence des opinions.

Un texte trop souvent détourné

Cet enseignement a malheureusement été utilisé comme un texte moralisateur et culpabilisateur,
servant à étouffer l’esprit fécond et créatif.

Il a été mobilisé comme un blocus contre l’ijtihâd,
contre l’art de lire le Qur’ân de manière rationnelle, vivante et responsable,
contre la possibilité de déduire de nouvelles règles adaptées aux réalités humaines.

Il a aussi servi de frein à l’exégèse philosophique,
et d’invitation déguisée au littéralisme et au maintien d’un sens superficiel,
simplement parce qu’il rassure et stabilise.

Or ce principe est extrêmement dangereux.

Empêcher la divergence des opinions n’empêche jamais la divergence des cœurs.
Au contraire, cela appauvrit la fertilité intellectuelle,
étouffe la créativité spirituelle,
produit une paix fragile et temporaire,
mais ne produit pas l’îmân.

L’îmân n’est pas un calme figé

Le projet prophétique n’est pas un projet de simple maintien de l’ordre.
L’îmân n’est pas un état statique de tranquillité imposée.

L’îmân est une dynamique.
Un mouvement.
Un travail.
Un art.

Le Prophète n’est pas venu faire de nous des gardiens de paix,
mais des artisans de paix.

Le gardien de paix maintient une stabilité extérieure.
L’artisan de paix construit une harmonie intérieure et relationnelle, capable d’accueillir la complexité.

Al-Mu’min est l’artisan de paix.
Al-Îmân est le projet :
le projet de bâtir une paix universelle, vivante, féconde et évolutive.

DEUXIÈME LECTURE

Lecture singulière et moderne : l’art intérieur de lire et de réciter

À côté de la première lecture — collective, sociale, enracinée dans le projet prophétique de l’îmân — une autre lecture a émergé plus récemment.
Une lecture beaucoup plus moderne, que l’on retrouve dans certains manuels contemporains, et que j’ai moi-même adoptée dans plusieurs écrits par le passé.

Cette lecture repose sur un déplacement subtil :
bien que l’injonction prophétique s’exprime au pluriel — iqra’û — et qu’elle s’inscrive, dans son esprit, dans une dynamique collective, on propose de la conjuguer au singulier.

Autrement dit, on entend iqra’û comme s’il était possible de l’accueillir aussi comme :
lis, toi.

Non pas pour nier la dimension collective du message,
mais pour rappeler que chacun est responsable de sa posture intérieure face au Texte.

Une lecture née en réaction

Il est important de le dire clairement :
cette lecture est moderne, très moderne même.

Elle est née dans un contexte précis, en réaction à une interprétation rigide et répandue selon laquelle ce hadith signifierait :
vous n’avez pas droit à la différence d’opinion.

Dans cette lecture rigide, toute divergence était perçue comme un danger,
et la lecture du Coran devait être unifiée, homogène, totalisante,
au risque de devenir autoritaire et culpabilisante.

Face à cela, certains ont cherché à :

  • sauver la pertinence du message prophétique,

  • préserver le Texte sans le rejeter,

  • défendre la valeur moderne devenue centrale de la différence d’opinion.

C’est ainsi qu’est née cette lecture singulière :
le texte ne s’adresserait pas à la collectivité en tant que collectivité,
mais à des individus réunis, chacun responsable de sa réception.

Nous avons déjà montré, dans la première lecture, qu’il est possible de préserver la dimension collective du texte sans interdire la divergence, simplement en distinguant clairement la divergence des cœurs de la divergence des opinions.

Mais prenons maintenant le temps d’explorer cette lecture moderne pour ce qu’elle est :
une lecture possible, intelligente, féconde, même si elle force quelque peu le texte dans son esprit originel.

Lire comme rencontre du sens

Dans cette lecture, il est fondamental de rappeler que l’on parle toujours de lecture, et non de simple récitation mécanique.

Lire signifie ici :

  • recevoir un sens,

  • rencontrer un texte,

  • laisser une parole entrer en résonance avec la conscience.

La règle devient alors simple et exigeante à la fois :
continue de lire tant que ton cœur est en harmonie avec le sens que tu reçois.

Si tu arrives à un point où le sens te perturbe profondément,
où il trouble ta conscience,
où il provoque une tension intérieure,

alors arrête.

Non par rejet.
Non par supériorité intellectuelle.
Mais par humilité.

Dire :

je ne veux pas forcer une porte qui n’est pas ouverte maintenant.

S’arrêter n’est pas une défaite spirituelle.
C’est une sagesse.

S’arrêter comme stratégie de lucidité

S’arrêter, ici, signifie :

  • se donner du temps,

  • méditer,

  • réfléchir,

  • poser des questions,

  • sans panique,

  • sans obsession.

Ce principe est bien connu dans les sciences, dans l’art, dans la création :
lorsque l’esprit sature, la solution n’apparaît pas par l’acharnement, mais par le recul.

La distraction féconde — marcher, respirer, dormir, créer, vivre —
permet souvent au sens de mûrir.

S’arrêter devient alors une stratégie de lucidité, pas une fuite.

Une lecture qui fait confiance à la raison et à la fitra

Cette lecture moderne est particulièrement importante parce qu’elle fait confiance :

  • au rationnel,

  • aux sentiments humains,

  • à la nature humaine saine.

