La prière de reconnaissance et décision du départ - Les cinq prières de Moïse - 3 - partie 1

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CONTEXTE DE LA DEUXIÈME PRIÈRE 

Comme nous l’avons vu dans l'article précédent, notre Maître Moussa (Moïse, que Dieu continue de nourrir son être et nous connecte à lui) est né en Egypte, sous la gouvernance de Pharaon. Après avoir fait un rêve inquiétant pour son pouvoir, ce dernier ainsi que les magiciens qui faisaient office de clergé de son royaume mettent en place un système assassin. Ils prétendent que l’étude de l’alignement des astres dans le ciel leur indique que tout enfant hébreu mâle qui viendra à naître sera maudit : qu’il souffrira lui-même et fera souffrir les autres en apportant toutes sortes de malédictions (épidémies, sécheresses, etc). Ils font de ce mensonge un prétexte pour tuer tout nouveau-né mâle de cette génération.



LE RÔLE FONDAMENTAL DE LA MÈRE DE MOUSSA

La très grande majorité des familles des enfants d'Israël se trouve donc confrontée à une situation extrême. N’ayant pas développé leur niveau d’intelligence rationnelle et émotionnelle, ils ne parviennent pas à s’imposer et, sous le joug de la terreur, obéissent à l’ordre de laisser chaque nourrisson mâle dans un panier devant la porte de leur maison. Les soldats passent, tuent l’enfant, et le père sort récupérer le corps de son bébé pour aller l’enterrer. La famille pleure quelques jours sa tristesse, puis la vie reprend son cours.

 

 

 

La mère de Moussa (que Dieu continue de nourrir leur être et nous connecte à eux) était au contraire une personne intelligente. Si elle avait compris au niveau rationnel que cette affaire n’était que mensonge, au niveau émotionnel, son cœur lui interdisait tout bonnement de laisser son enfant se faire tuer pour une raison aussi fallacieuse et lui commandait de résister quelles qu’en soient les conséquences. Elle a même su parvenir aux portes du spirituel en elle, ce qui lui a permis de reconnaître et lire la Révélation de son Seigneur quand Il lui inspira de mettre le nourrisson dans un panier et de le déposer sur le Nil. 

Les flots conduisent alors Moussa jusqu’au Palais de Pharaon, dans les bras de l’épouse du despote, qui tombe immédiatement amoureuse du bébé Moussa. Un Homme de Dieu qui vient du ciel et qui porte sur Lui le Regard de Dieu : comment résister ? Elle réussit à convaincre son époux de garder l’enfant, et ce bien que celui-ci soit un enfant hébreu, lui disant : “peut-être sera-t-il une source de bien pour nous”, une façon de lui signifier qu’elle ne croyait nullement en cette histoire d’enfants maudits. Puis elle cherche une nourrice pour ce bébé qui refuse nourrice sur nourrice, jusqu’à ce que sa propre mère biologique lui soit présentée. 

 

 

On peut imaginer comment cette mère devait se comporter avec son bébé, comment elle devait le nourrir de son regard et de ses prières. On peut supposer sans trop se tromper qu’en plus du lait physique, une personne dotée d’une telle conscience et d’une intelligence rationnelle, émotionnelle et spirituelle très développée devait également donner à son petit un lait spirituel. Imaginez les mots qu’elle lui disait, les regards dont elle le couvrait, et les berceuses qu’elle lui chantait... Car toutes les mères, dans toutes les cultures traditionnelles, et même modernes, chantent pour leurs enfants… Imaginez ces chants d’amour de Dieu et de préparation au développement futur de l’enfant. On peut imaginer le genre de paroles qu’elle devait lui murmurer chaque soir pour qu’il s’endorme, par exemple : 

 

« Mon cher enfant n’oublie pas

tu vas devenir un soldat, 

pour semer l’amour dans le monde

 et instaurer une paix féconde »

 

On peut comprendre que si Dieu a réuni cette mère et son fils après les avoir séparés, c’est certes pour apaiser ce cœur de maman meurtri, mais c’est aussi parce qu’elle avait un rôle très important à jouer dans sa vie, afin que, dès son plus jeune âge, il ne soit pas totalement coupé de ses racines, de ses ancêtres, de sa culture, de sa mission. Afin qu’il grandisse avec une préparation à devenir un soldat du bien et de la justice. Afin qu’il comprenne que c’était là sa mission sur terre.



INTERVENTION SPIRITUELLE DIVINE

Une fois adulte, arrive ce jour où notre Maître Moussa vient en aide à un homme de sa nation contre un soldat égyptien injuste. Moussa est alors lui-même armé, et il aurait utilisé son arme si son but avait réellement été de tuer l’égyptien. Mais là n’était pas son intention, et la mort de cet homme est survenue accidentellement alors qu’il cherchait juste à le repousser avec un bâton. Il se trouve que la force de Moussa (que Dieu continue de nourrir son être et notre connexion à lui), qui avait touché légèrement cet homme, fut décuplée par la Chaleur Divine qui coulait dans son sang.

Cette situation relève clairement d’une Intervention Spirituelle Divine et s’avère être un élément déclencheur de grandes perturbations pour notre bien-aimé Moussa, car il est clair que la nouvelle de son acte va être rapportée partout dans la ville, et que le bruit va se répandre comme une traînée de poudre : “Moussa est un tueur !”. Lui ne se reconnaît pas dans cette définition-là, même prononcée par des gens qui sont ses ennemis : elle ne rentre pas dans le logiciel que sa mère et sa mère adoptive ont implanté en lui depuis sa toute petite enfance avec leurs intentions, leurs chants et leurs prières. 

