L'art d'offrir son jeûne à Dieu

art/adab/ihsan confinement développement de conscience développement spirituel prières/méditations ramadan vivre en harmonie avec le divin Apr 22, 2021

 

Le moment de fin de jeûne est un moment sacré. C’est un moment différent des autres repas que nous prenons habituellement. 

 

LE JEÛNEUR A DEUX JOIES

En effet, le Prophète Mohammed (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) a dit : 

 

“Celui qui s’investit dans l’exercice de détachement des besoins matériels et physiques a deux joies : une joie lorsqu’il délivre son jeûne et une lorsqu’il rencontre son Seigneur”. 

 

Cette parole prophétique peut être interprétée de différentes façons, et selon différents niveaux de compréhension.  

La première interprétation est de voir en ces mots un conseil fait à la personne qui, au moment de délivrer son jeûne, va ressentir une joie naturelle et une vraie gratitude envers les Bienfaits Divins en assouvissant sa faim et sa soif après plusieurs heures d’abstinence totale. En effet, si l'on est habituellement capable de manger une grande quantité de dattes ou de boire de l’eau sans y prêter une attention particulière, le seul fait de s’abstenir durant quelques heures vient donner un goût différent à tous les aliments, et procure une sensation de plaisir très particulière. 

Cette joie naturelle est une joie terrestre, liée à la matière, mais peut ouvrir la porte à une joie céleste. Le Prophète dit à celui qui se sent si heureux et joyeux au moment de s’alimenter de nouveau, qu'il aura une autre joie au moment de la Rencontre avec son Seigneur… Et quelle joie ! Quelle Joie Éternelle ce sera que de rencontrer notre Seigneur, Lui qui a dit “je suis la Récompense du jeûne”...

Ces deux joies sont liées, car les deux sont des rencontres en réalité. Il y a une rencontre qui se répète chaque jour dans le monde des manifestations, que l’on peut considérer comme une rencontre “branche”, et une autre qui aura lieu ce Jour de la Rencontre, et qui est la rencontre “racine”. 

En effet, il est possible de rencontrer Dieu ici-bas, dans le monde matériel, à chaque fois qu’on Lui offre quelque chose en réalité : à chaque prière, à chaque aumône, à chaque pas fait sur le chemin, et d’autant plus lors de l'exercice de détachement des besoins physiques et matériels, qui revient non pas à offrir quelque chose à Dieu, mais à s’offrir soi-même complètement, à s’ouvrir pleinement et entièrement à Lui… Car il faut s’ouvrir pour ne pas souffrir… Il est certain que celui qui s’offre vraiment ressentira une vraie joie au moment de livrer son offrande à son Seigneur. 

Que Dieu nous donne la possibilité de goûter à cette joie dans la foi, celle de livrer et d’offrir son jeûne. Quant à la seconde joie… Puissions-nous vivre ce moment de Rencontre, ce moment de joie indescriptible et infini ! Amine.

 

 

DONNE SA VALEUR A CE MOMENT

Ainsi, lorsque vient le moment de boire et de manger, il nous faut vraiment apprendre à vivre ce moment de joie, et à nous projeter sur la Grande Joie à venir. Il nous faut apprendre à manger et à boire en conscience, à inviter le sacré en nous et autour de nous pour pouvoir vivre pleinement ce moment… 

Pour cela, nous devons réapprendre l’art (adab) de délivrer notre jeûne, et sortir de cette idée que nous sommes en train de "rompre", de "casser" voire parfois même de "briser" le jeûne. On ne "rompt" pas le jeûne, on le délivre, on l’offre, on l’ouvre, on le rend à Dieu. Voilà pourquoi nous formulons en même temps une méditation, une prière que le Prophète nous a donnée pour cette occasion-là en particulier. Il nous a appris à dire : “Ô Dieu de mon cœur, c’est pour Toi Seul que j’ai jeûné en ce jour, et c’est avec Ta provision que je délivre ce jeûne”. 

Puis il nous a enseigné comment contempler le phénomène qui se déroule en nous, le fait que la soif est assouvie, que les veines sont irriguées et que les fruits du jeûne vont être assurés par la Volonté et la Grâce Divines. Puis de répéter trois fois : "Al-hamdoulillah, je chante le Nom de mon Seigneur, je Le loue pour Ses Bienfaits".

Il s’agit d’une méditation, d’un exercice de développement de conscience et de gratitude. Il s’agit d’une nourriture sacrée dans un moment sacré. Il faut donc l’approcher avec une attitude sacrée. Nous vous en proposons une traduction méditative ci-après. 

