Prière de la prise de conscience - Les cinq prières de Moïse - 2

développement de conscience hijra/hégire les 5 prières de moïse marcher dans les pas des maîtres de la conscience mouharram oppression/injustices prières/méditations retour à dieu/tawba émotionnel/coeur Aug 24, 2021

Le contexte

Le début du cheminement de notre Maître Moussa (Moïse, que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) a commencé avec une prise de conscience liée à un événement majeur de son histoire qui s’avèrera être un tournant sur son chemin. Pour remettre les choses en contexte, il est nécessaire de revenir au début de son existence terrestre. 

L’histoire se passe en Egypte où les enfants d’Israël sont installés depuis l’époque de notre Maître Youssef (Joseph), fils de Yaqoub (Jacob). Joseph, ses frères et leurs descendants après eux ont prospéré en Egypte, jusqu’à ce qu’un Pharaon hostile à leur encontre vienne au pouvoir. Ce Pharaon avait fait un rêve qui mettait en scène un enfant de ce peuple qui détruisait son trône, les pyramides, en d’autres termes, qui venait anéantir toute l’institution pharaonique. Pris d’une peur panique à l’idée de perdre son pouvoir, il décide de réduire ce peuple en esclavage et prétexte que leurs enfants sont porteurs d’une maladie ou d’une malédiction pour justifier le meurtre de sang-froid de tous leurs nourrissons garçons. 

Lorsque Moussa est né, sa mère a bien sûr eu très peur pour lui. Et Dieu s’est adressé à elle, lui disant de déposer le nouveau-né sur les eaux. Elle avait une confiance absolue en son Seigneur, et a donc suivi cette Commande Divine, malgré la peur et l’angoisse qui ont dû la saisir à ce moment-là. Elle place le bébé dans un panier et le confie au Nil, ce fleuve miraculeux, signe de la Générosité de Dieu dans cette contrée désertique. Le couffin parvient devant le palais de Pharaon, où Assia, l’épouse du tyran, était en train de se baigner dans le cours d’eau. Elle était en train de pleurer et de prier car elle voulait avoir un enfant mais elle ne parvenait pas à donner naissance. Elle qui avait demandé aux idoles de son peuple de répondre à sa demande maintes et maintes fois, avait décidé, cette fois-ci de s’adresser “au Dieu de Joseph”. La vision du couffin qui glisse sur les eaux pour lui parvenir a donc été reçue avec une immense joie, et elle a vécu ce moment comme une réponse de son Seigneur à sa prière. 

Immédiatement, elle a aimé l’enfant, et a voulu s’en occuper. Elle s’est empressée de convaincre son époux de l’adopter, et voilà Moussa qui semblait destiné à une mort certaine devenu Prince... Dieu a voulu néanmoins apaiser le cœur de sa maman biologique, et lorsque Assia a cherché une nourrice pour prendre en charge les besoins physiques de l’enfant, le bébé a refusé le sein de toutes les postulantes, jusqu’à ce que vienne le tour de sa mère biologique. 

 

Moussa grandit donc entouré de deux femmes bénies qui l’aiment et le nourrissent de leurs prières et de leur amour. Il reçoit certes l’éducation des hommes égyptiens de l’époque, et l’éducation royale qui plus est, mais, en privé et dans ses plus tendres années, il est bercé, choyé et entouré par ses deux mères : sa mère biologique, qui a reçu une révélation et a vu les miracles de Dieu s’opérer devant ses yeux et sa mère adoptive qui a reçu ce cadeau Divin et qui nourrit depuis en secret une foi inébranlable en ce Dieu de Joseph qui a répondu à sa demande ainsi qu'un amour profond pour cet enfant miraculeux. On ne peut qu’imaginer le soin, l’amour, les prières, les intentions et l’énergie de conscience dans lesquelles il a pu baigner. 

Devenu adulte, Moussa (que Dieu nous connecte à lui) est un vrai prince, un chevalier qui sert dans le système égyptien. Non pas un prince comme on l’entend au sens moderne (de princesse/tristesse/mollesse...), mais plutôt un homme responsable et engagé, lui qui était comme un diamant caché dans la coupole de Pharaon, une personne entièrement façonnée par Dieu, une personne pure dont le secret a été préservé. 

Un jour, alors qu’il est âgé de 25 ou 33 ans selon les narrations, Moussa trouve deux hommes en train de se battre : un soldat en tenue et armé, et un homme visiblement pauvre dépourvu de moyen de se protéger ou de se défendre. Le soldat est placé au-dessus de l’homme, en train d’essayer de l’étrangler. Dans le feu de cette action qui se dessine devant ses yeux, Moussa se dirige vers l’homme, et en voulant le repousser, lui donne la mort, sans intention d’en arriver là. 



 

La prière du premier éclat de lumière dans l'obscurité, la prière de l'aube

Ce geste vient bouleverser sa vie : il réalise soudainement qu’il fait partie d’un système injuste. Il voit aussi qu’il est dans une situation compliquée, car son geste va être rapporté à Pharaon, qui va certainement le faire condamner pour avoir défendu une personne considérée comme un paria. Il voit les choses sous un tout nouvel angle, car une toute nouvelle lumière vient de lui être donnée. 

Cet état va donner naissance à la première prière de cet hégire, cette migration intérieure et physique que notre Maître Moussa va vivre. Cette prière vient donc exprimer l’état d’esprit que vit notre bien aimé Moussa à ce moment-là : ce moment de prise de conscience, ce moment où la lumière entre dans un tout premier éclat étincelant, comme dans une explosion de lumière. Comme ce moment de l’aube où la lumière du soleil commence à poindre, et que tout devient visible, clair. En cela, on peut dire que cette première prière de Moïse est sa prière de l’aube (Fajr), la prière du début de cette journée de voyage qu’il va entreprendre. 

Elle est la première d’une série de cinq prières qui vont s’enchaîner dans l’histoire telle que racontée dans le Livre Saint. Ces cinq prières vont lui permettre, nous le verrons, de ne pas refermer ses yeux sur cette lumière fraîchement parvenue, de passer de la prise de conscience à la maîtrise de conscience, de vivre un enchaînement de renaissances jusqu’à parvenir à une vraie croissance. 