Lorsqu’il y a une contradiction entre :

  • le sens disponible à un moment donné,

  • et les valeurs humaines fondamentales reconnues par la fitra,

alors il est juste de s’arrêter.

N’avale pas le texte dogmatiquement.
Ne te dis pas :

même si cela choque mes valeurs, je dois l’accepter quand même.

Ce n’est pas de l’humilité.
C’est une violence faite à la conscience.

Le Coran s’adresse à des êtres qui comprennent.
Le sens doit parvenir au cœur avec une sensation d’assurance et de confiance.

Si le malaise vient :

  • d’une mauvaise traduction,

  • d’un glissement de sens,

  • d’une interprétation figée,

  • d’une lecture littéraliste appauvrie,

alors lève-toi.

Va chercher une autre référence.
Laisse le temps faire son œuvre.

Peut-être que dans quelques heures,
dans quelques années,
ou même dans quelques générations,
un sens plus profond apparaîtra,
qui réunifiera le cœur et l’esprit
et rétablira un état de confiance serein.

Une autre déclinaison : la récitation comme espace de présence

Cette lecture singulière a aussi été déclinée dans une perspective plus rituelle, centrée sur la présence.

Ici, l’enseignement devient :
récite tant que ton cœur est là.

Lorsque la récitation devient mécanique,
lorsque la langue récite mais que le cœur est ailleurs,
lorsque l’acte devient endurance, performance ou discipline forcée,

alors arrête.

Le message divin n’est pas là pour être enduré.
Il est une grâce.

Une grâce ne s’endure pas.
Elle se reçoit.

Que la récitation ne devienne jamais :

  • un projet personnel de réussite,

  • un objectif chiffré,

  • une performance spirituelle.

Le Coran n’est pas un outil de discipline de soi.
Il existe d’autres espaces pour se discipliner.

Le Coran est un espace de rencontre,
une compagnie,
et cette compagnie est celle du divin lui-même.

Contexte du Ramadan

C’est pour cela que cette lecture, bien qu’elle ne soit pas la plus centrale sur le plan théologique,
est peut-être la plus pertinente aujourd’hui, à l’approche du Ramadan.

Dans un contexte saturé de discours :

  • performatifs,

  • sentimentalistes,

  • mêlant religion et développement personnel,

  • obsédés par le “faire plus”, le “finir”, le “réussir”,

elle vient rappeler une chose essentielle :
ne forcez pas l’espace du Coran.

Lisez ce qui vient à vous.
Récitez ce que vous pouvez accueillir.

Que le Coran ne devienne jamais :

  • un objet,

  • une technique,

  • un instrument d’auto-violence spirituelle.

Conclusion de la deuxième lecture

Lire sans se violenter, réciter sans s’endurcir

Dans cette deuxième lecture, le Prophète — Muhammad — ne régule pas la cité.
Il enseigne l’art intérieur de la relation au Texte.

Lire ou réciter le Coran n’est ni une épreuve,
ni un exploit,
ni un objectif à atteindre.

C’est une rencontre.

Lorsque la lecture nourrit la paix intérieure, elle est juste.
Lorsqu’elle devient lourde, culpabilisante ou obsessionnelle,
s’arrêter devient un acte de respect.

Respect du Texte.
Respect du cœur.
Respect de la fitra.

Surtout à l’approche du Ramadan,
le Coran n’est pas un programme à réussir,
mais un espace de grâce.

On y entre quand le cœur est disponible.
On en sort quand il est saturé.
Et l’on y revient sans peur, sans culpabilité, sans obsession.

Car une grâce ne se force pas.
Elle se reçoit.

CONCLUSION GÉNÉRALE

Lire pour préserver l’humain, transmettre pour faire grandir

Les deux lectures que nous avons proposées ne se contredisent pas.
Elles ne parlent simplement pas du même niveau de réalité.

La première lecture inscrit cet enseignement prophétique dans sa mission fondatrice :
préserver un espace d’îmân,
prévenir la violence religieuse,
empêcher que le Texte ne devienne une arme entre les cœurs.

Elle rappelle que le Coran ne peut jamais être la cause légitime de la haine,
ni de la terreur,
ni de la destruction du lien humain,
et que toute lecture qui fracture l’îmân trahit la finalité même de la mission prophétique.

La seconde lecture, plus intérieure et plus moderne,
nous enseigne quant à elle l’art de la relation personnelle au Texte :
une lecture sans violence envers soi,
une récitation sans endurcissement,
une réception du sens fondée sur la confiance, la patience et la fitra.

Là où la première lecture protège la communauté,
la seconde protège la conscience.

Là où la première régule l’espace collectif,
la seconde éduque la posture intérieure.

Ensemble, elles dessinent une même exigence :
que le Coran ajoute à l’humain,
qu’il l’élève sans le briser,
qu’il le transforme sans le déshumaniser,
qu’il fasse grandir la paix sans étouffer la vérité,
et qu’il demeure un espace de sens, de confiance et de maturation.

Car le Coran n’est ni un champ de bataille,
ni un objet de performance,
ni un instrument de domination.

Il est une transmission.
Et toute transmission authentique suppose un cœur vivant,
une intelligence respectée,
et une responsabilité éthique assumée.

C’est peut-être là, dans cette double fidélité —
fidélité à l’îmân comme espace collectif de confiance,
et fidélité à la fitra comme boussole intérieure —
que se joue aujourd’hui la justesse de notre lecture du Coran.

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