Mohammed, le voile ultime - Étude des caractéristiques physiques et morales du Prophète #2

développement personnel développement spirituel marcher dans les pas des maîtres de la conscience prophète mohammed May 15, 2021

Nous entendons souvent parler du terme d' "effacement" pour faire référence au but ultime du cheminant spirituel. Mais comment bien comprendre cette notion ? Qu'est-ce que cela veut dire ? Quel est le rôle de l'étude des caractéristiques physiques et morales (shama'il) du Prophète (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) pour parvenir à cette réalisation ?

Pour comprendre cette notion centrale du cheminement spirituel, il est bon de revenir à la tradition de nos ancêtres.

 

"Nous avons besoin de l'eau et de la lumière du Prophète pour donner vie à nos cœurs." 

 

Comme il a été expliqué dans l'article précédent, pour réveiller son potentiel de croissance, une graine a besoin d'une rencontre avec la pluie et la lumière. De la même manière, nous avons besoin de l'eau et de la lumière du Prophète pour donner vie à nos cœurs. C'est là la conception islamique de "l'éveil spirituel" dont il est beaucoup question de nos jours.

Pour réveiller nos cœurs, nous avons besoin de la lumière prophétique, non pas une lumière brûlante, mais une lumière pleine de vie. C'est d'ailleurs pourquoi les maîtres spirituels envoyaient leurs disciples en "khalwa", en retraite spirituelle, afin que cet exercice d'introspection ouvre la voie à une rencontre avec la lumière du Prophète.

 

 

LA RETRAITE DE L'IMAM AL-GHAZALI

C'est ainsi que l'Imam al-Ghazali s'est retiré sur la Montagne sacrée du figuier à Jérusalem, afin qu'il puisse rencontrer la lumière prophétique en lui, pour qu'il puisse germer.

À l'issue de cette retraite, l'Imam al-Ghazali écrivait : "Certaines affaires me sont devenues claires durant cette retraite. Il est impossible de toutes les détailler mais je vais en mentionner une sélection pour que les gens puissent en bénéficier. J’ai compris que les gens de "tassawwuf" sont les vrais chercheurs du chemin vers Dieu, et que leur manière d’approcher Dieu est la meilleure manière, et leur méthodologie et la meilleure méthodologie, et leur personnalité est la personnalité la plus développée. Si tous les meilleurs académiciens, juristes, intellectuels du monde se réunissaient pour essayer de changer quelque chose à la méthodologie des gens du "tassawwuf" (des ingénieurs du développement personnel), ils seraient incapables d’apporter quoi que ce soit qui puisse l’améliorer."

Au retour d'une telle retraite dont la finalité est de chercher une proximité avec Dieu, on pourrait s'attendre à ce que l'Imam al-Ghazali revienne en parlant de Dieu. Et pourtant, il revient en parlant des gens de Dieu et du développement personnel parce qu'il est parvenu à la conclusion que pour celui ou celle qui cherche à développer sa conscience, l'unique voie est de développer notre relation à celles et ceux dont la conscience est déjà développée. Autrement dit, l’exercice de développement spirituel ne consiste à rien d’autre que de développer notre connexion à celles et ceux qui se sont accomplis spirituellement. Une personne douée d'intelligence sait qu’il est impossible de saisir Dieu, et puisque Dieu est impossible à saisir, l'humain doit chercher à maîtriser l’art d’interagir avec Lui, l'art de maintenir une connexion avec Lui et de vivre avec Lui, car c'est en recevant Dieu que l'on vit heureux et que l’on développe notre personnalité.

 

"L’exercice de développement spirituel ne consiste à rien d’autre que de développer notre connexion à celles et ceux qui se sont accomplis spirituellement."


C'est à cette conclusion que l'Imam al-Ghazali est donc arrivé : en sortant de cette retraite, pour garder une connexion à Dieu, pour vivre avec lui, c'est cette méthodologie qu’il doit suivre, c'est cette compagnie qu’il doit garder.

Il continue ainsi en écrivant à la fin du même paragraphe : "Les gens du "tassawwuf" ont la meilleure méthodologie parce que chacune de leurs actions, chacune de leurs paroles, en silence ou en mots, sont puisées de la lumière de la prophétie. Et il n’y a aucune lumière sur la surface de la Terre qui puisse rivaliser avec la lumière du Prophète."

Autrement dit, il n’y a aucune lumière que les mortels puissent voir, percevoir, concevoir, en dehors de la lumière du Prophète (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui). Il sort ainsi de sa retraite spirituelle en parlant de lumière prophétique et de développement personnel dans le même paragraphe. C'est là qu'il nous est alors possible de comprendre le rôle des caractéristiques physiques et morales du Prophète dans l'accomplissement spirituel humain.