 

رَبِّ إِنِّي ظَلَمْتُ نَفْسِي فَٱغْفِرْ لِي 

 Mon Seigneur, mon Enseignant, mon Développeur, c’est moi qui ai commis la plus grande injustice, c’est moi qui me suis moi-même trahi. 

Couvre-moi donc du manteau de Ton Pardon et de Ta Grâce, 

S.28 - V.16

 

Reconnaître le tort que l'on se fait à soi-même pour demander l'Assistance Divine 

Notre maître Moussa (que Dieu nous connecte à lui ainsi qu’à son héritage béni) a soudainement eu une énorme prise de conscience : celle que le système dans lequel il évolue est profondément injuste et meurtrier, et qu’il en est un instrument. Et quel instrument ! En tant qu’enfant élevé au palais, au sein même de la famille du Pharaon, il faisait certainement partie des haut gradés de cette armée pharaonique.  

En toute humilité et authenticité, il reconnaît alors sa faute : celle de s’être humilié et soumis à ce système, lui que Dieu a honoré, lui qui est un enfant de cette descendance bénie, un descendant du Prophète Yaqoub et donc par conséquent un descendant du Prophète Ibrahim (que Dieu nous connecte à eux ainsi que leurs héritages de lumière). Lui que ses mères ont choyé et ont élevé dans l'objectif de devenir un être de paix, de justice et de réconciliation (islah). 

Le verset du Qor’an qui suit cette prise de conscience et cette prière dit : “Et Dieu le couvrit alors de Son Pardon”. Il n’y a pas de réponse plus immédiate et plus rapide dans le Qor’an que cette réponse à la prière de Moussa, qui, devant l’intensité de la prise de conscience et l’élan de retour vers Dieu en toute humilité et repentir (tawba), se voit tout de suite exaucée.

 



Reconnaître la nature de la relation qui nous unit à Dieu

Chaque prière de notre Maître Moussa commence par “Rabbi” qui vient du verbe “rabba” qui veut dire croître, grandir. De ce mot vient aussi le terme “tarbiya”, qui est le travail de développement, de croissance, de cultivation.

Ainsi, utiliser le mot “Rabb” pour évoquer Dieu ou pour s’adresser à Lui n’est pas anodin, il s’agit de mettre l’emphase sur le rôle de “tarbiya” qu’Il joue avec nous : un rôle d’élévation, de croissance et d’accompagnement au développement. C’est pourquoi nous utilisons plusieurs termes pour traduire le mot Rabbi : “mon Seigneur et Maître qui veille sur moi ou sur ma Croissance”, “mon Maître qui se charge du développement de mon âme, le Nourricier de ma conscience”, “Cultivateur de mon âme”, ou encore, “Accompagnateur de mon chemin de vie”, mon Éducateur, mon Enseignant, mon Professeur, etc.  

Ce point est primordial, car il vient nous amener un éclairage fondamental sur la nature de la relation que l’on a avec Dieu, sur notre position d’élève qui cherche donc à s’élever, de petite graine qui aspire à la croissance tout en sachant qu’elle ne peut se cultiver elle-même. 

C’est pourquoi l’idée la plus stupide qu’un être humain ait jamais eue est celle de se déclarer non pas le dieu ou centre d’intérêt (ilah) des hommes, ce qui est déjà une grande ineptie en soi, mais de prétendre être le Seigneur, Maître et Responsable de la croissance de la création (Rabb) ! Et il se trouve que l’être humain qui est allé jusque là n’est autre que Pharaon qui proclamait à son peuple : je suis votre Grand Seigneur et Maître Responsable de votre croissance (ana Rabboukoum al-a’la) !

D’ailleurs, une anecdote dit que Abu Yazid Al Bastami (que Dieu nous connecte à son héritage) a vu dans son rêve satan (que Dieu nous protège de son mal et de ses manipulations) qui est allé donné une gifle à Pharaon en lui disant « mais comment as-tu osé, où as-tu trouvé cette idée ?”. Car même lui, que Dieu l’éloigne de nous, n’a jamais osé se proclamer l’unique source de vie et de croissance, non seulement de toute l’humanité, mais également de toute la création, de tout le cosmos... 

 Seul l’ego de l’être humain peut aller aussi loin dans l’illusion, la stupidité et la soif de pouvoir. Et c’est bien là un signe de manque d’intelligence car honnêtement, comment quelqu’un pourrait prétendre être celui qui fait croître les bébés dans le ventre de leurs mères ? Celui qui veille et rythme les battements de cœur de tous les êtres humains ? Celui qui permet à la graine de germer lorsqu’elle est enfouie dans le sol ? Celui qui maîtrise le feu du soleil et les mouvements de la lune ? Car le mot Rabb désigne tout cela à la fois, et bien plus encore.

Plusieurs siècles plus tard et comme nous le rapporte la Sainte Ecriture dans sa troisième sourate, les cinq prières de la famille de ‘Imran commencent par le mot “Rabbana”, qui est le mot Rabb que nous venons de définir, décliné cette fois à la première personne du pluriel (suffixe -ana). Et dans les deux cas, que ce soit pour notre Maître Moussa ou pour la famille de notre Maître ‘Imran, Dieu a exaucé les prières qui lui étaient adressées de cette manière. On en déduit donc que personne ne répète “Rabbi” 5 fois ou “Rabbana” 5 fois sans voir sa prière exaucée.

 

 

La nature de notre injustice

Pour en revenir à la première prière de notre Maître Moussa, on peut donc la traduire en ces termes : “mon Enseignant, mon Développeur, mon Maître, c’est moi qui ai commis la plus grande injustice, c’est moi qui me suis trahi moi-même, j’ai commis la pire des injustices envers moi-même, j'ai trahi mon âme, alors recouvre-moi du manteau de ton Pardon et de Ta Grâce. Réclame-moi, arrache-moi à moi-même !”. 