 
 
 
 

 

LE MAÎTRE DES BEAUX-ARTS

Notre Prophète Bien-Aimé (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) était le maître du goût et des beaux-arts. Bien ancré dans la terre de conscience, il parvenait à rendre chaque chose de son quotidien belle et sacrée. Ainsi, même en ce qui concerne le simple fait de manger des dattes, il voulait que le nombre de fruits soit un signe d’amour pour Dieu et choisissait un nombre impair afin de pouvoir voir et honorer le Un en toute chose.  

Comme nous, lorsque nous voulons manger avec notre bien-aimé(e), nous préparons les mets qu’il ou elle préfère, nous nous habillons de sa couleur préférée ou d'un cadeau qu’il ou elle nous a offert il y a quelques années... Et bien, le Prophète était dans ce même genre de rapport avec Dieu. Et parce que Dieu est Un, parce qu’Il aime les nombres impairs, le Prophète mettait fin à sa journée de jeûne avec une datte, voire trois les jours où il mangeait plus qu'à son habitude...

 

 

ET AUJOURD’HUI ?

Nous vivons les choses bien différemment de nos jours. L’abondance matérielle est dans chaque foyer ou presque, et les repas de Ramadan sont devenus bien garnis. Il est également devenu courant que les gens s’invitent mutuellement à l’occasion des repas de fin de journée de jeûne afin de partager ce moment ensemble.  

Il est important de faire le point sur nos intentions et nos attitudes durant ce genre de regroupement. Tout d’abord, quel est le but de ce genre de réunion ? Qu’est-ce que l’on y cherche ? 

Il y a certes un bien dans le fait d’inviter et d’honorer ses invités, de cuisiner, de faire perdurer la tradition gastronomique et d’hospitalité de nos ancêtres, bien que cette dernière soit parfois excessive et qu’il peut paraître plus approprié de réserver ces invitations en dehors du mois de Ramadan… A moins qu’elles soient organisées avec conscience. 

Il est certain que ces veillées ramadanesques constituent pour les personnes vivant dans les pays occidentaux une manière de créer une dynamique autour du mois de Ramadan ou de conserver, pour les personnes descendants d’immigrés, les traditions de leurs pays d’origine… Mais il y a des conditions à respecter si l’on veut que cela fonctionne. 

Si vous souhaitez recevoir du monde en ce mois béni, faites-le avec de grandes intentions et avec une belle attention, et ce même dans votre manière de cuisiner. Si vous souhaitez marcher dans les pas de nos grands-mères sur le plan culinaire, alors faites-le aussi sur 

le plan spirituel ! Prenez exemple sur ces femmes bénies qui, lorsqu'elles cuisinaient, le faisaient au rythme des demandes de connexion au Prophète (“salâ ‘ala Nabi”), et qui commençaient et terminaient chacune de leurs phrases aussi par une prière ou une parole de développement de conscience (dhikr). 

Si vous décidez de réunir votre famille ou vos amis pour un repas de célébration de fin de journée de jeûne, alors préparez ce repas dans le même état d’esprit qui les animait, cet état d'esprit qui est celui de notre Prophète David (que Dieu continue de nourrir son être et nous connecte à lui) : un état de gratitude devant les Cadeaux de Dieu qui pousse à l’effort et à l’investissement, l’état d’esprit qui est résumé dans cette invitation : “Travaillez, Ô gens de David par gratitude !” (Qor'an S.34 - V.13) ... 

Que ce repas soit beau, mais simple. Que rien ne soit gaspillé de cette nourriture sacrée. Protégez vous de l'excès, que ce soit l’excès de nourriture, comme de l’excès dans la parole… Décidez une fois pour toutes de bannir de vos vies la médisance, la calomnie, l’hypocrisie… Et surtout, consacrez au moins un petit moment de développement de conscience, de silence et de méditation. 

 

 

UNE OPPORTUNITÉ QUE DIEU DONNE

Voici un enseignement que le Prophète nous a donné : 

 

"À chaque fois qu’un groupe de personnes se réunit sans célébrer le Nom de Dieu ni chercher à se connecter à leur Prophète (par le biais de la “salât ‘ala Nabi”), cette assemblée devient un obstacle, un blocage, un péché, une lourdeur qui va peser sur leurs épaules jusqu’au Jour du Jugement.”