 

 

LA LUMIÈRE 

On entend souvent parler de retraites soufies où il est question de faire travailler à développer sa conscience (dhikr) et de "voir la lumière". Loin du folklore et des illusions que nous pouvons parfois constater ça et là, depuis toujours, les anciens tels que AbdelQader al-Jilani et d'autres montagnes spirituelles (que Dieu nous connecte à leur héritage béni) pratiquaient cet exercice de retraite afin de "voir la lumière". Mais de quelle lumière s'agit-il ?

Il s'agit de cette lumière qui, en développant sa conscience, apparaît et grandit, cette lumière qui t’embrasse et que tu embrasses, jusqu'à te dissoudre dedans, au point où elle devient toi et toi, tu deviens elle. C’est de cette lumière-là dont l'Imam al-Ghazali parle : la lumière prophétique, parce que c'est bien la seule lumière percevable par l'être humain. Certaines personnes pensent que lorsqu'elles voient la lumière, c'est la lumière de Dieu. C'est impossible, car Dieu ne peut pas être saisi. La seule lumière que tu puisses voir et dans laquelle tu peux te dissoudre, c'est le voile ultime.

Le Prophète Mohammed est ce voile ultime impossible à retirer mais dans lequel il est possible de se dissoudre pour voir Dieu à travers lui, pour contempler les Réalités Divines à travers lui. Cette idée ne date pas d'aujourd'hui, c'est la philosophie islamique des anciens. On parle souvent d'effacement sans vraiment comprendre ce que ça veut dire. Quel est le but suprême d'un cheminant spirituel ? Sa réalisation ultime, c’est la dissolution complète dans la lumière prophétique : d’entendre à travers ses oreilles, de voir à travers ses yeux.

 

"Le Prophète Mohammed (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) est ce voile ultime impossible à retirer mais dans lequel il est possible de se dissoudre pour voir et contempler les Réalités Divines à travers lui." 

 

C'est pour cette raison que nous avons besoin de nous connecter au Prophète, et non pas de le reconnaître de loin, mais de nous connecter jusqu'à dissolution complète dans sa lumière, afin d'être capables de contempler les Réalités Divines. C'est à cela que sert la perception. Cette science, cet art de cheminer vers la dissolution, est intimement connecté à l'étude des caractéristiques physiques et morales du prophète, et plus particulièrement à ses traits physiques.

 

 

L'ÉMOTIONNEL POUR VISER LE SPIRITUEL

Pour comprendre, il est bon de revenir et de commencer par le monde des Réalités. L'un des mythes fondateurs (et mythe ne veut pas dire illusion ou mensonge) de l'Islam est celui de la nuit de l’ascension. La raison pour laquelle Dieu en parle est pour secouer notre soif et raviver notre désir d'être proche de Lui. Rappelons-le : le développement personnel passe par le développement spirituel qui lui-même passe par le développement émotionnel qui passe par notre élévation émotionnelle, qui ne signifie rien d'autre qu'aimer celles et ceux qui méritent notre amour. Désirer la compagnie de celles et ceux qui le méritent. Et le seul qui puisse remplir ces deux conditions ne peut être que Dieu.

Pour goûter à cette soif de la compagnie de Dieu, il suffit par exemple de réciter la Sourate 53 et de se plonger dans toute la description que Dieu fait de la proximité de notre bien-aimé Mohammed avec Lui, une description sans caractère particulièrement scientifique, une description qui a pour seul but de brûler nos cœurs de jalousie de cette proximité.

L’Elu Mohammed (que Dieu nous connecte à sa lumière) était et sera à jamais le seul être humain qui ait jamais contemplé Dieu directement. Et puisqu'il est impossible de rivaliser avec lui, la seule solution est devenir lui, de se dissoudre en lui ! C’est pourquoi Dieu parle des expressions très vagues mais pourtant très puissantes et qui dessinent l'intimité à laquelle Mohammed a pu goûter. Ce n’est pas une description physique, mais on comprend qu’il était si proche de Dieu, si proche, qu'il n'y avait même plus de voile ou d'obstacle entre Dieu et lui. Si proche, qu'il est devenu le voile lui-même. Il est devenu le voile ultime à travers lequel toutes les perceptions de Dieu devront passer, parce que c'est bien là la perception du Divin la plus claire, la plus directe, la plus proche de toutes les perceptions.

 

"L’Elu Mohammed (que Dieu nous connecte à sa lumière) était et sera à jamais le seul être humain qui ait jamais contemplé Dieu directement. Et puisqu'il est impossible de rivaliser avec lui, la seule solution est devenir lui, de se dissoudre en lui !"



La sourate 53 n'aide pas à concevoir intellectuellement Dieu, elle reste une perception, mais la plus parfaite qui soit : celle de Mohammed. Et la perception n'est là que pour faciliter la réception, afin d'avoir une vraie relation avec le Vrai. Parler de ces passages ne sert qu'à ressentir la soif et la hâte de la rencontre. Un vrai croyant ne peut rester inchangé après avoir entendu une telle chose. Rien qu'entendre qu'une telle chose existe doit redonner espoir qu'il est possible de goûter une telle Proximité. L'amoureux endormi en nous reçoit un choc électrique qui lui dit : lève-toi ! Réveille-toi ! Il est possible d'interagir avec Dieu de la sorte ! Va réclamer ta part !