En effet, ce que notre Bien-aimé Moussa nous montre ici, c’est que Dieu nous a confié notre âme pour que nous la travaillions et la développions en vue de l’amener au Paradis, de la faire vivre et évoluer en Sa Sainte Présence. Et si nous ne sommes pas en train de faire ce travail-là, alors nous égarons nous-mêmes notre propre âme, notre propre projet en nous obstinant à rester à l’état de l’âme figée, en abandonnant cette âme sur le bas-côté du chemin, la laissant paître avec les animaux errants plutôt que de la faire pétrir dans la Lumière et par La Main de Dieu, la Main du Potier, du Pétrisseur, du Façonneur des âmes. 

Il s’agit bien là d’une trahison de soi-même, une trahison de sa propre âme, et il est nécessaire de prendre la responsabilité de cette trahison, sans accuser le contexte ou les gens qui nous entourent. 

 

 

Comment développer cet état de conscience

Pour parvenir à cet état de conscience, il est nécessaire de développer les différentes dimensions de l’intelligence humaine : rationnelle, émotionnelle et spirituelle.

L’intelligence spirituelle, c’est savoir devenir et être soi-même, le vrai soi, c’est à dire qui nous sommes réellement. C’est savoir devenir le porteur de ce dépôt qui nous a été confié, c’est savoir voir, savourer et boire à la coupe de la connaissance, reconnaître les manifestations de l’Existence de Dieu pour vivre avec Son Essence dans notre essence. C’est une intelligence supérieure à l’intelligence rationnelle et émotionnelle.

 

 

Pour que cette intelligence spirituelle puisse se développer, l’être humain doit en premier lieu développer ses intelligences rationnelle et émotionnelle. L’intelligence rationnelle consiste à savoir utiliser et lire avec sa raison, tandis que l’intelligence émotionnelle réside dans le fait d’utiliser son cœur. Et là, une fois que le cœur est engagé, l’être humain va voir l'accès au spirituel se dessiner en lui, car l’émotionnel est la porte du spirituel. 

 

  • L’intelligence rationnelle

Si Dieu nous a gratifié d’une raison, c’est pour que nous puissions Le retrouver à partir de cette raison, c’est pour raisonner et arriver à la conclusion que non seulement Dieu existe, et qu’il n’y a pas d’autres alternatives possibles à toute cette création, mais encore que Dieu doit nécessairement avoir certains attributs particuliers propres à Sa Divinité : Il est Un, Indépendant et tout chose dépend de Lui, il est Tout-Puissant et Capable de tout faire, rien ne peut se comparer à Lui. Aussi, Il se doit d’être un Dieu Vivant, qui sait tout, qui voit tout et entend tout, et par conséquent, s’adresse à nous, nous parle en permanence. 

La raison saine et développée ne peut que mener l’individu à conclure à l’Existence de Dieu et à Ses Attributs nécessaires. On peut être extrêmement diplômé ou même concevoir des voitures, des avions ou des fusées, si notre raison ne nous conduit pas à comprendre la nature de notre place dans la création et la Capacité de Celui qui nous a créés, alors nous n’avons pas réellement développé notre intelligence rationnelle.

 

  • L’intelligence émotionnelle

Une fois que la raison nous a permis de comprendre qui nous sommes et Qui est Dieu, elle nous amène à la porte de l’émotionnel en nous. La vraie intelligence émotionnelle va alors s’exprimer par le fait de savoir s’engager et d’engager son cœur dans la Voie de Dieu. Elle consiste à enflammer son cœur et garder vivante cette flamme lorsque Dieu nous l’offre.

 

 

C’est donc l’intelligence émotionnelle qui nous permet de nous motiver, de nous engager, de bouger, d’émigrer ou de sortir de chez soi, de ne pas se contenter des bas niveaux,  notamment celui de l'âme figée, de savoir aspirer à des choses supérieures, de savoir s’impatienter, vibrer et goûter au sentiment d’urgence de vivre la Rencontre avec le Divin. Elle permet de sentir le besoin pour mieux y répondre, et c’est elle qui nous enjoint à prendre notre cœur pour le donner à Dieu.

Car l'intelligence émotionnelle, c’est savoir aimer et s’attacher à Dieu, c’est savoir sentir que Dieu nous manque et se sentir nostalgique de Dieu. C’est savoir sortir de soi pour rencontrer Dieu, bouger, s’arracher de l’emprise de son âme figée. Dans un langage plus imagé, il s’agit de quitter sa robe de princesse, son mode de vie plein de paresse ainsi que son drame et son jeu théâtral de tristesse. Soit la trilogie dont nous avons déjà parlé : paresse, princesse, tristesse (dans le sens du drame personnel), les trois piliers de l’auto-complaisance, de l’auto-satisfaction, et de l’auto-enfermement dans la zone de confort.

 

 

"L'intelligence émotionnelle, c’est savoir aimer et s’attacher à Dieu, c’est savoir sentir que Dieu nous manque et se sentir nostalgique de Dieu."

 

L’intelligence émotionnelle ne consiste pas seulement, comme on nous le présente dans les manuels de psychologie moderne, à comprendre les émotions des autres dans leurs variations les plus subtiles. Peut-on qualifier d’intelligent émotionnellement celui qui comprend les émotions des autres pour mieux les manipuler, les blesser ou pour vivre dans le confort avec eux, alors qu’il ne sait pas prendre son cœur en main pour l’envoyer au Un ? 

Là encore, peu importe les connaissances que l’on a, peu importent les livres que l’on a lu, ou même écrit sur le développement personnel ou l’intelligence émotionnelle telle qu’elle est présentée aujourd’hui. Ce qui compte, c’est l'expérience, c’est le processus d’engagement. L’intelligence émotionnelle, c’est savoir enflammer son cœur d’amour et d’impatience pour ce qui est la chose la plus précieuse et la plus sûre de ce monde : notre relation avec notre Seigneur.

 

 

Enflammer son cœur pour sortir de sa zone de confort

L’intelligence de notre Maître Moussa lui permet de bien lire la situation : son intelligence rationnelle, émotionnelle et spirituelle le conduit à ce positionnement et à cette prière de prise de responsabilités. Comme nous l’avons vu dans le premier article de cette série, nos valeurs font mouvoir notre cœur via les émotions, et vont être à l’origine de nos prières et de nos actions.

