La Maison de Fatima : premier centre de développement spirituel

développement de conscience développement personnel marcher dans les pas des maîtres de la conscience se développer en tant qu'être humain Sep 13, 2021

 

A l’époque du Prophète Mohammed (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui), la religion était considérée et vécue comme étant une voie spirituelle (tariqa). La voie du “Sirat al-moustaqim", voie de ceux qui clament : “c’est Toi notre destination et c’est Toi notre Guide pour atteindre la Destination qui n’est autre que Toi”. C’est de cette façon que nos maîtres Abou Bakr, Omar, Othman et Ali (que Dieu nourrisse leurs êtres et nous connecte à leur héritage) la vivaient, et non pas comme une identité politique ou sociale.
 

 

LA MOSQUEE COMME MILIEU EDUCATIF

La mosquée du Prophète était alors un milieu éducatif, le lieu de création d’une culture qui pourtant ne pouvait guère accueillir simultanément plus d’une quarantaine d’hommes. On peut le constater aujourd’hui, la Rhoda n’est pas un espace très grand, et pourtant, ce qui a été bâti en ce lieu béni ne peut pas être réduit à ce que l’on voit aujourd’hui dans nos mosquées.
 

 

Reconstitution de la mosquée du Prophète (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui). Photo trouvée sur le net.


Cette situation a duré jusqu’à ce que le nombre de croyants se multiplie de façon inattendue et spectaculaire alors que la communauté, encore très jeune, n’était pas préparée à gérer cette situation inédite. Parmi le grand nombre de croyants, beaucoup ne s’intéressaient qu’au culte en lui-même ou au fait de se construire une identité, et non pas au cheminement spirituel.

 

 

DEVENUE LIEU DE CELEBRATION DES ACTES CULTUELS

La mosquée a peu à peu été réduite à un lieu de célébration des actes cultuels, un endroit où l’on vient pour effectuer sa prière rituelle et que l’on quitte de suite après. Il était devenu difficile de concevoir que jusqu’alors la mosquée avait fait fonction de lieu dédié au travail sur soi et à la transformation, telle une ruche en pleine effervescence créatrice d’un mouvement, de toute une culture.

Depuis cette époque et jusqu’à maintenant, la majorité des mosquées ont gardé cette  fonction de centres de rassemblements cultuels voire des lieux de politisation dans lesquels les gens ne se rendent que pour prier et écouter des opinions sur les affaires de ce bas monde. Et non pas pour faire perdurer la culture prophétique de développement spirituel qui passe par le travail sur soi et l’émergence d’une personnalité et d’une culture saines.
 

 

LA NAISSANCE DES "ZAOUIAS"

C’est pour répondre à cette situation que des compagnons ont perçu le besoin de consacrer un coin de la mosquée (zaouïa) à ce travail de développement et d’accompagnement spirituel. Parfois, ce fut dans des maisons individuelles, comme l’a fait l’Imam ‘Ali (que Dieu nous connecte à lui et à son héritage) qui enseignait chez lui. Il a ainsi forgé le caractère de plusieurs hommes de Dieu, des hommes accomplis qui ont ébloui leur époque, dans l’enceinte de “la Maison de Fatima”. Car c’est ainsi qu’il appelait sa maison, du nom de son épouse qui était la fille héritière du Prophète.

 

 

A eux deux, ainsi que leurs enfants bénis, ils forment ce que l’on appelle les Gens de la Maison du Prophète (ahlou l-bayt), une véritable institution garante de la vision et de la méthodologie d’accompagnement et de développement spirituel prophétique. D’ailleurs le Prophète Mohammed (que Dieu continue de nourrir son être sa lumière et notre connexion à lui), de son vivant, avait déjà fait de la maison de Fatima son autre centre de développement spirituel : il formait ses compagnons à la mosquée et sa famille, avec qui il s’est toujours montré plus exigeant, dans la maison de sa fille bien-aimée.

