Le développement émotionnel au cœur du cheminement spirituel : commentaire de la Sourate 93 du Qor'an.

connaître dieu pour mieux l'aimer développement spirituel qor'an/coran se développer en tant qu'être humain émotionnel/coeur Apr 25, 2021

Située au cœur du cheminement spirituel, la sourate 93 est une des deux sourates que nous qualifions de "sourates du développement émotionnel". A ce titre, elle doit être célébrée par le cheminant chaque jour. Elle s’adresse au cœur du Prophète (que Dieu continue de nourrir son être et sa lumière ainsi que notre connexion à lui) ainsi qu’au cœur de tout être humain qui la lit par la suite.

Elle est composée de deux parties, une que l’on peut qualifier de théorique et l’autre de mise en pratique. Et nous allons voir qu’en réalité, la première partie n’est pas de la simple théorie, c’est une annonce de la bonne nouvelle : du fait que tu es toujours aimé par Dieu.

 

Dans le sens des versets, Dieu dit :

 

"Par la clarté du jour, et par la nuit qui vient après elle” (V.1 et 2)

On peut l'interpréter de cette façon : par le changement d’état qu’il soit extérieur (jour, nuit) ou intérieur (oscillation entre ce que l’on appelle dans le jargon spirituel la dilatation (bast) ou ouverture, et la restriction (qabd) ou constriction). Ou en d’autres termes, alternance entre joie et choix. La joie, c’est l’abondance. Le choix, c’est la restriction. Il s’agit là d’un mouvement de contraction du cœur, un exercice de flexion-extension, entre clarté et obscurité, entre joie et choix.

Ainsi, voilà Ô Mohammed (et par extension, voici Ô Être humain) ce qu’est ta vie et ce que sont tes états intérieurs. Ta vie émotionnelle n’est pas quelque chose de banal. Cette vie émotionnelle n’est pas là pour te faire souffrir, elle est là pour te permettre de t'ouvrir à travers ces états. Tu vis des “moments-mamans”, des moments de joie qui te font faire naître en toi-même. Et aussi des “moments-pères”, des “moments-repères” qui sont des moments de choix.

Et c’est à travers ces deux états à priori contradictoires que tu vas apprendre ce qu’est l’expérience d’amour dans laquelle la joie de la rencontre s’accompagne toujours de la peine de la séparation. Tu dois développer ton émotionnel à travers le fait de bien vivre ce phénomène de contraction, de variation, d’alternance.

 

"C’est à travers ces deux états à priori contradictoires que tu vas apprendre ce qu’est l’expérience d’amour dans laquelle la joie de la rencontre s’accompagne toujours de la peine de la séparation."

 

“Ton “Seigneur” ne t’a pas abandonné, ni rejeté” (V.3)

Nous pouvons aller plus loin et plus haut dans la compréhension du mot “Rabbouka”, traduit par “ton Seigneur”."Rabbouka", c’est Celui qui prend soin de toi, Celui qui te fait grandir, Celui qui est en train de te façonner. Il est ton Façonneur, ton Seigneur Educateur de ton âme et Cultivateur de ta conscience, le Développeur de ton être et de ta personnalité.

Ainsi, ton Enseigneur Façonneur ne s’est pas séparé de toi ni dans l’un ni dans l’autre des états. En réalité, ce sont deux états qui doivent te travailler et tu dois goûter à la proximité de ton Façonneur dans tout, même dans le déshonneur. Il t’emmène dans des sommets pour t’enseigner quelque chose, puis Il te renvoie en bas pour t’enseigner autre chose. Plus qu’enseigner, on peut dire qu’Il cherche à te faire goûter, à te faire travailler à chaque fois un aspect, une dimension différente en toi. Et lorsque tes différentes dimensions sont bien travaillées, cela fait de toi un être humain émotionnellement accompli.

 

"Rabbouka", c’est Celui qui prend soin de toi, Celui qui te fait grandir, Celui qui est en train de te façonner. Il est ton Façonneur, ton Seigneur Educateur de ton âme et Cultivateur de ta conscience, le Développeur de ton être et de ta personnalité."