 

 

Les émotions, du latin "ex-movere" qui signifie “faire sortir un mouvement”, “manifester un mouvement extérieur”, sont les moteurs du cœur. L’émotion, c’est donc le cœur en mouvement qui va venir mobiliser et mettre en action toutes les autres dimensions de l’être humain sur la voie qui mène à Dieu. 

Prenons le temps d’observer en nous-même avec honnêteté et sans complaisance ce qui fait bouger notre cœur. Qu’est ce qui nous touche et nous émeut ? Qu’est ce qui nous fait bouger ? Qu’est ce qui nous fait sortir de chez nous et de nous-même ? Qu’est ce qui nous prend de nous-mêmes ? A qui donnons-nous de nous-mêmes ? Pour qui est-ce que nous parvenons à nous oublier nous-même ? De qui célébrons-nous l'existence jusqu’à en oublier notre propre existence ? Un écran ? Un jeu ? Une “idole” de la chanson ? Une “étoile” du cinéma ? Un “dieu” du stade? Une série “culte” ?

Car en réalité, il y a forcément quelque chose qui nous anime, quelque chose qui nous arrache de nous-même. Le Prophète (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) nous enseigne que si l’on ne sort pas de nous-même intentionnellement, nous serons fatalement arrachés de nous-mêmes d’une façon ou d’une autre, par défaut. 

Il y a donc ceux qui vont se donner à Dieu et ainsi libérer leurs âmes, et il y a ceux qui vont se donner aux arracheurs des âmes (que Dieu nous protège), après avoir succombé au chant de chaque sirène dans leur vie, de chaque chose qui va les solliciter :  “Donne-moi ton attention”, “adore-moi”, “non, c’est moi que tu dois adorer” “non, tourne-toi plutôt vers moi”... Et voilà que cette âme erre de mauvais maître en mauvais maître, mois après mois, année après année… 

Que peut dire une telle âme à son réveil, sinon la prière de notre Maître Moussa, dont nous pouvons proposer une méditation à la lumière de tous les points que nous venons d’aborder :

 

 

 

Le partenariat entre le cœur et la raison

L’intelligence émotionnelle permet de sortir de soi-même pour Dieu et de quitter le moins bien pour le mieux. C’est elle qui va porter le mouvement, le feu intérieur qui permet le passage à l’action. L’intelligence rationnelle va aider ce processus en faisant ce travail de comparaison entre les choses, en déterminant ce qui est mieux et ce qui est moins bien (malgré l’illusion et les apparences trompeuses). 

Et comment déterminer ce qui est le meilleur pour nous ? Dieu nous donne le critère de discernement dans sa Parole Sacrée lorsqu’Il dit : 

La vie d’après la mort est beaucoup plus importante que cette vie matérielle” (Qor’an, S.93 - V.4) 

 

Sidi Shaykh Abu Bakr Ibn Salem (que Dieu soit satisfait de lui et nous connecte à son héritage), l’arrière grand-père de mon maître spirituel Habib Omar Ben Hafiz (Que Dieu le protège et continue de nourrir son énergie, sa jeunesse, sa vie, sa flamme et notre connexion à lui) illustra ce verset par la parabole suivante, à l'âge de 15 ans seulement :

“Si la vie d’ici-bas était faite d’or périssable et la vie d’après-mort de céramique non périssable, la vie d’après mort serait rationnellement meilleure que la vie d’ici bas, quand bien même la vie d’ici bas serait faite d’or et la vie d’après mort de céramique. Car que préfères-tu : de l’or que tu perdras définitivement un jour, ou de la céramique éternelle ? Et bien, que dirais-tu donc maintenant si je te disais que la vie d’ici bas est faite de céramique éphémère et périssable tandis que la vie d’après mort est faite d’or éternel et impérissable ?”


L’intelligence rationnelle consiste à choisir la vie après la mort. Alors que l'intelligence émotionnelle consiste à agir et se motiver en conséquence. Malheureusement, nombreux sont ceux qui accèdent à des vérités rationnelles sans que leur émotionnel ne s’implique, ce qui les fait stagner sur leur chemin. Ils se complaisent dans des zones de confort dont ils connaissent désormais les dangers, et qu’ils trouvent souvent inconfortables, mais dans lesquels ils se maintiennent malgré tout ! Ceci car ces vérités rationnelles sont contemplées froidement du point de vue émotionnel, sans engagement, sans investissement. Or, si le rationnel accède à une vérité, il doit la transmettre à l’émotionnel qui, s'il est développé, va se donner entièrement à cette vérité et s’y consacrer complètement. 

 

 

Attention danger !

Il est dangereux de rester au niveau rationnel froid. Car celui à qui Dieu présente et manifeste à sa raison une affaire de vérité, une affaire vraie, réelle, et qui ne choisit pas de s’y adonner complètement prend le risque de finir par en sortir sans pouvoir s’en sortir : de finir par abandonner cette vérité et en devenir l’ennemi réel et éternel, que Dieu nous protège… Car c’est une règle : celui à qui Dieu donne un cadeau du ciel qui ne sait pas l’apprécier à sa juste valeur finira par le jeter à la poubelle, même si ce cadeau vient du ciel ! 

C’est ce qu’ont fait les enfants d'Israël (et là encore, si Dieu nous en parle, c’est parce que nous sommes très semblables à eux), à qui une nourriture venue du ciel a été accordée. Ils l’ont délaissée, sous-estimée, et ont demandé en échange une nourriture qui pousse sur terre : une nourriture qu’eux pourraient cultiver. Ils ont demandé le périssable en négligeant l’éternel, pensant à tort qu’ils auraient plus de contrôle sur ce qui vient de la terre, sur ce qui est sous leur pied que sur ce qui vient des cieux, ce qui est confié à l'invisible…

 

 

Or Dieu nous le dit dans la deuxième sourate de Son Livre Sacré : ceux qui vivent avec Dieu et qui sont à la recherche de Sa Face (al-mouttaqine) sont ceux qui s’ouvrent à Sa Présence, ceux qui “ont confiance en l’invisible”. Ce sont ceux qui ont davantage confiance en ce qui est confié aux Mains de Dieu, en ce qui relève de l’Invisible Absolu, qu’en ce qui est confié à leurs mains physiques, par définition limitées. 