 

 

Il sent cette tension en lui. Il prend en même temps conscience qu’il appartient à un système d’oppression et d’injustice. Pour la première fois, il avait assisté à ce qui était en réalité le pain quotidien des enfants d'Israël à cette époque : abus de pouvoir et persécutions. On peut facilement imaginer le mélange de sentiments, de pensées et d’émotions qui se bousculent en son fort intérieur, mélangés aux regards des gens qu’il sent peser sur lui. Il est pris pour un homme injuste et fauteur de troubles, lui qui a été nourri et élevé pour devenir un homme de bien. Alors, secoué et ébranlé par cette prise de conscience, il formule cette première prière : 



رَبِّ إِنِّي ظَلَمْتُ نَفْسِي فَٱغْفِرْ لِي 

Mon Seigneur, mon Enseignant, mon Développeur, 

c’est moi qui ai commis la plus grande injustice, c’est moi qui me suis moi-même trahi. 

Couvre-moi donc du manteau de Ton Pardon et de Ta Grâce !

S.28 - V.16

 

Suite à cette prière, Dieu Lui pardonne, directement. Puis, suite à ce Pardon, juste après ce moment de prise de conscience, notre bien-aimé Moussa formule une nouvelle prière : 





Nous voyons que cette deuxième prière est une réponse immédiate au Pardon Divin. La première, celle de la prise de conscience a mené notre Maître Moussa à voir ses fautes, à réaliser ses manquements. Cet élan de retour vers Dieu est si intense, si fort, que Dieu lui pardonne directement. 



RETOUR VERS DIEU 

L’exemple de notre Maître Moussa (que Dieu nous connecte à lui) illustre ce qu’est le retour vers Dieu en toute repentance (tawba), c’est-à-dire le fait de se tourner entièrement vers son Créateur en toute humilité et reconnaissance de ses fautes et en ayant une foi solide en la complète acceptation de cette demande de pardon. C’est une manière de dire à Dieu : «Tire-moi vers Toi, je reviens vers Toi. Je reconnais enfin que je T’appartiens, à Toi seulement. Je refuse tout recouvrement de cette réalité à mes yeux et à mon cœur

Il s'agit de se tourner vers Lui, conscient qu'Il est Notre Seul Secours et Notre Seule Protection contre nous-même tout en Lui demandant de ne pas laisser nos défauts apparents afin d’éviter que nos ennemis ne s’en servent contre nous. Il s’agit également de décider de ne plus retourner à nos erreurs en mettant tout en œuvre pour y parvenir tout en sachant que c’est Lui Seul qui peut nous préserver de tomber à nouveau dans la noirceur. C’est enfin un acte d’amour car l’on cherche à être réconforté par Celui qui donne espoir, couvre et recouvre, Celui qui peut tout enlever, tout réparer et tout changer.

Comme dans le cas de notre Maître Moussa, la remise en question et l’examen de conscience qui précèdent cette demande peut survenir suite à un événement qui nous secoue, nous réveille, et nous éveille. En d’autres termes : un événement qui est une Intervention Spirituelle Divine pour nous sortir de nos inconsciences et nous faire reprendre le chemin de la croissance. Cette Intervention Spirituelle Divine peut aussi répondre à une démarche volontaire d’introspection, menée dans un exercice de demande de recouvrement et de Protection (formule de demande de recouvrement de nos fautes (istighfar) répétée plusieurs fois en conscience).

Dans tous les cas il s’agit de devenir conscient de son état de pécheur imparfait (état inhérent à la condition humaine) pour mieux se tourner vers le Un Parfait et réaliser que Seul Dieu est Juste et Équitable, et qu’il nous incombe de reconnaître nos erreurs et de nous repentir des injustices que nous commettons envers nous-mêmes, afin de retourner sous Sa Protection et dans la vallée de Ses Faveurs.

La demande de recouvrement de nos fautes est effectivement une protection car il est dit que Dieu ne punira pas ceux qui sont sincèrement en demande de faire la paix avec Lui ; cela protège le croyant de toute forme de châtiment ou d’éloignement et de tout mal. Par conséquent, en plus de recevoir de façon sûre et certaine le pardon pour nos fautes, nous bénéficions en plus d’une précieuse Protection Divine et de Ses Cadeaux Innombrables.

 

Suite à sa première prière, Moussa ressent directement cet effet en lui : celui du Pardon accepté de Dieu, celui du rapprochement immédiat avec son Bien-aimé Seigneur. Ainsi, la prière qui lui vient spontanément ensuite fait mention des Faveurs et Bienfaits de Son Seigneur à son égard. Il précise bien que c’est “grâce aux bienfaits dont Tu m’as comblé” qu’il prend cette décision de ne plus jamais être un assistant ou un soldat pour Pharaon, de ne plus jamais être l’instrument des ennemis de la Justice Divine, mais on peut aussi le traduire “par ces bienfaits” ou “pour ces bienfaits”, dans le sens “d’honorer ces bienfaits”. 


 

 

LE LIEN ÉTROIT ENTRE LA GRATITUDE ET LE REPENTIR

Il n’est pas anodin que le repentir de notre Maître Moussa (que Dieu nous connecte à lui) s’exprime en même temps que sa gratitude envers les bienfaits que Dieu lui a accordés. Car il existe un lien étroit entre gratitude et repentir. Ce sont comme deux frères jumeaux, deux faces d’une même pièce. 

