Tolérance zéro - Partie 1

art/adab/ihsan cultiver l'art de la compagnie se développer en tant qu'être humain May 01, 2021

De nos jours, les émotions règnent en reines et il est fréquent de voir des gens se donner le droit de critiquer une personne sans retenue, juste parce qu’elles ressentent certaines émotions négatives à son égard. Et si quelqu’un tente d’éviter et de mettre un terme à une conversation qui prend le chemin de la médisance, son interlocuteur peut rapidement se mettre en colère et clamer que son besoin voire son “droit” à être écouté n’est pas respecté. Cela nous montre à quel point nous sommes loin de suivre le chemin de Dieu.

Voulant faire preuve d’écoute attentionnée, plusieurs d’entre nous se sont déjà retrouvés dans des conversations qu’ils ont essayé de rendre chaleureuses en souriant à la personne, la regardant dans les yeux et hochant de la tête par exemple. Or, il peut arriver que soudainement, la conversation glisse sur un terrain dangereux : le terrain de la médisance.

 

"Notre Seigneur nous a demandé de rester éloignés de la médisance, que ce soit par la langue ou par l’oreille : que ce soit dans nos mots à nous ou dans ceux que nous écoutons provenant des autres."

 

Force est de constater que nous vivons dans une société où nous sommes encouragés à faire des confidences, à nous livrer aux autres. Que ce soit à la télévision, au travail ou en famille, les gens partagent régulièrement avec d’autres les événements négatifs de leurs vies, et attendent généralement de celui qui reçoit ces informations une validation, de la compassion et même du soutien, et ce même lorsque cela implique de parler en mal d’une tierce personne.

Notre Seigneur nous a pourtant demandé de rester éloignés de la médisance, que ce soit par la langue ou par l’oreille : que ce soit dans nos mots à nous ou dans ceux que nous écoutons provenant des autres. Dans Sa Grandeur, Il nous appelle non seulement à stopper la personne qui médit, mais aussi à défendre la personne qui subit ces critiques en son absence.

Le Prophète, notre bien-aimé Mohammed (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) a dit : “Une personne qui défend l’honneur d’une autre personne en son absence verra Dieu repousser l’Enfer de sa face le Jour du Jugement.”

Nous n’avons pas à tout écouter et recevoir les uns les autres en toute circonstance et sans condition. Ni l’amitié, ni le mariage ne demandent ni ne permettent cela. Car aucune relation épanouie et positive ne peut se développer dans cette dynamique négative.

 

« La médisance est pire que l’adultère. » Notre Maître Mohammed, Messager de Dieu

 

On ne peut généraliser les pratiques professionnelles d’écoute et de conseil à toutes les relations de nos vies au point de trouver normal que la médisance devienne partie intégrante de nos amitiés, voire même un supposé signe de notre amour pour les autres. La médisance n’est pas une activité saine dans laquelle on peut s’engager sans souiller la relation dans laquelle on la pratique, de la même manière que s’engager dans l’adultère souille les relations dans lesquelles il est pratiqué. Si une relation adultère n’est pas une relation saine, une relation dans laquelle la médisance a libre cours ne l’est pas non plus.

Un de vos amis vit un trauma et a besoin d’en parler pour passer à autre chose et s’en sortir ? Une de vos proches se sent contrariée à cause de ce que quelqu’un lui a dit ? Un membre de votre famille est encore choqué par une conversation qu’il a eue avec quelqu’un ? Sachez qu’il existe des gens dont le travail est d’aider vos amis dans ce genre de situations : conseillers, thérapeutes, imams et shouyoukhs peuvent jouer ce rôle d’écoute absolument nécessaire. Avec eux, il n’est pas interdit de discuter de ces choses ouvertement. Alors qu’en parler avec d’autres est interdit. C’est un péché, pire que l’adultère ! Il vous faut prendre conscience que lorsque vous écoutez un ami médire de quelqu’un, vous êtes littéralement en train de manger la chair de la personne en question.

 

"L’un d’entre vous aimerait-il manger la chair de son frère mort ? Vous détesteriez cela. Alors craignez Dieu, certes, Dieu accepte le repentir et est Compatissant." Qor'an (S.49 - V.12)

 

Vous ne savez certainement pas le rang qu’occupe la personne qui est en train d’être dénigrée ou remise en cause auprès de Dieu. Et peut-être qu’en parlant mal d’elle, vous êtes en train de vous attirer le Mécontentement de Dieu pour l’éternité ! Car oui, le Mécontentement de Dieu est une chose bien réelle : Il aime Ses créatures et les défend. Le Messager de Dieu (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) nous enseigne que notre Seigneur, dans Sa toute Puissance, a dit : “Je ferai la guerre à quiconque montrera de l’animosité envers un de Mes Amis.”

 

CRITIQUE TA PROPRE PENSÉE EN PREMIER 

Nous vivons dans une époque et dans une culture où l’on se fie à nos pensées très facilement, sans porter attention à nos conclusions ni vérifier si ces dernières sont vraiment correctes. On nous a appris à faire confiance à nos pensées et à “s’écouter soi-même”, car c’est supposément ce qui fera de nous des “gens uniques” et des “individus à part entière”, et qu’en cela résiderait le but ultime de l’existence humaine.