Voilà l'intelligence émotionnelle que l’on doit développer. C’est pour cela que l’on parle de développement émotionnel : c’est développer cette aptitude, cette aspiration et cette force d’aspirer, pour développer notre force de se propulser et de s’engager, la force de s’allumer et de s’abandonner, la force de se lancer et de s’élancer. La force de délaisser les attaches pour ne s’attacher qu’à la corde de Dieu. 

Que Dieu nous donne et vous donne cette force venant de Lui ! Que Dieu nous réveille et continue de veiller sur cette flamme qu’Il a mise dans nos cœurs, qu’Il continue d’enflammer nos cœurs du feu de Son amour et nous donne la détermination de quitter notre zone de confort, jusqu’à la mort !

 

 

Quitter sa Jahiliya

L’hégire du Prophète Mohammed est l’étape qui marque le début d’une ère, et donc la fin d’une autre. L’ère qui se ferme est celle qui se nomme "Jahiliya" en arabe, terme traduit communément par "ignorance". En réalité, il faut comprendre que cette ignorance n’était qu’une conséquence de cet état de Jahiliya qui les caractérisait, cet état qui précède l’état islamique, non pas l’état islamique politique, mais l’état islamique intérieur, cet état que l’on cherche lorsque l’on décide de quitter sa zone de confort pour atteindre Médine, le lieu de lumière et de bénédictions en nous. 

Si on cherche à décrire et comprendre l’état des gens de la Jahiliya, on voit qu’ils étaient complètement dominés par leurs sentiments. C'étaient des gens naturellement impulsifs et réactionnels, qui n’étaient pas gouvernés par leur raison ni par leur spiritualité mais par leur mental, siège des sentiments négatifs, de l'impulsivité et la susceptibilité. Des gens qui vivaient et étaient coincés dans leur mental et dans leur ego, dans leurs appartenances tribales et matérielles.

Et le sentimental n'est pas l'émotionnel. Le mental-sentimental est la couche la plus superficielle de notre conscience, qui réagit à toutes les influences extérieures, sensorielles, subtiles. L'émotionnel est, comme nous l'avons dit, le lieu du coeur, qui doit mettre en mouvement l'âme pour qu'elle s'oriente et se dirige vers l'esprit.

Cette susceptibilité, ce sentimentalisme exacerbé, cette incapacité à dépasser cette première couche de leurs dimensions intérieures pour aller plus en profondeur avait pour résultat cette ignorance, cette façon de vivre la vie sans la comprendre. 

Ce n’était pas des gens sans valeurs ni vertus, mais le bien qu’ils pouvaient faire ou exprimer n’était fait que par sentimentalisme. Leur générosité ne s’exprimait pas au Nom de Dieu, mais plutôt au nom de leur état d’âme du moment. Tous leurs actes prenaient naissance dans le sentimental, l’impulsivité, le réactionnel, l’amour de soi (du mauvais soi) et non dans l’Amour de Dieu. Ils agissaient au nom de leur ego, au nom de leur clan et de leurs intérêts personnels et non au Nom de la Vérité.

 

 

Ainsi, si nous voulons faire notre hégire aujourd’hui, il ne s’agit pas de bouger d’un terrain à un autre, d’une ville à une autre ou d’une image à une autre, mais plutôt de faire une migration d'un paradigme à un autre. Nous devons faire notre migration du sentimental vers le spirituel, passer du terrain de l’impulsivité vers le terrain de la Raison Divine et des intentions pures.

 

 

Ouvrir les yeux sur la nature de notre zone de confort collective aujourd'hui  

Si nous avons chacun nos zones de confort personnelles contre lesquelles nous devons lutter (égoïsmes, vices, mauvais conditionnements, addictions, automatismes malsains, comportements destructeurs ou autodestructeurs, défauts, etc.), notre contexte collectif nous met également constamment face à la tentation d’une zone de confort globale. Nous vivons dans un monde d'idolâtrie moderne, qui sur le fond n’est pas bien différente de l'idolâtrie de l’époque pré-islamique de la Jahiliya.

L'idolâtrie consistait à cette époque à adorer des idoles de toutes les formes : humaines, animales, moitié humaine et animale, des sculptures sans visage telles que Houbail, et majoritairement, des idoles qui n’étaient pas sculptées et qui étaient de simples objets sans forme, tels qu’un arbre, une plume, des morceaux de bois, un tronc ou une pierre. L’idole nommée Manat, par exemple, était une simple pierre blanche. Il est important de noter que la majorité des idoles n’étaient pas des sculptures, mais des objets auxquels les gens s’attachaient et vouaient des cultes.

La crise spirituelle de cette époque-là n’était donc pas une affaire de formes, mais une vraie affaire de fond : que cherchaient-ils dans ces objets ? Et surtout, que signifiait un Dieu pour eux ? 

Dans Son Livre Sacré, Dieu nous explique que ce qui définit la personne idolâtre est le fait de ne pas croire au Jour Dernier. Au mieux, certains arrivaient-ils à le supposer, à l’envisager comme une abstraction théorique, mais sans que cette croyance ne soit centrale dans leur culte. Ce déni est un pilier de l'idolâtrie car sans Jour Dernier, sans Jugement, sans vie après la mort, pas de responsabilité, pas de comptes à rendre pour l’être humain. Ainsi, ils vivaient la vie pour elle-même, comme une fin en soi.

Quand on ne croit pas en un retour à Dieu, on s’imagine naturellement que Dieu est lointain et absent. Ainsi, il faut comprendre que les gens de cette époque de Jahiliya n’étaient pas comme les personnes athées d’aujourd’hui qui remettent en question l’Existence même de Dieu, non. C’est un autre sujet.

Eux croyaient en Dieu, ils affirmaient qu’Il était le Créateur des cieux et de la terre, mais ils pensaient qu’Il s’était retiré et n’avait plus d’autre rôle à jouer dans leur vie. Pour eux il s’agissait d’un Dieu éloigné vers Lequel il était inutile de chercher à revenir. Ils ne nourrissaient donc pas dans leurs cœurs l’attente de ce moment de retrouvailles et de rencontre, et ils ne cherchaient pas à développer avec Lui une relation de gratitude, d’amour et de proximité. 