Voilà une jalousie saine et souhaitable. Il n'est pas question d'une jalousie satanique, telle que la jalousie de Satan, qui ne fait que grandir sa haine pour le Prophète. Une jalousie stupide, puisqu'elle ne fait qu'augmenter en bien la personne dont elle est l'objet. La jalousie des gens intelligents, elle, ne fait qu'augmenter leur amour et leur admiration pour le Prophète : je veux être lui, je veux ses yeux, je veux que sa perception devienne ma perception. Je veux que la goutte de mon existence retourne à l'océan de son existence et que cette goutte puisse un jour dire : il y a des poissons en moi et des bateaux naviguent à ma surface.

C'est pour cela que les gens ont écrit tellement de livres sur les caractéristiques physiques et morales du Prophète. Car les étudier ne sert qu'à cultiver la soif d'une rencontre à travers laquelle nous pourrons percevoir et recevoir la lumière de Dieu, une soif qui donne naissance à un attachement émotionnel extrêmement puissant, au point où l'amoureux ne "rêve" que de voir le Prophète en rêve, justement, et ce rêve est un moyen, une opportunité pour se synchroniser avec lui. C'est bien par cette soif ardente de la rencontre du Bien-Aimé que ses caractéristiques et ses traits physiques sont si célébrés.

Aucun d'entre nous ne saurait à quoi le Prophète ressemble si les compagnons ne nous avaient pas rapporté les narrations où il est fait mention de sa description physique, des narrations à la charge d'amour toute particulière et ce étant parce que l'unique raison de leur existence réside dans l'attachement profond, l'amour ardent qu'ils vouaient au Prophète. Il faut les imaginer, à mesure qu'ils se transmettaient les récits, de personne en personne pour former la chaîne de transmission orale. Imaginez les compagnons se narrant ces souvenirs comme témoignage de leur amour pour le Prophète. Imaginez-les se dire les uns aux autres tremblant de larmes, sourire admiratif, oreilles impatientes de l'entendre : "dis-le moi s'il te plaît, dis-moi juste comment étaient ses yeux.."

 

"Puisque l'accomplissement spirituel commence par le développement émotionnel, ces narrations forment les jalons du développement personnel islamique."

 

Ce n'était pas de la simple curiosité, ils étaient en admiration, en amour, ivres de ces récits qui leur permettait d'imaginer, de percevoir leur Bien-Aimé. Certaines narrations ont une fonction utilitaire, comme ceux qui nous expliquent comment faire les ablutions par exemple. Mais ces narrations-là, loin d'être une transmission platonique au seul but scientifique, portent une charge émotionnelle trouvable nulle part ailleurs parce que l'unique raison pour laquelle les compagnons les rapportaient était la nostalgie de leur Bien-Aimé.

Quel intérêt de savoir combien de poils blancs sur sa barbe ? De connaître la forme des ses sourcils ? La seule raison de l'existence de ces narrations est l'amour, celui ou celle qui demande à entendre ces détails physiques ne le fait que par amour. Et puisque l'accomplissement spirituel commence par le développement émotionnel, ces narrations forment les jalons du développement personnel islamique.

Il est maintenant aisé de comprendre pourquoi les caractères physiques du dernier des Sages choisis par Dieu sont si célébrés. Pour celles et ceux de son temps, c'était par amour. Une autre raison venait s'y ajouter pour ceux qui ont vécu après la Nuit de l'Ascension : c'est parce que ce sont les yeux avec lesquelles notre bien-aimé Mohammed (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) a vu Dieu. Certes, on ne parle pas d'yeux physiques dans un endroit physique. Mais pourtant, est-ce qu'il serait juste de dire que le Prophète n’a pas vu Dieu avec ses yeux physiques ?

Ce serait blasphématoire de dire une telle chose parce qu'au fond, le Prophète a-t-il jamais vu autre que Dieu dans tout cet univers ? Il voyait Dieu partout, même lorsqu'il voyait les ennemis de la Prophétie. Oui ce sont des yeux physiques, mais ils étaient connectés au cerveau de qui !? Ces sourcils qui bougeaient au dessus de ces yeux, ce sont les sourcils de qui ? Ces yeux sont l’instrument de cette vision, de cette perception parfaite. Une perception parfaite connue par aucun autre être humain. Et la bonne nouvelle, c'est que même si nous ne pouvons pas rivaliser avec la perception de notre maître et prophète Mohammed, nous pouvons nous dissoudre en lui pour voir à travers ses yeux.

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Résumés d'une série d'enseignements donnés à l'Institut Rhoda à Ottawa effectués par une de nos étudiantes. 

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