Cette maison se situait effectivement dans un coin de la mosquée, jusqu’à ce qu’elle lui soit annexée lors des extensions des années plus tard. L’Imam ‘Ali y prenait son temps pour faire ce que l’on appelle la "tarbiya" : le travail d’accompagnement vers le développement spirituel de ses élèves.

 

EDUCATION OU DEVELOPPEMENT ?

La "tarbiya" est souvent traduite par “éducation spirituelle”. Pourtant, le terme “éducation” s’inscrit dans un paradigme étranger à la vision prophétique. Il sous-entend que l’individu est au départ de son cheminement vide ou mauvais, voire même qu’il n’est “rien”, et que c’est par l’éducation qu’on va tout lui donner, lui transmettre, lui permettre de devenir un être humain “éduqué” qui a acquis de la valeur. C’est une mentalité qui crée des structures rigides et une culture de dictature de la pensée plus qu’autre chose.

Le terme “développement” est plus juste car il part du postulat que l’individu possède déjà en lui de par sa nature saine (fitra) les qualités et le potentiel de la personnalité saine. Ces qualités ont besoin d’être développées et renforcées par le biais de la tarbiya, et l’investissement (jihad) dans la Voie du service.

Le Prophète ne travaillait pas à “éduquer” ni à “initier” ses compagnons. Il effectuait un travail de développement et d’élévation des âmes. Il n’a jamais prétendu que par la répétition de certaines formules dans une pièce noire quiconque puisse ressortir illuminé. Non, le "dhikr", exercice de développement de conscience, était un outil parmi d’autres pour cheminer vers Dieu, au même titre que l’investissement et le service.

Ainsi, ces petites "zaouïas", ces petites structures à partir desquelles on peut bâtir une culture saine et des personnalités saines, sont ce que nous appelons des centres de développement spirituels. Car nous faisons le choix de nommer les choses par la fonction qu’elles occupent, non pas par des noms qui servent d’étiquettes mais qui sont vides de sens et d’essence. 

 

LES STRUCTURES QU'IL NOUS FAUT

Ce ne sont pas les grandes mosquées-cathédrales qui permettent de construire des personnalités et des cultures saines mais plutôt les petites structures vivantes qui considèrent le croyant dans sa globalité, qui parviennent à répondre aux besoins humains tout simplement.

Voilà le défi de notre temps. Il nous faut créer des centres qui proposent une vision claire, un leadership spirituel, une culture de développement. Des centres dans lesquels les gens qui entrent en défaite ne peuvent ressortir qu’en fête. Des centres dans lesquels la culture porte l’individu et où les activités viennent nourrir et occuper sainement ceux qui la fréquentent ou qui vivent à proximité, quelle que soit leur appartenance religieuse. Une culture de fraternité dans laquelle on ressent la chaleur humaine et l’amour mutuel. Une culture qui construit des êtres vivants qui vibrent pour leur Seigneur, des âmes en développement, et non pas des âmes figées, coincées, bloquées dans un rouage, un mécanisme, un encastrement.

Une culture saine c’est tout un monde merveilleux dans lequel l’individu a besoin de naviguer, un univers qui dépasse le cosmos. Il est très difficile d’en saisir la valeur, cela n’a pas de prix. Si elle s’inscrit dans l’héritage prophétique, elle devient partage, créatrice de moments qui sont capables de faire sortir du temps et de l’espace pour donner accès à la vie spirituelle.

Voilà ce dont notre époque a besoin, au-delà des mosquées identitaires et des zaouïas repliées sur elles-mêmes : un retour à la Maison de Fatima, un retour aux sources de l'Islam spirituel. Au-delà des noms propres, revenir à la fonction de ces centres spirituels et honorer cet héritage Prophétique universel.

 


Enseignement tiré d'une conférence donnée dans un centre Tabligh dans la région lyonnaise en novembre 2019.
 

 

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