 

L’être humain heureux n’est pas celui qui n’est jamais triste, au contraire. L’être humain heureux est celui qui sait honorer, bien accueillir et vivre les moments de joie comme les moments de tristesse, tandis que l’être humain immature s’excite dans les moments de joie, et se plaint dans les moments de tristesse. C’est à toi d’être intelligent et de vivre les deux états avec bonheur car Dieu est toujours à l’heure, et de les considérer comme des bienfaits car Dieu fait toujours bien les choses.

Ainsi, la première partie de la sourate attire ton attention en te disant : "vis bien ton émotionnel, ne fuis pas ton propre cœur, tes sentiments, tes émotions. Ne fais pas de tes émotions une voie mais un terrain de travail, et sache que Dieu façonne tous les êtres humains à travers elles. Entre clarté et noirceur, entre joie et choix. L’essentiel est que tu comprennes cela afin que tu puisses bien vivre le jour comme la nuit".

 

“Ce qui est venu en dernier est mieux pour toi que ce qui est venu en premier” (V.4)

ou encore dans la compréhension on peut dire : “La nuit est plus bénéfique pour toi que le jour”, car le “dernier” état cité plus haut est celui de la noirceur, de la nuit, du choix, de la tristesse.

Si tu es vraiment intelligent, tu vas comprendre que la tristesse peut se révéler beaucoup plus bénéfique pour ton développement émotionnel que la joie. C’est pour cela que la part de peine dans ta vie peut te sembler plus grande que la part de joie. Parce que cela te fait travailler, cela te fait découvrir ton monde intérieur. Les Prophètes et les Hommes de Dieu après eux ont vécu plus de tristesse que de joie, mais ils vivent le bonheur dans les deux, et nous avons déjà vu la différence entre bonheur et joie.

 

"La part de peine dans ta vie peut te sembler plus grande que la part de joie. Parce que cela te fait travailler, cela te fait découvrir ton monde intérieur."

 

Le bonheur c’est être à la bonne heure, c’est savoir lire la bonne heure du Seigneur. Le bonheur, c’est avoir l’art de transiger avec Le Seigneur, l’art de recevoir Dieu dans tous ses états, parce que Dieu vient toujours à l’heure. Le bonheur c’est vivre le moment présent, le vivre, le recevoir, cœur et bras ouverts comme étant un présent venant de Dieu.

Ô être humain, sache que ce changement d’état à l’intérieur de toi n’est pas une punition. Il s‘agit plutôt d’un développement de tes émotions parce que tu as besoin d’être développé, tu as besoin que ton cœur soit dilaté parce que c’est ce travail de flexion-extension ou de contraction-extension qui met le cœur au travail, le fait s’épanouir, grandir et le garde vivant afin qu’il puisse recevoir.

 

“Dieu va continuer à te donner, jusqu’à ce que tu sois satisfait,
Ne t’a-t-Il pas trouvé orphelin, puis il t’a accueilli ?
Ne t’a-t-Il pas fait sentir et connaître la perdition, puis t’a guidé ?
Ne t’a-t-Il pas fait ressentir le besoin, puis Il t’a enrichi ?" (V. 5 à 8) 

Regarde comment Dieu fait bien les choses : durant ce processus de développement, Il t’a fait sentir la peine de la séparation de l’orphelin, afin de t’adopter par la suite et que tu puisses bien accueillir et célébrer cet accueil, cette Maison d’accueil qui est Dieu, ce Parent d’accueil. Aussi, Il t’a fait vivre ce moment de perdition afin que tu puisses après célébrer le moment de retrouvailles. Enfin, Il t’a fait connaître le besoin, afin que tu demandes et ressentes l’urgence liée à ce besoin.

D’ailleurs, les histoires des Prophètes (que Dieu continue de nourrir leur être ainsi que notre connexion à eux) nous sont contées pour nous inspirer. Dieu les a préparés dans l’ultime besoin afin qu’ils puissent cultiver cette urgence, ce besoin. Puis de ce besoin vient par la suite la satisfaction. Toujours, entre pauvreté et richesse.