La gratitude est le fait de notifier, de voir, percevoir et remarquer les Actions de Dieu dans l’univers et de prendre conscience que toutes Ses Actions sont belles. Le repentir, c’est le fait de prendre conscience que nos propres actions, au contraire, ne sont pas toujours belles. Ainsi, la gratitude, c’est l'œil qui se dirige vers les actions de Dieu pour n’y voir que beauté et perfection alors que le repentir, c’est l'œil qui se tourne vers nos propres actions pour y voir nos imperfections et nos torts. 

Les deux, gratitude et repentir, sont des célébrations de Dieu : la gratitude revient à proclamer la gloire de Dieu dans Ses Belles Actions, alors que le repentir revient à célébrer la Perfection de Dieu à côté de notre imperfection, et également à célébrer le fait qu’Il nous protège (nous et ceux qui nous entourent) et du tort de nos mauvaises actions et de leurs conséquences.

Le lien étroit entre repentir et reconnaissance se retrouve dans le récit de notre bien-aimé Prophète Mohammed (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) et de son épouse notre mère Aicha (que Dieu nous connecte à elle). Une nuit, alors qu’elle l’a trouvé en train de prier, les pieds enflés à force de rester debout durant de longues heures, elle lui a demandé par souci et amour : “Pourquoi t’infliges-tu cette peine ? N’as-tu pas été pardonné pour tous tes péchés ?”.

Il lui répondit : “Ne devrais-je pas être un serviteur empli de reconnaissance ?”... Quelle réponse pleine de sens et d’éclairage pour nous ! Notre mère Aicha lui parle de pardon, et lui (que Dieu nous abreuve de sa lumière) répond reconnaissance, comme s’il disait : “Puisque mon Seigneur m’a pardonné tous mes péchés, ne devrais-je donc pas exprimer ma gratitude et ma reconnaissance envers ce cadeau d'avoir été pardonné ?” 

Ce récit ouvre une porte de compréhension pour nous car il nous enseigne qu’il n'existe rien de plus efficace que ce repentir et cette Acceptation Divine pour produire et emplir nos cœurs de gratitude. Se tourner vers Dieu, reconnaître que nous ne méritons rien de toute cette beauté que l'on reçoit de Lui, admettre que nous ne recevons Ses bienfaits que par Pure Grâce venant de Lui, et non par mérite… c’est une chose de le dire de manière théorique, mais le ressentir pour de vrai lorsqu’on est au plus bas, éprouvé, après avoir péché prend une toute autre dimension. Il nous faut réaliser de manière profonde qu’on ne mérite même pas ce moment privilégié où on s’adresse à Lui pour Lui demander de nous pardonner ! Rien de ce que nous vivons avec Dieu n’est par mérite, et la moindre des choses que Dieu nous donne n’est pas moindre, au contraire ! Il s’agit d’un grand cadeau qui vient de Lui. 

La conscience de ces grâces nous permet de mieux comprendre cette deuxième prière de Moussa, qui est donc logiquement et naturellement une prière de reconnaissance et de célébrations des cadeaux que Dieu nous fait en nous pardonnant. 



LA RECONNAISSANCE ET CÉLÉBRATION DES GRÂCES DIVINES : FAIRE LES COMPTES  

En exprimant son retour à Dieu et sa repentance, notre Maître Moussa ressent donc la Grâce du Pardon, et sa reconnaissance ne s’arrête pas là. Dans son élan de conscience et de gratitude, il va réaliser les nombreuses grâces et bienfaits dont Son Seigneur l’a gratifié :  la Grâce de la prise de conscience de son état, la grâce d’avoir eu une mère comme la sienne et la grâce de l’éducation qu’elle lui a donné, la grâce d’appartenir à la lignée Prophétique, la grâce d’avoir eu une mère adoptive comme Assiya, et encore tant d’autres grâces. Comme si toutes ces réalités lui revenaient en boomerang après cette exposition au regard critique des autres.

Certes, il a involontairement tué quelqu’un et il se trouve dans une situation périlleuse, mais la comptabilisation des Grâces reçues de Dieu (dont la Grâce du Pardon) lui permet de garder le bon cap et de se souvenir que les bienfaits qu’il a reçus de Dieu sont de loin supérieurs aux épreuves, et que Dieu est toujours avec lui.

 

 

Le décompte des grâces reçues par Moussa nous rappelle qu’il y a deux choses que Dieu nous invite à compter, et que ces comptes doivent aller de paire. Contrairement ce à quoi notre époque moderne nous invite, il ne s’agit pas de compter nos blessures, nos problèmes, les injustices ou les manquements des autres envers nous, bien au contraire. Voilà plutôt le genre de compte qu’il faut absolument abandonner. 

Dans Sa Sainte Parole, Dieu nous invite à un exercice de comptabilisation de Ses Faveurs, un exercice de méditation sur l’infinité de Ses Cadeaux. Compter Ses Bienfaits de manière concrète est nécessaire, il ne suffit pas de dire “oui, je sais que je reçois déjà beaucoup” mais de vraiment commencer à dresser la liste de ce que l’on reçoit, d’en prendre note, et de tenter de tout comptabiliser. S’impliquer, s’investir dans le décompte va permettre des prises de conscience plus profondes, plus ancrées, moins théoriques et moins abstraites, jusqu’à ce moment où l’on parvient inévitablement à nos limites, où l’on voit que l’on ne peut réussir à tout compter. C’est là que naîtra en nous une vraie reconnaissance qui sera un remède à notre ingratitude et une célébration de Sa Générosité. 

