Le choix des mots - l'importance du jargon spirituel

développement de conscience développement personnel nourrir sa relation avec dieu et apprendre à lui parler Apr 30, 2021

Comme je l’ai déjà expliqué, je refuse d’employer l’expression “rompre son jeûne”, expression qui, selon moi, casse de fait tout élan spirituel et qui ne reflète pas du tout la réalité de ce que nous sommes invités à vivre lorsque nous célébrons la fin de notre journée de jeûne.

Il serait bon que nous, musulmans, allions apprendre le jargon des religieux qui nous ont précédés, le vocabulaire de ceux qui parlent beaucoup mieux français que nous. Le christianisme utilise le français depuis au moins mille ans alors que l’islam n’en est qu’à ses premiers balbutiements dans cette langue. Et il est certain que nous gagnerions énormément à nous intéresser au jargon qu’ils utilisent, jargon parfois très évolué.

Lorsque j’ai commencé à enseigner en langue française, lorsque j’ai voulu partager ce à quoi je goûte et ce que je comprends, je me suis heurté aux traductions modernes et déjà disponibles, que ce soit dans les livres de spiritualité ou de jurisprudence. Les choix de traduction sont souvent compliqués et utilisent des termes que l’on n’utiliserait pas naturellement.

 

"Il nous faut développer une terminologie qui vient décrire les réalités que nous sommes invités à vivre." 

 

Même avec les meilleures d’entre elles, je me sentais crispé, c’est comme si elles m’empêchaient de transmettre l’énergie que j’avais reçue de mes ancêtres à travers la langue arabe. J’ai donc commencé à développer une autre terminologie que je trouvais plus à-propos, une terminologie qui venait décrire des réalités : “Exercice de développement de conscience”, “développer la personnalité”, “s’accomplir en Dieu”, etc.

Ce n'est que par la suite que j'ai découvert que nos frères chrétiens ou hindous par exemple utilisent ce même vocabulaire. Et j'ai pris cela comme une confirmation que c'était là la meilleure des solutions, car il est clair que les représentants de ces religions, conscients de la nécessité de transmettre une énergie positive pour attirer les gens, ont su communiquer quelque chose avec ce vocabulaire. La terminologie qu'ils emploient est beaucoup plus expressive, vivante et communicative que celle que l’on trouve dans la majorité écrasante des prêches et des livres islamiques, incluant les livres de spiritualité.

Certains des mots utilisés dans mon enseignement sont aussi utilisés dans le domaine du “développement personnel” moderne. Et je tiens à le dire : leur jargon est le meilleur jargon. Il décrit mieux que n'importe quel autre l'évolution que doit vivre un humain pour s'accomplir. Ce n’est pas parce que d'autres personnes (parfois même des charlatans) utilisent cette terminologie qu’on va la leur laisser et s’en priver.

Comme notre Bien-aimé Prophète (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) a dit : “je suis plus proche de Moïse que les juifs”, j’affirme en toute sérénité que nous sommes plus proches du développement spirituel authentique et de ce jargon-là que les ingénieurs du développement spirituel et personnel moderne. Pourquoi leur laisser et délaisser des termes aussi limpides, précis, communicatifs et accessibles ?

Au profit de quelle autre terminologie ? Pourquoi laisser à d'autres ces mots qui conviennent si bien aux réalités que nous vivons ? Je n’ai que faire que l’on m’attaque et me qualifie de New Age. Ils peuvent bien dire que je suis “New Age”, d’ailleurs, le Qor’an n’est il pas le Nouveau et le Dernier Testament ? La nouvelle ère, c’est nous ! La nouvelle ère, c’est la Voie de Mohammed. Depuis quand le fait d'inviter à une renaissance est devenu une insulte ou un argument d’attaque ?

 

"Pourquoi laisser à d'autres ces mots qui conviennent si bien aux réalités que nous vivons ?"

 

Les mots ont un sens et décrivent des réalités. Jamais on ne dirait en arabe “iksar sawmak” ou “anhi sawmak” ou “iqta' sawmak”, les expressions qui littéralement signifient “briser le jeûne”. On n’oserait même pas les prononcer. Ce que nous faisons en réalité : on délivre le jeûne, on rend son jeûne. On le délivre parce que c’est une offrande de soi-même au Divin. Tu prépares l’offrande avant de la présenter à Dieu.

Ainsi il est facile de comprendre la narration prophétique bien connue qui dit que “le jeûneur a deux joies” : la première vient non pas lorsqu’il “rompt” ou “brise” son jeûne, mais plutôt lorsqu’il délivre, lorsqu’il rend son jeûne, puis il goûtera à la deuxième joie lorsqu’il rencontrera son Seigneur.

La joie concerne donc les deux rencontres. D’une part, la rencontre qui se répète chaque jour : la rencontre branche. Et d’autre part, la Rencontre Suprême : la rencontre racine. Car il y a une rencontre avec Dieu dans le monde de la manifestation, le monde de la création qui se produit à chaque prière rituelle (salât), à chaque jour jeûné, à chaque fois que tu offres quelque chose à ton Seigneur, si tous ces actes sont faits en pleine conscience. Et plus particulièrement lorsqu’il s’agit du jeûne, qui consiste vraiment à s’offrir et à s’ouvrir à Dieu, et non pas à souffrir !

 

Que Dieu nous donne le succès de goûter à cette joie, la joie dans la foi. La joie de rendre le jeûne, de livrer le jeûne, d’offrir le jeûne à Dieu. Qu’Il nous accorde cette joie ici-bas et cette joie le Jour de Sa rencontre !

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