 

Nous voyons que si Dieu nous donne cette opportunité de nous réunir et que nous ne la saisissons pas pour célébrer Son Nom et célébrer Son Cadeau, la clé de tous les bienfaits qui est le Prophète Mohammed, alors nous créons des obstacles entre Dieu et nous, nous nous alourdissons de poids morts à tirer qui nous assomment et nous ralentissent sur le chemin. Que Dieu nous protège et vous protège. 

Certes, nous devons célébrer la foi dans la joie, mais il ne faut pas que cette joie devienne une mauvaise jouissance matérielle qui nous limite, qui nous bloque l’accès au spirituel, qui nous fait perdre la Foi et nous éloigne de la Voie ! 

Tu dois vraiment sentir la sensation de l’eau qui entre en toi et vient irriguer tes veines, tu dois vraiment sentir la manière dont le sucre des fruits se dissout dans ton sang et, si possible, faire en sorte que le sucre se dissolve en même temps que tu es en train de développer ta conscience (dhikr), afin que le goût sucré des fruits fusionne avec le goût sucré de l’amour, de la foi et de la conscience.

 

 

CÉLÉBRER LA FIN DE JOURNÉE DE CONSÉCRATION DANS UNE MAISON DE DIEU

Certains d’entre nous ont la chance de pouvoir ouvrir leur jeûne dans une mosquée. Cette nouvelle coutume maintenant bien installée est une innovation, quelque chose que le Prophète n’a pas fait. A son époque, on ne partageait que l’eau et les dattes au moment de la prière du coucher de soleil, puis les gens rentraient chez eux pour manger. 

Cette innovation peut être une excellente innovation pour la création d’une vie communautaire, dont nous et nos enfants avons grandement besoin. Ne vivant plus dans des grandes familles élargies, étant très souvent cloisonnés dans des petits logements individuels et dans nos familles dites nucléaires, nous sommes privés de cette opportunité de vivre ce moment de partage et de créer les bases d’une culture et d’une conscience collective pourtant si nécessaire. 

Alors, faisons de ce moment convivial dans nos mosquées de vrais moments de partage. Que chacun amène ses plats, avec la volonté de nourrir et ravir les autres, dans l’intention de tisser des ponts au-delà des appartenances culturelles ou nationales de chacun. Que ce rassemblement soit une occasion de se reconnaître et de se connaître vraiment comme une seule communauté. 

Sachez que les Anges aussi prennent part à ce banquet ! Certes, ce n’est pas des dattes ou de l’eau fraîche qu’ils viennent vous servir, mais plutôt des paroles de conscience et des énergies positives… Il a été demandé au Prophète (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) quelle était la nourriture des habitants du ciel. Ce à quoi il a répondu : 

 

"Leur nourriture est “subhanAllah, al-hamdulillah, wa la ilaha illAllah, Allahu akbar, wa la hawla wa la quwwata illa billah al-’Aliyu al-’Adhim”…

 

Ce qui signifie :

 

 

 

 

 Pour aller plus loin sur l'importance des Maisons de Dieu durant le mois de Ramadan, visionner nos vidéos "Honorer les "Masajid" et "Qu'est-ce que la "salât" ?"

 

 

DES HOMMES TELS DES ANGES

Certains êtres humains d’exception sont comme les Anges, notre Bien-aimé Mohammed en est le plus bel exemple. Nous avons vu qu’il ne mangeait que très peu durant le mois de consécration, juste un peu pour rassurer les gens autour de lui. C’était également la façon de vivre cet exercice de détachement des besoins physiques et matériels de Fatima et Ali (que Dieu nous connecte à eux et à leur héritage béni), et c’est même devenu aujourd'hui le jeûne d’une toute petite proportion d’Hommes de Dieu. 

Il ne s’agit pas d’un jeûne recommandé pour tous, non, car comme le Prophète a répondu à ceux de ses compagnons qui voulaient l’imiter : 

 

“Non, ne faites pas comme moi. Je ne suis pas comme vous. Moi, je passe la nuit chez mon Seigneur Nourricier, Il me donne à manger et Il me donne à boire.” 

 

Et en effet, il passait sa nuit en prière, et ce jusqu’à ce que ses pieds en saignent... Il passait sa nuit dans cet état angélique, dans cette contemplation, alors qu’il n’avait pour seule nourriture que celle des Anges, celle du chant de : “subhanAllah, al-hamdulillah, wa la ilaha illAllah, Allahu akbar, wa la hawla wa la quwwata illa billah al-’Aliyu al-’Adhim”… et pour seuls mouvements, que les mouvements de la prière rituelle, qui eux aussi, sont d’origine angélique…  

Chaque nuit, il combinait les paroles et les mouvement angéliques en célébrant la “salât Tasbih”, passant ainsi chaque heure avec son Seigneur dans le bonheur le plus absolu

Aujourd'hui encore, les Anges viennent pour nous servir ces paroles de conscience, ils nourrissent notre développement de conscience de leur conscience déjà parfaite. 