 

“Si vous comptiez les bienfaits de Dieu, vous ne sauriez les dénombrer. Dieu couvre qui Il veut du manteau de Sa Grâce et de Son Pardon, Lui qui a créé les relations d’amour et qui en prend le mieux soin.”

S16.-V18.

 

Le deuxième compte que Dieu nous invite à tenir en parallèle de celui de Ses Grâces est celui de nos fautes et de nos manquements : je compte les bienfaits de Dieu envers moi tout en comptant mes manquements envers Lui. C’est de cette façon que va s’établir peu à peu un dialogue, une symphonie entre la gratitude et la repentance. Bien sûr, il ne s’agit pas de compter nos manquements pour s’auto-flageller ni se rendre malheureux, mais pour réaliser que derrière chaque péché, derrière chaque faute se trouve le Cadeau caché de Dieu qui n’est autre que Son Pardon, et que la preuve en est que les conséquences du péché ne se manifestent pas. En effet, Dieu nous dit dans sa Sainte Parole :

 

“Si Dieu s'en prenait aux hommes à cause de leur injustice, Il ne laisserait sur la terre aucun être vivant [...]”

S.16 - V.61 

 

Il faut comprendre que les conséquences d’une seule séquence de mal créée par l’être humain ont le potentiel d’empoisonner l’univers en entier à tout jamais ! Par conséquent, on ne peut que ressentir une immense gratitude envers notre Seigneur qui pardonne, interrompt et neutralise par Sa Grâce les effets néfastes de nos péchés. Face à cette prise de conscience, la reconnaissance s’impose, et l’expression de la repentance (istighfar) devient en même temps une expression de gratitude : chaque fois que l’on réalise un de nos manquements, on doit réaliser en même temps la Grâce de Dieu, combien Il nous a favorisés et protégés des conséquences de cette faute.

 

 

De plus, être en mesure de réaliser notre manquement est en soi un grand cadeau de Dieu, car ne pas avoir su ouvrir les yeux sur notre manquement pendant tout ce temps est un manquement en soi. En effet, notre Dame Rabi’a al 'Adawiya disait : “Notre remise en question (istifghfar) a besoin de remise en question”. Ces paroles étaient destinées à des connaisseurs de la voie spirituelle, tels que Hassan Al-Basri par exemple, qui étaient en capacité de comprendre ces subtilités, des hommes intelligents qui comprenaient que le but n’est pas de se rabaisser, de se dévaloriser ni de tomber en dépression mais bien au contraire de s’élever et de connaître et reconnaître l’état enivrant du Pardon Divin. Car, en effet, quoi de plus heureux que de voir Dieu transformer nos péchés en Bienfaits et Faveurs de Sa Part ? 



REVISITER LE NÉGATIF POUR EN TIRER LE POSITIF

Le repentir est aussi l’occasion d’un bilan positif. Lorsque quelque chose prend fin, une expérience, une période, un voyage ou autre, il est nécessaire de faire le point et de comptabiliser les gains que cette expérience nous a apportés. Il s’agit de lister tout ce dont on a pris conscience et tout ce que l’on souhaite changer pour avancer. On revisite les manquements que l’on a commis, non pas avec culpabilité, remords, angoisse, ou sentiment de manque ou de privation, mais avec sagesse, pour tirer un maximum de leçons pour la prochaine fois.

Même si la tendance à s’attrister, se lamenter, et tirer un bilan négatif de la faute commise est très forte, il faut se forcer à tirer un bilan positif des choses que l’on vit si l’on souhaite apprendre à vivre en toute reconnaissance envers les cadeaux Divins. Il faut toujours sortir avec un bilan positif, toujours. 

 

 

Toutefois, par défaut, notre schéma mental a tendance à focaliser sur le négatif, aussi bien en soi-même qu’en l’autre. Si on n’y travaille pas, si on ne développe pas notre conscience, ce mental va naturellement se concentrer sur les occasions dont on n’a pas pu profiter ou les fautes commises par soi ou les autres, nourrissant ainsi regrets, culpabilité (“c’est ma faute”), et victimisation (“c’est la faute des autres”).

Et quand la culpabilité devient trop douloureuse, alors se produisent des phénomènes de fuite, d’évitement ou de justification (“finalement, j’ai une bonne excuse pour avoir commis cette faute”). Tous ces schémas appartiennent à ce qu’on appelle la conscience négative. Il s’agit d’une conscience par défaut, orchestrée par satan lui-même (que Dieu nous protège de ses artifices et de ses manigances) comme nous pouvons le lire dans le Livre Saint :

 

“Le diable vous fait craindre le manque et il vous ordonne des turpitudes ; [...]”

V.2 - S.268. 

 

Le diable nous pousse à focaliser notre conscience sur ce que nous avons raté, sur nos échecs, nos manques, nos carences, nos défauts et à ne jamais en détourner le regard. Or, si toute Hégire, toute sortie de soi-même, doit effectivement commencer avec un bilan honnête de nos manquements afin de nous en arracher et évoluer, la conscience négative quant à elle consiste à rester enlisé dans le sentiment de manque et ne plus en sortir. Cette conscience négative va à l’encontre des habitudes prophétiques (sunna) qui insistent sur le fait que l’espoir doit toujours vaincre la peur, que le positif doit toujours vaincre le négatif. 

Par conséquent, l’être intelligent qui veut développer sa conscience positive se force très consciemment à refuser de penser au négatif pour s’obliger à penser au positif, pour dresser le bilan des gains et bénéfices. Il s’agit d’un vrai combat qui consiste à vraiment insister et à se forcer à trouver et comptabiliser le positif, pour ensuite capitaliser dessus.