En tant que musulmans, il nous faut comprendre une fois pour toutes que ce paradigme, cette manière de voir et d’appréhender la vie humaine, entre en complète contradiction avec notre cheminement spirituel. À l'inverse de ces idées individualistes, l’Islam nous demande de donner aux gens le bénéfice du doute et de reconnaître que la Vérité n’est pas déterminée par nos seules pensées ou émotions du moment. Dieu nous invite à nous développer pour tendre vers la justesse dans nos jugements (insaaf).

 

"À l'inverse de ces idées individualistes, l’Islam nous demande de donner aux gens le bénéfice du doute et de reconnaître que la Vérité n’est pas déterminée par nos seules pensées ou émotions du moment."

 

Combien de nos pensées sont basées sur des choses que nous assumons, supposons ou au mieux pensons percevoir à un instant T ? Lorsque l’on émet des pensées négatives au sujet d’une personne, est-ce qu’il nous arrive de nous arrêter un instant afin de questionner la validité des conclusions que nous avons tirées ? Ou plutôt, est-ce que l’on se permet avec une grande facilité de tout simplement massacrer cette personne en notre for intérieur ?

À quoi sert donc l’éducation séculaire que la majorité d’entre nous a reçue, cette éducation qui se base entièrement sur la relativité de toute chose, si l’on n’applique pas ce concept de biais à nous-mêmes et à nos propres pensées ? Tant de personnes éduquées, diplômées et sophistiquées se laissent aller à leurs suppositions, (qu’ils savent pourtant intellectuellement biaisées) et les utilisent sans regret non seulement dans leurs perceptions des autres mais aussi dans leurs paroles.

D’autres prétendent être religieux, suivent même des cours sur "Les Interdits de la parole", et pourtant s’octroient un droit inaliénable de médire au nom d’un besoin de décharge émotionnelle, ou pire, au nom du partage de leur supposée expertise de la valeur des savants et des enseignants…

 

"Je connais des gens qui ont perdu des amis simplement parce qu’ils ont refusé de tendre l’oreille à leur médisance. On leur a renvoyé qu’ils n’étaient pas de bons amis. Le fait de faire de la médisance la norme de l’amitié, et d’en faire même une cause de fin de relation, est vraiment choquant."

 

Dans le même verset où Dieu nous parle de la médisance, Il nous parle des suppositions et des pensées négatives envers les autres : “Ô vous qui cherchez à avoir pleine confiance en Dieu, évitez les suppositions (négatives) ! Certes, même un peu de supposition est un péché ! Et ne vous espionnez pas et ne médisez pas les uns des autres. L’un d’entre vous aimerait-il manger la chair de son frère mort ? Vous détesteriez cela ! Alors craignez Dieu, certes, Dieu accepte ceux qui font un retour vers Lui, et est Il est le Créateur de ces liens d’amour entre vous, le Seul à pouvoir maintenir et nourrir ces relations” (Qor’an: S.49 – V.12)

Le verset est très clair. Alors comment avons-nous pu être mal guidés au point de faire confiance à nos propres pensées et de médire sur les autres, alors que Dieu nous l’a clairement défendu ? Je connais des gens qui ont perdu des amis simplement parce qu’ils ont refusé de tendre l’oreille à leur médisance. On leur a renvoyé qu’ils n’étaient pas de bons amis. Le fait de faire de la médisance la norme de l’amitié, et d’en faire même une cause de fin de relation, est vraiment choquant.

 

 

QUE FAIRE SI L'ON A UN PROBLEME AVEC QUELQU'UN

 

Mes chers frères et sœurs, il y a d’autres moyens de gérer ce genre de situation que de parler dans le dos des autres. Soyez vrais. Soyez courageux. Au lieu d’utiliser toute votre énergie à parler de cette personne, utilisez vos forces pour faire preuve de droiture et aller lui parler directement. Il s’agit peut-être d’un simple malentendu ? Avons-nous oublié que les malentendus existent ? Dieu Lui-même nous dit de ne pas faire de suppositions, mais d’essayer plutôt de clarifier les choses, et en attendant, de garder une bonne opinion de la personne et de nourrir en nous-même des idées positives.

Si l’on ne peut pas aller voir la personne concernée directement, alors il faut trouver quelqu’un qui soit en capacité de nous écouter et à qui on peut parler si on se sent dépassé et incapable de gérer la situation. C’est là que l’on voit l’importance d’avoir un mentor ou un enseignant, une personne saine qui a de bonnes manières et qui peut jouer ce rôle de confident et de soutien. Avec cette personne, il est autorisé de parler, et même de se plaindre. Il s’agit de l’exception à la règle de la médisance, car l’intention est ici de prévenir le mal qui pourrait provenir si l’on ne trouve pas d’exutoire et de bon conseil pour nous aider à résoudre nos problèmes.

 

"Dieu Lui-même nous dit de ne pas faire de suppositions, mais d’essayer plutôt de clarifier les choses, et en attendant, de garder une bonne opinion de la personne et de nourrir en nous-même des idées positives."

 

Cette personne est la seule personne vers qui vous pouvez vous tourner dans ce genre de situation, et votre intention devrait également consister à vous faire corriger, à lui laisser vous pointer vos erreurs de jugement et de perception. Il faut toutefois que vous soyiez au clair sur la nature de votre relation avec cette personne : elle est votre mentor et votre soutien, et non la première personne venue dont l’opinion ne compte pas. Et dans ce cas-là, vous pourrez décharger vos sentiments avec elle, et non avec n’importe qui.

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Partie 2 à suivre

 

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