 C’est d’ailleurs ce paradigme de la Jahiliya que les compagnons ont remis en question en interrogeant le Prophète (que Dieu continue de nourrir son Être, sa lumière et notre connexion à Lui), à quoi Dieu répondit dans sa Sainte Parole :

 

 

“Et si Mes serviteurs te demandent de Mes nouvelles, dis-leur qu'en vérité, Je suis Proche, plus Proche d’eux qu’ils ne le sont eux-mêmes, Et que Je réponds à l’invitation de celui qui M'invite dans sa vie, quand il M'invite [...]” S.186 - V.2

 

Les gens de la Jahiliya avaient 360 idoles, une pour chaque jour de l’année lunaire, soit une pour chaque jour de l'année de la vie d’ici-bas, et prétendaient que ces idoles les rapprocheraient de Dieu en compensant le vide laissé par Dieu ! Leur but n’était pas de se rapprocher de Dieu en cherchant la Trace et le Parfum de Dieu dans ces objets ou dans Sa Création, mais plutôt d’utiliser ces idoles pour fuir Dieu !

Ils ne demandaient pas à ces faux dieux d’être purifiés, d’être élevés, de vivre une croissance spirituelle, de rencontrer Dieu après leur mort, d’obtenir le pardon ou de trouver la force de pardonner. Il ne s’agissait que de demandes consuméristes, temporelles, matérielles et matérialistes, motivées par l’impatience et l’attachement à la vie matérielle, dans le déni et l’oubli du Jour Dernier. Voilà le paradigme de l’association. 

 

Et nous, aujourd’hui, à quel point nous sentons-nous éloignés de Dieu? Quelles sont les nouvelles idoles qui se sont discrètement immiscées entre nous et Dieu ? A quel point sommes-nous devenus des consommateurs attachés à la vie matérielle ? Est-ce qu'il nous arrive d’appeler Dieu pour autre chose que nos besoins matériels et nos demandes matérialistes ? A quoi ressemblent les prières que nous Lui adressons ? Qu’attendons-nous de Dieu ? Quelle relation cultivons-nous avec Lui ?

 

 

Dans les pas de qui marchons-nous réellement ? 

La Jahiliya est donc la combinaison d’un manque de développement de l’être humain bloqué dans son mental et son ego au niveau individuel et d’une structure collective orientée vers le matérialisme qui encourageait à voir Dieu comme lointain et impuissant. 

Force est de constater que les dogmes de nos sociétés modernes sont similaires sur le fond, et combien la modernité a engendré des paradigmes monstrueux dans lesquels nous tombons parfois : surconsommation, individualisme, élitisme, matérialisme... Il est important de réaliser que les objectifs de ces idéologies sont toutes convergentes et répondent en réalité au paradigme de Satan (que Dieu nous préserve de lui) qui peut être résumé dans la phrase : « Je suis meilleur que lui »

"Dieu dit : « Qu'est-ce qui t'a empêché de te prosterner lorsque Je te l'ai ordonné ? » Il répondit : « Je suis meilleur que lui. Tu m'as créé de feu, et lui Tu l'as créé d'argile ».

S7.V12.

 

Les dégâts de ces idéologies se constatent partout, dans les sociétés, les familles, au sein des groupes religieux ou des mosquées mais aussi chez les individus. Nous pouvons même observer ces déviances au sein des groupes d’études ou d’éducation religieuses à travers des rivalités entre étudiants. Chacun revendique sa particularité, pense avoir raison sur l’autre. Or, penser ainsi, c’est se vouloir supérieur en réalité et dire entre les lignes « Je suis meilleur que lui »…

Nous devons prendre conscience de l’époque dans laquelle nous vivons et comprendre que ce phénomène n’a pas encore atteint son paroxysme. Le réveil qui touche quelques poches d’individus en occident ne sonne pas la fin du modernisme et de la surconsommation. Au contraire, la création de clubs de réflexion, de cercles élitistes est plutôt l’une des conséquences de la modernité et répond encore au même paradigme : « Je suis meilleur que lui »!

Seul un Prophète pourra à grande échelle mettre un terme à ce fléau qui détruit tout sur son passage. Dans l’attente, il nous reste à choisir si nous souhaitons à notre échelle vivre en pleine conscience notre existence ou subir le temps que Dieu nous a donné. Car le temps, lui, continuera de passer, inexorablement, et des comptes nous seront demandés sur la manière dont nous l’avons accueilli, vécu, et quitté.

Nous observons tristement aujourd’hui que la majorité des gens ne sont pas conscients. Beaucoup sont dans un état que l’on pourrait qualifier de coma spirituel, ils subissent leur vie et gâchent les opportunités que leur Créateur, dans Sa grande Générosité, ne cesse pourtant de leur donner d’accéder à la félicité dans cette vie et dans l’autre.

Aussi, Il nous rappelle que :

Par le passage du temps ! L’être humain est par défaut insouciant et voué à la perdition S.103 - V1 et 2

 

Cadrans solaires de l'Egypte antique

 

Ici, Dieu nous enjoint à devenir conscients et reconnaissants, ce qui se traduit par l’attitude que le croyant doit adopter envers les jours et les nuits qui lui sont donnés.

Et ce phénomène d’inconscience globale ne fera que croître, atteignant son apogée avec l’avènement de l’Antéchrist ou du Dajjal, qui ne sera ni plus ni moins que l’incarnation et la représentation du matérialisme. En effet, il est dit que ceux qui le suivront auront tout ce qu’ils souhaitent en termes de nourriture et de biens matériels alors que ceux qui s’y refuseront n’auront au contraire que l’énergie spirituelle conférée par leur foi pour affronter cette période sombre en attendant la délivrance. Chaque être humain devra faire le choix entre donner sa vie à Dieu ou vivre dans le confort matériel de la vie sur terre.