Leur “subhanAllah” vient nourrir et renforcer notre “subhanAllah”, leur “al-hamdulillah” vient donner des vitamines et de l’énergie à notre “al-hamdulillah”, et ainsi de suite…

 

 

CONSEIL A MES FRÈRES ET SOEURS

Le moment d’honorer le jeûne est un moment sacré, comme le moment de la prière rituelle ou du développement de conscience (dhikr). Si nous souhaitons nous réunir comme des êtres conscients pour faire progresser et nourrir mutuellement nos cœurs et pour pouvoir bénéficier de cette présence angélique, alors il faut s'employer à y créer un climat sacré.

Ainsi, ma sœur, même si tu ne portes pas le foulard dans ta vie de tous les jours, je t’invite à t’entraîner lors de ce moment de rupture de jeûne. Invite le sacré en toi et autour de toi en choisissant une tenue simple mais belle qui inspire pudeur et sacralité. Juste pour ce moment, enveloppe-toi dans un châle et abstiens-toi de mettre du maquillage par exemple. Non pas pour te faire accepter ou pour répondre à des codes imposés de l'extérieur, mais juste pour célébrer et honorer ce moment.

Quant à toi, mon frère, ne viens pas à la mosquée avec un jean serré, surtout lorsque tu sais que tu vas t’asseoir par terre. Et si ton pantalon se déchirait devant tout le monde ? Pourquoi ne pas porter des vêtements plus larges qui t’honorent et honorent ceux qui t’entourent ? 

Ce genre de démarche est à entreprendre dans ce mois où le chemin est rendu plus facile et accessible. Nous avons besoin de sacré, besoin de créer un climat, une ambiance constituée d’attitudes sacrées. Besoin de réapprendre l’art de vivre, l’art de faire les choses.

Aussi, lorsque l'on célèbre la fin du jeûne, je nous invite tous et toutes à observer un moment de silence… Nul besoin de parler, si ce n'est pour s'adresser à son Seigneur à ce moment où Il est à l'écoute de celui qui vient de se consacrer à Lui corps et âme. Pour le repas d’ouverture du jeûne (iftar), il vaut mieux socialiser juste avec un beau sourire offert à tes frères et sœurs, mais garder une posture sacrée qui permettra de conserver une ambiance sacrée. Pourquoi ne pas profiter de ce moment béni pour faire un geste d’amour et donner une moitié de datte à la personne à côté de toi… 

 

 

L’INTRODUCTION DÉTERMINE L’ÉLAN

Il faut être conscient du fait que la qualité de notre fin de jeûne, tout comme notre attitude lorsque nous entrons à la mosquée, détermine la qualité de nos prosternations lors des prières de nuit (tarawih) qui vont suivre. Il y a une préparation, car comme toujours, l’introduction détermine l’élan. Lorsqu’on voit l’attitude des gens au moment de s'alimenter à nouveau, on peut de suite repérer qui va verser des larmes pendant les prières nocturnes... 

Cette attitude sacrée se prépare dès la prière rituelle du milieu de l’après-midi en réalité ('asr), ce moment où les Anges descendent pour assister à ce spectacle humain qui les fascine tant. C’est pourquoi nous vous invitons à créer une ambiance sacrée qui aidera tout le monde à adopter une attitude sacrée. Et il ne s’agit pas d’une mise en scène comme au théâtre, non. Il s’agit d’une remise à niveau afin de viser de plus hauts niveaux de conscience et de plus hauts niveaux d’existence. 

Nos ancêtres se contentaient d’eau et de quelques dattes, et se concentraient ensuite sur leur prière du coucher de soleil (Maghreb) avant de célébrer une prière méditative nommée “salât at-Tasbih”, cette méditation bénie qui prend 20 à 30 minutes à être célébrée et qui permet que chaque goutte d’eau, chaque molécule de sucre entre dans l’organisme mélangée avec les mots qui évoquent Dieu.

Nous vous invitons à marcher dans leur pas...

 

 

 

 

 


 

Retrouvez cet enseignement ainsi que d'autres articles et exercices spirituels dans notre carnet Libérez le pouvoir du mois de Ramadan

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