 

 

Les sentiments et ressentis négatifs qui ne sont pas gérés et digérés par le rationnel sont comme de la nourriture qui n’est pas digérée par l’estomac. Tout sentiment fort doit très rapidement être rationnellement digéré et faire l’objet d’un travail d’évaluation positive et d’appréciation des gains par le rationnel, sans perte de temps. Et cela est vrai aussi bien pour les ressentis désagréables (culpabilité, remords, angoisse) que pour les sentiments agréables (moments-maman, expériences de joie, instants de bien-être, etc.) qui ne doivent pas simplement être consommés mais qui doivent aussi être transformés en gains.

Sortez avec des gains, comptabilisez vos gains, valorisez vos gains, capitalisez vos gains ! Voilà ce qu’il faut apprendre à faire suite à un repentir, ou à un moment important qui prend fin, ou à la fin de l’année, ou même à la fin de la vie. Apprendre à toujours sortir gagnant. Car la conscience positive nous donne une énergie positive qui nous prédispose à la réussite, tandis que la conscience négative prédispose davantage à l’échec. Il suffit d’imaginer un élève qui a révisé la moitié du programme et qui se rend à l’examen : s’il se sent coupable, anxieux, ou dans un sentiment de manque pour n’avoir pas tout révisé au complet, sera-t-il dans de bonnes conditions pour réussir ? 

 

"La conscience positive nous donne une énergie positive qui nous prédispose à la réussite, tandis que la conscience négative prédispose davantage à l’échec."

 

Alors, à chaque fois que le regret ou la comptabilisation des manques s’impose à nous, nous devons chasser activement ces mécanismes en nous focalisant sur la reconnaissance des choses positives que ces évènements ont permis, en rendant Grâce à Dieu pour ces Cadeaux, et en comptabilisant tous les Bienfaits un par un.



LA RELATION AU PARDONNEUR

Lorsque les Anges se sont prosternés devant notre père Adam (que Dieu nous connecte à lui), il leur a récité les Noms de Dieu qu’il connaissait. Les Anges connaissaient déjà plusieurs Noms et Attributs Divins. Par exemple, ils savaient bien que Dieu savait toute chose, qu’il était le Créateur de tout le cosmos ou encore qu’Il était Doux et Aimant, mais ils ignoraient les Noms et Attributs qui évoquent le Pardon Divin. En effet, n’ayant pas en eux le potentiel de pécher, ils ne pouvaient pas concevoir le sens de cette notion de pardon et ce n’est que lorsqu’ils se sont prosternés devant Notre Maître Adam qu’ils ont eu accès à cette signification.

 

 

Plus tard, lorsqu’ils ont assisté au Pardon d’Adam de la part de Celui qui couvre Ses serviteurs du manteau de Sa Grâce (al-Ghafour), ils sont tombés amoureux de ce Nom Divin, à tel point qu’ils se le sont approprié. On peut lire dans le Livre Sacré que lorsque les Anges chantent les Louanges de Dieu, ils demandent également Pardon pour les humains :

 

"Ceux qui portent le Trône et ceux qui l'entourent célèbrent les louanges de leur Seigneur. Ils vivent en totale perméabilité avec Lui et demandent pardon pour les croyants : « Notre Seigneur ! Tu embrasses toute chose par ton Amour et Ta Science ; couvre donc de Ton Pardon ceux qui suivent Ton Chemin, et épargne-leur le châtiment de la Fournaise ! 

Notre Seigneur ! Introduis-les dans les Jardins d'Eden que Tu leur as promis, ainsi que ceux parmi leurs parents, leurs conjoints et leurs descendants qui agissaient de la plus belle des manières. Tu es le Puissant, le Sage ! 

Et préserve-les des mauvaises actions ; car celui que Tu préserves aujourd'hui des mauvaises actions, Tu le couvres de ta Grâce et de ton Amour ; et c'est là le bonheur suprême !"

S.40 - V.7 à 9

 

Ainsi, les Anges, mais aussi les animaux, les montagnes et les oiseaux dans le ciel qui n’ont pas besoin d’être pardonnés, qui sont tous exemptés de cette capacité à pécher, sont tous engagés dans cette demande de pardon pour les hommes. Pour quelle raison font-ils cela, s’ils n’en ont pas besoin ? 

Tout simplement parce qu’il n’existe pas de meilleure dynamique, de meilleur projet ni de meilleur investissement que celui d’être un maillon, un renfort, une aide dans cette réconciliation entre un pécheur et son Seigneur. C’est là la chose la plus belle et la plus puissante qui soit. 

Nous avons vu dans l'article précédent que Dieu nous invitait à une vraie relation avec Lui, qu’Il nous invitait à Le rencontrer, et non pas à le considérer de manière abstraite comme une image ou un objet. Et bien, en réalité, cela va plus loin que cela. Dieu ne nous appelle pas simplement à vivre avec Lui une simple relation platonique. Il nous invite à vivre avec Lui la relation la plus intime qui soit, car quelle relation serait plus intime que celle entre le pêcheur et le Pardonneur ? Quel besoin serait plus grand pour l’être humain que celui d’être pardonné, accepté et aimé, alors que ses défauts et ses fautes sont connus et révélés en plein jour ?