Une fois cette bonne nouvelle annoncée, cette “théorie” expliquée, Dieu nous donne les travaux pratiques à mettre en œuvre afin d’atteindre ce développement émotionnel. Ceci pour ceux qui souhaitent travailler sur eux et continuer à sentir cet amour qui vient de Dieu, pour ceux qui veulent continuer à cueillir et accueillir, jusqu’à pouvoir célébrer leur maturité spirituelle.

Si tu veux devenir une personne accomplie, sache que ce phénomène se passe au fond de toi. Voilà le cheminement spirituel que Dieu nous enseigne : l’émotionnel comme porte du spirituel. Notons bien qu’il s’agit bien là de l’exégèse d’une sourate du Qor’an, pas d’une vague notion de New Age. C’est la Parole Divine qui nous enseigne la Voie à suivre.

 

“Quant à l’orphelin, sois doux et gentil avec lui”
“Et le mendiant, et la personne qui vient te demander quelque chose, fais preuve de gentillesse envers elle"(V.9 et 10)

Notre Maître Jésus (que Dieu continue de nourrir son être et notre connexion à lui) a dit “Aime ton prochain comme toi-même”. Dans la même dynamique, une personne sincère est allée trouver le Prophète Mohammed (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) car elle ne parvenait pas à ressentir la Présence Divine durant la prière méditative (salât). Le Prophète lui a dit : “C’est parce que tu as un cœur dur” et lui a donné une prescription particulière. Pas celle de répéter une formule de dhikr ou de développer une nouvelle pratique rituelle. Il lui a dit : “Cherche un orphelin et caresse-lui les cheveux”.

Le remède à la dureté du cœur, c’est donc le développement émotionnel par la relation humaine directe. Va trouver un orphelin en personne, et échange avec lui sur un plan humain et émotionnel. Va voir la joie en lui, participe à cette action de Grâce qui revient à “devenir” la main de Dieu. Car cet orphelin, plus tard, lira cette même sourate et récitera “Ne t’a-t-Il pas trouvé orphelin, et Il t’a accueilli ?”. Il pourra alors la lire et goûter à cette expérience à travers toi. Tu vas ainsi incarner l’Action de Dieu, rentrer dans le jeu Divin, ou plutôt dans dans la Réalité Divine, dans le travail de Dieu qui est connu de tous : nourrir les pauvres, sourire et consoler les gens en détresse, aider ceux qui ont besoin d’assistance, faciliter la voie, nettoyer, embellir toute chose !

 

“Et quant au bienfait de Ton Seigneur, raconte-le.”

Partage la grâce que Dieu t’a accordée. Sois un maillon dans cette transmission, dans cette chaîne de partage, dans cette transaction. Prends ta part. Partage. Dieu te donne, tu reçois, tu donnes à ton tour. Tu reçois et tu donnes. Tu reçois et tu donnes, etc, et cela sans fin.

 

"Partage la grâce que Dieu t’a accordée. Sois un maillon dans cette transmission, dans cette chaîne de partage, dans cette transaction."

 

Mais faut-il encore que tu puisses recevoir. Si tu ne te sens pas aimé par Dieu, comment vas-tu pouvoir aimer les autres ? Il faut donc s’ancrer dans cette connaissance de départ, qui est que Dieu t’aime et qu’Il est en train de te façonner par les différentes états qu’Il te fait vivre.

Tu dois partager la joie que te procurent les Cadeaux Divins car la joie ne fait qu’augmenter par le partage. Plus elle se partage, plus elle se propage. Et plus elle se propage, plus elle se partage. Et plus elle se partage… Contrairement à la tristesse qui diminue, s’annihile avec le partage. Donc partage la tristesse de ceux qui sont tristes, afin qu’elle ne fasse que diminuer.

Ainsi, vivre sa spiritualité au quotidien revient dans un premier temps à veiller sur ses émotions, apprendre à se libérer de l’égocentrisme et de l’égoïsme, et savoir que l’émotionnel est un monde d’épanouissement à explorer et développer en nous.

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Enseignement extrait de la conférence Les dimensions du soufisme, donnée à Mulhouse en Décembre 2019

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