Notre Bien Aimé Prophète (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion avec lui) nous a transmis à travers la tradition prophétique (sunna) toutes les indications, tous les conseils à suivre pour faire de nos vies un hommage constant à notre Créateur, pour nous connecter à Lui et à la réalité de notre condition humaine en toute circonstance, et traverser les épreuves posées par cette illusion matérialiste.

Il nous a également prévenu que lpreuve (fitna) qui toucherait l'humanité avant la plus grande des épreuves, serait celle de l'aisance et de la facilité. Car cette abondance matérielle dans laquelle nous évoluons pousse les individus à prendre les choses pour acquises, à ne plus les voir à leur juste valeur, et à ne plus avoir le goût de l'effort. Et c'est exactement ce qui mène à la trilogie dont nous parlions précédemment : paresse, princesse, tristesse...

Nous constatons donc que la prière de prise de conscience de notre Maitre Moussa est plus que jamais d’actualité : dans les pas de qui marchons nous ? à qui et à quoi prêtons-nous nos forces ? de qui et de quoi sommes-nous les instruments inconscients ? Cultivons-nous les moyens de réussir cette épreuve ? Ou au moins, avons-nous seulement pris conscience de combien nous sommes enlisés dans cette épreuve ?

Nous voyons ainsi que nous avons tout intérêt à développer nos intelligences rationnelles, émotionnelles et spirituelles, et à transmettre cet héritage aux générations suivantes. C'est là notre plus grande richesse, notre meilleur investissement, et notre gage de survie spirituelle.

 

 

 Douloureuses prises de conscience

La prise de conscience est souvent douloureuse, et on ne doit pas chercher à y échapper, au risque de retourner dans la zone de froid émotionnel, au risque de retourner dans sa zone de confort pour s’y enfermer et ne rien ressentir, au risque même de rentrer dans le déni des vérités que nous avons pourtant réellement saisies rationnellement. 

Il est nécessaire d’accepter d’avoir le cœur brisé suite à ces prises de conscience, en observant ces faits et notre état actuel, que ce soit individuellement ou collectivement. 

Car il est effectivement triste de voir l’inconscience, la nonchalance, l’insouciance et l’ignorance des musulmans aujourd’hui. Triste de voir que les musulmans sont devenus les derniers à rejoindre les cercles de conscience, les derniers à avoir leur mot à dire sur les affaires qui touchent le futur et la réalité de l’humanité, ceux qui sont le plus à la marge de cette existence humaine. Triste de voir que les musulmans sont devenus les premiers consommateurs de tous les poisons qui sont mis gracieusement à leur disposition. Et triste de constater que les musulmans sont désormais à la marge du Qor’an et de la cause prophétique.

 

"Que Dieu augmente, développe, ajoute, fasse mûrir ta tristesse encore davantage afin qu’elle atteigne un niveau de maturité qui te fait pousser et sortir de la zone de confort, de l’état de stagnation, de paresse et de procrastination afin qu’on puisse se réveiller et se lever vers notre zone de croissance."

 

Si tu as le cœur brisé en voyant ton état ou l’état de ta communauté, en voyant ce décalage entre ton état et l’état du Prophète, entre toi et le Message, entre ta compréhension, ton intelligence, tes émotions et la profondeur du Message du Prophète, je te dis : “ne sois pas triste, Dieu est avec nous”. Et je te dis même : que Dieu augmente, développe, ajoute, fasse mûrir ta tristesse encore davantage afin qu’elle atteigne un niveau de maturité qui te fait pousser et sortir de la zone de confort, de l’état de stagnation, de paresse et de procrastination afin qu’on puisse se réveiller et se lever vers notre zone de croissance.

Et là, lorsque tu seras plein d’énergie et de vie émotionnelles et spirituelles, lorsque ta tristesse atteindra sa maturité, tu recevras et tu sentiras la parole de ton Prophète qui a dit à notre maître Abou Bakr pendant leur Hégire :  “ne t’attriste pas, Dieu est avec nous”.

 

 

Le secret des cœurs brisés 

Si tu veux toi aussi écouter cette vérité et goûter au fait que Dieu est avec toi, il faut en premier lieu fournir la condition préalable qu’est cette tristesse noble, le fait d’avoir le cœur brisé. Car en effet, dans le fait d’avoir son cœur brisé de tristesse pour une cause noble réside un secret : il s’agit là d’un des chemins de développement de l’intelligence spirituelle et émotionnelle, en plus d’être une des impulsions émotionnelles qui font sortir de la zone de confort et nous mettent en mouvement.

Pendant l'Hégire, notre maître Abu Bakr as-Siddiq (que Dieu continue de nourrir son être et notre connexion à lui) avait le cœur brisé lorsque le Prophète lui a adressé cette parole. Non pas brisé par crainte pour lui-même, pour sa famille, par peur de manquer de provision ou pour toute autre chose qui touchait sa vie personnelle, mais brisé pour le futur de l'islam. Brisé face à la vue de son Imam et Prophète coincé dans cette condition périlleuse, confronté à ses ennemis qui se rapprochaient. Brisé en voyant la faiblesse des compagnons, brisé car il était faible et ne pouvait pas offrir plus pour protéger son Prophète Bien-aimé comme il aurait voulu le faire. Brisé car il voyait qu’il n’avait pas la sincérité nécessaire, car oui, à ses yeux, il n’était pas suffisamment sincère alors qu’il était as-Siddiq, le plus sincère de tous ceux qui étaient sincères après le Prophète. Il avait le cœur brisé et là, la parole de Vérité est venue lui dire : “ne t’attriste pas car Dieu est avec nous” (la tahzan inna Allah maˋana). 

[...] Ce jour-là, tous deux se trouvaient dans la caverne et il dit à son compagnon : « Ne t'attriste pas car Dieu est avec nous ! » Dieu fit alors descendre sur lui Sa Présence bénissante et apaisante (sakina) et lui vint en aide avec des armées invisibles. Il humilia la parole de ceux qui s’obstinaient à nier la Vérité, alors que la Parole de Dieu est supérieure. Et Dieu a Puissance et Maîtrise sur toute chose, il domine Son Royaume avec une Sagesse et un Pouvoir qui est au-delà de toute conception humaine."  S.9 - V.40 

Si l’on veut vraiment goûter à cette parole et l’entendre, encore faut-il au préalable chercher une place dans la caverne dans laquelle le Prophète a cherché refuge pendant son Hégire. Faut-il encore entrer dans cette grotte et être avec lui, s’allier avec lui et ne plus se contenter d’une place à la marge. 