 

 

N’AIE PAS PEUR

Voilà pourquoi il ne faut pas avoir peur de cet exercice de remise en question. Il ne faut pas craindre de pratiquer cet exercice de retour à Dieu (tawba). Ce n’est pas quelque chose de pénible, même si ça bouleverse, même si ça choque, même si ça chamboule. En réalité, c’est un exercice qui libère et génère une énergie très positive en soi et dans tout l’univers. 

Le péché est une dynamique de solitude qui t’invite à l’isolement et t’éloigne de Dieu. Lorsque tu vois la réalité de ton péché, elle te fait peur car tu prends conscience de la noirceur de l’énergie négative que le péché dégage en toi, autour de toi et partout dans l’univers. 

Le retour vers Dieu, au contraire, te réunit avec Dieu, car tu Le réinvites à faire partie de ton histoire, de ta vie. Quand tu prends ce chemin, tu n’es plus jamais seul. Même la voix que tu vas entendre de Dieu “mais pourquoi as-tu fait ça ?” devient plutôt pour toi une voix qui rapproche et non une voix de reproche. Une voix qui te conduit à la ré-union avec Dieu. 

Pour décrire cette joie, le Prophète (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) dit que Dieu est tellement Satisfait, tellement Heureux lorsqu’Il célèbre le retour de Son serviteur qui revient à lui après l'égarement qu’Il est comme quelqu’un qui retrouve son chameau après avoir perdu espoir de le retrouver dans le désert ! On peut imaginer l’énergie et les conséquences de cette Joie immense, de ce Plaisir, cette Douceur qui est alors libérée dans tout l’univers.

Ainsi, nous comprenons bien la relation entre le repentir et la gratitude, et nous pouvons mieux imaginer tout ce qu’implique la seconde prière de notre Maître Moussa qui fait suite à une première prière de reconnaissance de ses torts et de demande de Pardon. 



LA RECONNAISSANCE, LE DÉBUT DU CHEMIN

Ainsi, celui qui souhaite cheminer vers Dieu et quitter sa zone de confort pour entreprendre ce voyage vers l’Eternel se doit absolument de passer par la gratitude et la reconnaissance. Il n’y a pas d’autre choix, pas d’autre voie que celle de l’humilité et de la gratitude. 

La première étape du chemin, celle de la prise de conscience ou du “SubhanAllah” est, nous l’avons vu avec la première prière de Moussa suite à la mort de l’Egyptien, l’étape de l’éveil. On s’éveille à une réalité qui nous était voilée grâce à un événement, une secousse, une prise de conscience que Dieu nous donne. Cet éveil peut prendre différentes formes, mais dans tous les cas, il s’impose à nous, et on peut très vite le subir plutôt que le vivre. Le seul moyen d’en faire quelque chose, de capitaliser sur cette expérience qui ne provient que de la Seule Intervention Divine est de passer à l’étape suivante, celle où on se demande : qu’est-ce que je vais en faire pour ne pas aller aux enfers ? 

Voilà un des pièges qui peut nous faire repartir à la case départ si l’on n’y prend pas garde, si l’on refuse de se rendre à l’adresse à laquelle Dieu nous attend et nous envoie Ses Cadeaux : celle de l’humilité et de la reconnaissance. C’est un défi sur le chemin, car il est bien plus facile de goûter à l’éveil que de vivre la reconnaissance et la gratitude, bien que la gratitude devrait être un résultat, une conséquence directe de la prise de conscience. 

En réalité, lorsque l’on s’éveille, lorsque l’on vit son moment de “subhanAllah”, l’ego est toujours là, en nous, prêt à s’approprier ce moment, voire à s’en attribuer les causes. Il peut nous manipuler de sorte à nous faire croire que cet éveil spirituel est dû à notre mérite, parce que nous serions exceptionnel ou différent des autres. L’ego va même vouloir rester dans cet état très confortable pour son image de lui-même et se créer une illusion de cheminement spirituel qui n’est qu’une expérience touristique à ses yeux, et finalement, nous laisser figés dans une nouvelle image. 

Ce n'est qu’une fois rendu à l’étape de la reconnaissance, celle du “al-hamdulillah”, que l’ego doit disparaître. Car dire et réaliser “al-hamdulillah” revient à dire que le “hamd”, les louanges, le mérite, les remerciements reviennent entièrement et exclusivement à Dieu, et non pas à nous-mêmes. Et qu’en plus, il faut agir, se positionner, commencer à prendre la voie de la transformation pour honorer cette prise de conscience, ce qui est assez pénible pour l’ego.  

Ainsi, c’est avec la reconnaissance que le chemin commence réellement, et d’ailleurs c’est par le mot “al-hamdulillah” que Dieu a fait commencer son Livre Béni, ainsi que chacune de nos prières méditatives. La prise de conscience est la lettre que Dieu nous envoie, et la reconnaissance est notre réponse à cette lettre. Et bien sûr, il est toujours plus facile (au moins dans un premier temps) de recevoir de l’amour que d’en donner en retour. 

 



LA PRIÈRE DE L’INVESTISSEMENT PAR GRATITUDE, LA PRIERE DU "AL-HAMDULILLAH"

Cette seconde prière de Moussa qui fait suite au repentir nous montre donc l'importance de la deuxième étape du chemin, celle de la reconnaissance. C’est l’étape de “al-hamdulillah” : la deuxième parole bénie de développement de conscience que le prophète Mohammed a donné à sa fille Fatima. L’étape où, après avoir connu un éveil et une prise de conscience, on va passer par la reconnaissance de cette prise de conscience : on la reconnaît et on reconnaît aussi tous les Cadeaux que Dieu nous fait depuis le début.  Et cette reconnaissance ne peut être passive et théorique, elle doit avoir des conséquences concrètes, elle doit nous mettre en mouvement, nous faire prendre des décisions de changement et de transformation dans nos vies. 

