Pèlerinage et développement émotionnel

pèlerinage/hajj vivre en harmonie avec le divin émotionnel/coeur Jul 23, 2021
Tout est question d'émotions. Nous ne pouvons pas parler du Pèlerinage sans parler de nos émotions humaines. En effet, le mot “sha’aïr”, qui fait référence aux rituels et rites du Pèlerinage, vient de la même racine arabe que “shuʿur” qui signifie “sentiments”, “émotions”.
 
Le Pèlerinage n'est donc qu'un moyen d'exprimer notre désir d'être avec Dieu, notre amour pour Lui, notre désir d'être dans son voisinage et d’être parmi Sa Famille et Sa Compagnie. C'est un moyen de travailler nos cœurs, de cultiver nos émotions et de les élever à un niveau supérieur d'expression de désir ardent et de nostalgie.
 
C'est ce que les “sha’aïr” du Pèlerinage sont censés exprimer. Les gens du monde entier doivent se préparer à quitter leurs maisons et leurs zones de confort pour entreprendre un Pèlerinage à la recherche de Dieu. D’ailleurs, ceux qui entreprennent ce voyage tout comme ceux qui vivent autour de l'enceinte sacrée (le Haram) sont souvent appelés la “Famille de Dieu” (Ahl Allah, Ahl al-Bayt).
 
 
UN ATTACHEMENT SURNATUREL
 
Bien que la Ka'ba physique elle-même soit une bâtisse très simple qui obéit aux mêmes lois architecturales que toute structure physique, Dieu a choisi de la désigner comme Sa Maison (Bayt Allah). Dieu a également créé un profond sentiment d'amour et d'aspiration dans le cœur de ceux qui Le cherchent pour cette Maison spéciale, un amour sacré qui relève du Mystère Divin.
 
Si nous réfléchissons à la Ka'ba physique, ce n'est pas une maison avec laquelle la plupart des musulmans auraient un lien personnel fort basé sur des souvenirs et des expériences passés. En réalité, la plupart des musulmans, ils ne la visitent qu'une seule fois dans leur vie. Et pourtant, tout le peuple de Dieu a une relation surnaturelle avec cette Maison qui les appelle.
 
Dès que les gens en viennent à reconnaître Dieu comme leur Seigneur et le Prophète Mohammed comme Son Messager, (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui), ils sentent immédiatement naître un sentiment de besoin, de nostalgie et de désir ardent de visiter cette Maison et son enceinte sacrée en eux. Et c’est une chose qui se produisait déjà avant même l'avènement de la technologie moderne, des images photo et des vidéos. Une fois qu'une personne choisit d'embrasser le témoignage de la foi et d'entreprendre le voyage pour le vivre et en être témoin dans sa vie, un amour et un désir ardent pour cette Maison sacrée commencent à grandir dans son cœur.
 
 
"Dieu a créé un profond sentiment d'amour et d'aspiration dans le cœur de ceux qui Le cherchent pour cette Maison spéciale, un amour sacré qui relève du Mystère Divin."
 
Considérons ce fait. Cet amour et ce désir ardent d'entreprendre le pèlerinage ardu du Hajj et de visiter la Maison Sacrée ne découlent pas simplement d'un sens de l'obligation et du devoir. Même ceux qui ont une foi relativement simple ou même faible ressentent le même désir de visiter la Maison de Dieu et de répondre à Son Appel, désir qui n'est pas simplement le reflet d’un désir de voyager et de visiter de nouveaux endroits.
 
Au contraire, le voyage du Pèlerinage n'est pas un voyage simple et facile à effectuer physiquement parlant. Il y a beaucoup de dépenses, de défis et de difficultés qui accompagnent fréquemment la décision d'entreprendre le pèlerinage. Et pourtant, dans le cœur des fidèles se trouve un degré de désir et de nostalgie (shawq), des graines d'amour qui ne sont pas simplement héritées des parents ou de la communauté religieuse.
 
 
LE RÔLE DES SYMBOLES
 
Ainsi, il existe un lien profond entre nos émotions humaines et les rituels du Pèlerinage. C'est pourquoi l'espace physique de l'enceinte sacrée est appelé “al-Mash'ar al-Haram”. La Ka'ba, la station d'Ibrahim (maqam Ibrahim, que Dieu continue de nourrir son être et notre connexion à lui), les montagnes de Safa et Marwa, tous ces lieux ne sont que des symboles pour nous rappeler une mémoire spirituelle profonde qui réside en nous et qui est au-delà de la mémoire externe rationnelle.
 