Après le réveil mental de “subhanAllah”, l’étape de “al-hamdulillah” correspond à l’éveil rationnel. Car quand Dieu nous invite à la reconnaissance, il s’agit d’une re-connaissance, d'une connaissance rationnelle, au fait de reconnaître ce qui est en train de se passer à sa juste valeur. Dans sa Noble Ecriture, Dieu nous enjoint à raisonner : “N’ont-ils pas vu ?”, “Ne considèrent-ils pas ?”, “Ne voient-ils pas ?”, “Ne réfléchissent-ils pas ?”. Ces questions, posées par Dieu, s’adressent au rationnel et l’invitent, tant que le sentiment de la secousse de prise de conscience est encore fort et présent, à savourer, digérer et bénéficier de cet élan pour en tirer toute la connaissance et la re-connaissance nécessaire. 

Voilà ce à quoi nous invite la Sainte Parole :

 

“Tous, tenez-vous fermement à la corde de Dieu, et ne vous divisez pas ; souvenez-vous des bienfaits dont Dieu vous a comblés : vous étiez ennemis et Dieu a réconcilié vos cœurs ; vous êtes, par Sa grâce, devenus frères. Vous étiez au bord d'un abîme de feu et Il vous en a sauvés. C'est ainsi que Dieu vous expose clairement Ses signes ; puissiez-vous être bien dirigés…”

S.3 - V.103 

 

Nous devons chercher à dépasser les blocages du mental, pour acquérir une connaissance qui nous mène à la reconnaissance. Nous devons chercher à développer un rationnel reconnaissant et empli de gratitude. Ainsi, avec ces intentions-là, regardons comment nous étions avant l’expérience en question, et comment nous sommes maintenant, analysons notre évolution et interrogeons-nous : « Qu’est-ce que j’ai gagné dans ma vie ? ».

 

 

La gratitude n’est pas un état de béatitude passive, bien au contraire. La gratitude doit être une reconnaissance active qui va se concrétiser et se manifester par un engagement, un investissement, un effort comme nous l’enseigne Dieu dans Sa Sainte Parole alors qu’Il s'adresse au peuple du Prophète Daoud (David) : “travaillez, ô peuple de Daoud, par gratitude et reconnaissance”. Là aussi, c’est par reconnaissance que notre Bien-aimé Moussa prend l’engagement de ne plus jamais travailler ou servir dans les rangs des injustes pour, au contraire, s’engager à servir dans le rang des justes, des architectes et des ingénieurs de la paix et de l’harmonie.



PRIÈRE DU DHOHR : PRIÈRE DE LA VICTOIRE

Nous avons vu que la première prière de notre Maître Moussa exprime l’aube (Fajr), l’explosion de lumière qu’il a vécu en lui. L’aube est ce moment où les premiers rayons du soleil viennent illuminer et révéler ce qui était dans l’obscurité durant la nuit. Quelques rayons suffisent pour nous montrer apparents ce qui était là, caché à nos yeux voilés par le manque de lumière.

Et nous pouvons rappeler combien la lumière, bien qu’étant la plus noble et la plus belle des créations, est également la plus humble. C’est la création qui peut tout donner et tout pardonner. Elle s'infiltre et pénètre partout, dans la moindre petite fissure ou ouverture qui se présente à elle, profitant de la moindre déchirure sur le voile de nos ténèbres pour amener son explosion de clarté. Elle est capable de venir tout illuminer, même les endroits les plus sombres, les plus inaccessibles, et même nos fosses septiques intérieures : nos analyses les plus sceptiques. 

Et si elle ne trouve aucune fissure en nous dans laquelle s’infiltrer, elle va attendre patiemment que Dieu nous fissure et nous brise par Son Intervention Spirituelle, ne serait-ce qu’un tout petit peu, comme avec un problème de la vie courante, ou de manière puissante avec une plus grande épreuve, afin de nous mener à réaliser et reconnaître notre humilité. Et là, elle va entrer, non pas pour nous dominer, nous assujettir ou nous subjuguer, mais pour nous réconcilier avec nous-mêmes, pour nous montrer qui nous sommes. 

 

 

On voit bien ceci dans le récit de notre Prophète Moussa (que Dieu continue de nourrir son être et notre connexion à lui) : cette lumière a commencé son cheminement intérieur par une secousse, un éclairage, un éclair de prise de conscience, et continue maintenant en apportant la clairvoyance qui mène à un choix décisif.

En ce sens, nous pouvons dire que cette deuxième prière est la prière rituelle de mi-journée (salât dhohr), la deuxième prière méditative obligatoire de la journée qui a lieu au moment où le soleil est au zénith et ne laisse plus place à aucune ombre, ce moment où sa lumière surplombe tout ce qui nous entoure, et que rien ne peut s’en cacher. On retrouve ce symbolisme dans cette deuxième prière de notre Maître Moussa qui est à ce moment-là au paroxysme, à l’apogée de conscience et de confiance en Dieu, au summum de certitude, de foi, de clarté, de clairvoyance. Le Soleil de la Vérité est bien haut dans le ciel de sa conscience, tout est parfaitement clair et éclairé, sans l’ombre d’un doute. 

Et voilà par conséquent ce qu’il exprime et chante à haute voix dans cette deuxième prière : “Mon Seigneur, je vois clairement Tes Bienfaits ainsi que la bonne décision à prendre, aucune ombre ne m’empêche de voir ce qui m’était préalablement caché, tout est parfaitement clair désormais ! Alors, je célèbre Ta Grâce et je chante Ta Gloire ! Ô mon Seigneur et Maître, qui prend soin de toute la création et de ma propre croissance (Rabbi), Toi qui m’élèves et m’enseignes toute chose (Mourrabi) ! Mon Seigneur Educateur de mon âme, Nourricier de mon âme, Forgeron de mon cœur, de mon caractère, de ma personnalité !”

 

D’ailleurs, dans cette prière, il utilise un mot de la famille du mot “dhohr”, le mot “dhahiran”  qui vient de la racine arabe “dhahara” qui veut dire “clarté”, “clairvoyance”, mais qui renvoie aussi à la notion de “victoire imminente''. De ce mot est également issu le mot “dhahr”, qui signifie “dos”

 

رَبِّ بِمَآ أَنْعَمْتَ عَلَىَّ فَلَنْ أَكُونَ ظَهِيرًۭا لِّلْمُجْرِمِينَ

 « Mon Seigneur  ! Mon Enseignant !

Ô Cultivateur de mon être ! 

Grâce aux bienfaits dont Tu m'as comblé et gratifié, 

je ne serai plus jamais l'allié ni l’appui (dhahiran) des criminels ». 

dans S.28 - V.17 



Ainsi, on comprend dans cette formulation que d'une part, notre Maître Moussa ne veut plus “renforcer le dos” de ce système, ne veut plus faire partie de sa colonne vertébrale, de sa structure, de son squelette. Lui qui officiait dans son armée ne veut plus prêter victoire à ce système malhonnête.

D’un autre côté, on entend qu’il ne veut plus renoncer à sa lumière et à sa clairvoyance pour l’investir dans ce système d’aveuglement. En ce sens, il retrouve la clarté de sa vision : il voit maintenant de façon très claire la Vérité, avec une clairvoyance totale et sans l’ombre du moindre doute, et sa décision est une décision éclairée, illuminée. 

 

 

LA VICTOIRE

On sent bien la fermeté de sa volonté dans cette prière, une force d’engagement portée par cette lumière éclatante qui donne une clairvoyance totale : grâce à cette Faveur que Tu m’as faite mon Seigneur, je ne serai plus jamais l’assistant des criminels ! Tout est clair, maintenant, le soleil est à son zénith, c’est l’heure de mi-journée (dhohr) : aucune ombre au tableau, la décision se prend donc avec force et détermination. C’est une victoire sur ce contexte, une victoire sur les oppresseurs qui vient comme un fruit du Pardon et de la Grâce Divine dont Dieu l’a recouvert.  

En ce sens, le Prophète Mohammed (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) a dit : il restera toujours un groupe de ma communauté pour qui la Vérité est très claire et qui resteront très fermes et bien enracinés dans la terre de la Vérité, dans la terre de conscience. Un groupe de personnes qui ne seront jamais déstabilisées par ceux qui les critiquent ou qui les combattent jusqu’à ce que vienne le commandement ou la Victoire de Dieu (amr)”. Or ce nom “amrAllah” qui peut signifier la victoire de Dieu peut aussi désigner notre Maître Issa (Jésus, que Dieu continue de nourrir son être et notre connexion à lui), lui dont la prophétie dit que le retour sera un des signes de la fin des temps, et qu’il apportera la Victoire aux croyants contre les armées de l’antéchrist (dajjal).

Comme le dit l’Imâm Ali (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) : “même si les voiles tombent, ma certitude n'augmentera pas car j’ai déjà atteint l'apogée, le paroxysme de ma certitude. Ma certitude vient directement de Dieu. Le dévoilement cosmique le jour du Jugement, le Jour de la Révélation ultime n’ajoutera rien à ma connaissance de Dieu ni à ma certitude car je Le vois déjà. J’ai déjà vécu la mort avant la mort, et la résurrection avant la résurrection. J’ai déjà vécu ce jour du jugement car je me suis déjà jugé”. Et c’est ce que Moussa a vécu lors de sa prise de conscience : il s’est jugé, a vécu un éveil qui n’est qu’un symbole de la résurrection qui le fait aujourd’hui dire : puisque Tu m’as donné ce moment de zénith, de lumière éclatante sans aucune ombre (dhohr) pour masquer la Vérité, je ne serai plus jamais un allié, un support, un membre de cette structure (dhahir) de criminels !



MÉDITATION DE LA PRIÈRE

Avec tout ce que nous avons vu jusqu’à présent, nous proposons cette méditation de cette seconde prière de la manière suivante :

 

 


CONCLUSION DE LA PARTIE 1

La deuxième prière de notre Prophète Moussa est, comme nous l’avons vu, un retour vers Dieu et une célébration des Grâces divines, ainsi qu’une prise de décision ferme et un engagement devant Dieu. 

Dans cette partie nous avons abondamment développé la question du retour vers Dieu, de la pluie de Faveurs qui en découle ainsi que de la reconnaissance et la gratitude naturelle à laquelle ces Cadeaux invitent nos cœurs. Dans la partie suivante, nous développerons avec plus de précision la question de la prise de décision et de l’engagement devant Dieu, ou comment passer de la prise de conscience vers la maîtrise de conscience. Nous verrons ainsi les leçons que nous pouvons en tirer pour notre propre cheminement.

 


Article tiré d'une série d'enseignements donnés en 2019 et 2020.

Première partie du troisième article d'une série en cours de réalisation. Retrouvez la suite de cet article ici !

 

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