Il s’agit d’une mémoire qui s'active et s'agite lors de la visite de ces espaces sacrés, d’un ancien souvenir primordial qui s'est formé avant que l'Esprit n'entre dans le corps physique et que l'être humain doit chercher au fond de lui. Ce souvenir est toujours là, à l'intérieur, mais nous ne le ressentons et n’interagissons que rarement avec lui. Cela dit, dès que nous atteignons un certain niveau de maturité spirituelle ou d'ouverture, cette mémoire devient plus accessible et nous pouvons puiser dans ce trésor d’émotions cette richesse d'héritage spirituel que l'être humain est censé expérimenter.
 
 
DÉSIRER CE QUE DIEU DÉSIRE POUR NOUS
 
Le Pèlerinage est un exercice majeur pour cultiver nos sentiments et travailler notre développement émotionnel. C'est un rituel divinement ordonné qui vise à développer et à augmenter l'intensité de notre désir pour les choses que Dieu veut que nous désirions et cherchions. Comme le mois de Ramadan, il s'agit d'un exercice qui nous appelle à nous détacher et à abandonner les choses (principalement nos conforts matériels et nos attachements) que Dieu souhaite que nous abandonnions et mettions de côté.
 
 
"Le Pèlerinage nous appelle à nous libérer et à nous détacher de tous ces voiles et blocages en vue de notre progression spirituelle."
 
Les êtres humains, et les musulmans ne sont pas en reste, sont trop attachés à leur confort matériel, à leur argent, à leurs biens physiques, à leur corps et à tout ce qui compose cette existence matérielle. Le Pèlerinage nous appelle à nous libérer et à nous détacher de tous ces voiles et blocages en vue de notre progression spirituelle. C'est un appel à intensifier notre désir de Dieu et de sa Compagnie, notre désir d'être dans Son voisinage, de devenir témoins de Sa Gloire et de Sa Bonté, et de faire partie de Son Peuple.
 
 
 
ET CEUX QUI RESTENT CHEZ EUX ?
 
Ceux qui entreprennent le voyage du Pèlerinage doivent engager leur dimension physique et rationnelle dans la préparation et la planification du voyage. Bien que le cœur doit toujours jouer le plus grand rôle dans ce voyage spirituel, le corps et le rationnel doivent également jouer leur rôle.
 
Mais qu'en est-il de la majorité de ceux qui “restent” ? Ne ratent-ils pas quelque chose ?
 
En effet, c'est ainsi que le croyant sain devrait percevoir et s'engager dans cette expérience. C'est ainsi qu'il faut voir et ressentir les choses. La norme pour nous devrait être le désir d'être là parmi tous les pèlerins et les Hommes de Dieu. Nous devrions ressentir une tristesse de ne pas y être, tout comme certains des Compagnons (que Dieu nous connecte à eux) ont ressenti de la tristesse de ne pas avoir pu rejoindre la caravane du Prophète (que la Lumière et la Paix de Dieu continuent à nourrir son âme et notre lien avec lui). Ne pas être sur place ne devrait jamais être considéré comme la norme et assister au Hajj ne devrait jamais être considéré comme une exception. C’est l'inverse qui devrait être vrai.
 
 
"Dieu veut voir notre nostalgie et notre désir pour Lui. Il aime voir qu'une fois que les jours de Dhoul Hijja sont entrés, nous ressentons un sentiment de privation et le désir ardent de visiter Sa Maison".
 
 
Bien sûr, rationnellement parlant, nous savons tous qu'il s'agit d'une obligation religieuse unique et qu'il est impossible pour tous les musulmans d'y assister chaque année. Cela peut même être une décision très sage, rationnellement et financièrement parlant, de prendre la décision de ne pas s’y rendre plus d'une fois dans la vie pour laisser la place à d'autres par exemple, ou our des raisons écologiques. 
 
Ceci dit, émotionnellement parlant, c'est une autre histoire : Dieu veut voir notre nostalgie et notre désir pour Lui. Il aime voir qu'une fois que les jours de Dhoul Hijja sont entrés, nous ressentons un sentiment de privation et le désir ardent de visiter Sa Maison. Un cœur vivant doit ressentir qu’il est laissé pour compte, se sentir privé et désirer profondément d’être là, parmi tous les pèlerins.
 
C'est là le secret et l'essence de l’acte de dévotion (ibada) du Pèlerinage. La Ka'ba est la Maison de notre “nostalgie” spirituelle, l'héritage spirituel de notre père Adam (que Dieu continue de nourrir son être et notre connexion à lui). Il a construit cette première Maison sur Terre pour rester connecté aux Cieux, où il avait vécu auparavant. C'est une maison physique sur cette terre qui était destinée à rappeler à Adam et Eve les cieux où ils avaient vécu et d'où ils venaient à l'origine. Son rôle est donc de nous donner le mal du pays.
 
 
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