 

 

 

Le chemin vers la douceur passe par la douleur

Quand tu lis les Paroles et la Promesse Divines, tu dois t’interroger : où en es-tu par rapport à cela ? Est-ce que tu es dans le sujet ? Est-ce que tu ressens que la Parole te concerne ou bien tu lis le Qor’an comme si tu lisais un livre d’histoires de personnes qui ne sont pas tes ancêtres, qui ne te concernent pas ?

Si tu lis le Qor’an dans cet état, tu n’as pas su le lire car le Prophète a dit que cette Parole a été révélée avec tristesse, avec une grande charge émotionnelle, dans une grande difficulté, dans une grande souffrance sur un cœur brisé et soucieux pour l’état de l’humanité. Si vous voulez le lire, cherchez à vous synchroniser avec cet état, lisez-le comme il a été révélé. En d’autres termes, entrez dans la cause du Prophète, entrez avec lui dans sa grotte, dans son monde, dans sa souffrance. 

Nous ne sommes pas là pour consommer notre Prophète et cette religion, pour consommer les fruits des sacrifices des gens qui sont venus avant nous. Plutôt, nous sommes là pour investir leurs fruits, en prendre les graines et les planter afin que les générations futures puissent récolter et investir à leur tour, et non pas pour se contenter de la tradition et d’un confort religieux. Car oui, même la religion peut devenir une zone de confort, alors qu’elle ne devrait jamais le devenir.

Au contraire, si la religion est venue, c’est pour nous faire sortir de notre zone de confort. La religion est venue avec l’Hégire pour nous faire sortir de nous-même en vue de rencontrer notre Créateur. Il faut entrer dans le monde de la souffrance prophétique afin de trouver la quiétude, la sérénité, cette paix (sakina) qui ne vient qu’après cette étape-là. 

Ainsi, pour trouver la paix, il faut entrer dans la grotte de la souffrance. Ce n’est que lorsque notre maître Abu Bakr a ressenti cette souffrance et cette tristesse que le Prophète lui a dit “ne t’attriste pas, Dieu est avec nous”. Et là, Dieu a fait descendre Sa “Sakina” qui est la sérénité, la paix et la victoire elle-même en réalité. Il n’y a pas de victoire ailleurs, pas d’existence digne d’être vécue ailleurs. 

 

"Entrez dans la cause du Prophète, entrez avec lui dans sa grotte, dans son monde, dans sa souffrance (...) Il faut entrer dans le monde de la souffrance prophétique afin de trouver la quiétude, la sérénité, cette paix (sakina) qui ne vient qu’après cette étape-là. "

 

Il n’y a pas de monde ailleurs, pas de religion ailleurs, pas d’islam ailleurs. Il faut le vivre comme le Prophète l’a vécu, il faut le vivre en étant son allié, le vivre avec le cœur du Prophète. Si tu lis le Qor’an et que tu n’as pas le cœur brisé pour ton état et celui de sa communauté, alors tu n’as rien lu et rien compris, et peut-être es-tu en train de consommer la Parole Divine comme tu as consommé toute autre chose. 

Mais si tu lis le Qor’an et que tu as le cœur brisé, alors la condition est remplie. Et là, la réponse viendra te dire : ne t’attriste pas, Dieu est avec nous ! Il faut donc avoir le cœur brisé préalablement pour pouvoir goûter à la Parole Divine. Il faut avoir peur avant de pouvoir recevoir la promesse. Il faut craindre pour pouvoir recevoir la promesse de Dieu.

Il faut entrer à l'intérieur, mes chers frères et sœurs. Il faut qu’on rentre dans cette caverne, dans cette grotte (kahf), dans ce refuge qui symbolise le fait d’être à l’intérieur, d’être dans l’affaire, d’être au fond et au cœur du sujet. Il ne faut pas se contenter de vivre, de subir son islam comme un objet culturel... 

 

 

S’engager émotionnellement 

Aujourd’hui nous n’avons plus le choix. Si nous sommes vivants et éveillés, si nous comprenons ce qu’implique le fait que le Qor’an soit la dernière Révélation et le dernier Testament destiné à toute l’humanité avant le Jour du Jugement, si nous comprenons que le Prophète est la dernière chance pour l‘humanité, nous comprendrons alors que toutes les crises que l’humanité est en train de vivre doivent nécessairement trouver et ne peuvent trouver leurs réponses que dans la Parole de Dieu. C’est le dernier Testament, la dernière Révélation. Toutes les réponses sont là.

Dieu, comme le meilleur de tous les professeurs, ne donne pas d’examen avant d’avoir préalablement donné l'enseignement. Le Qor’an, c’est l'enseignement et notre vie terrestre c’est l’examen. Si l’on sait bien lire les tests que nous vivons aujourd'hui, on saura trouver toutes les réponses pour nous, musulmans, ainsi que pour toute l’humanité, dans le Qor’an.

Mais que pouvons-nous faire, aujourd’hui, alors que les musulmans eux-mêmes ont mis leur religion et la Révélation de côté et ont délaissé le Message du Prophète et le Livre Saint ? Alors qu’ils l’ont réduit à un objet culturel, à une sorte de massage émotionnel et spirituel ? Comme si la pratique du Rappel de Dieu devait amener un apaisement superficiel du cœur. Non, ce n’est pas cette tranquillité que Dieu mentionne dans le Qor’an. Et on ne peut pas se permettre de le lire dans l’intention d’obtenir une sorte de spiritualité ou plutôt de superficialité spirituelle. La tranquillité que l’on cherche, c’est la “sakina” mentionnée dans le Qor’an : c’est de sentir que Dieu est avec toi. Et si tu veux sentir qu’Il est avec toi, tu dois être avec Lui dans un premier temps. Tu dois être au cœur du sujet, au cœur de l’affaire. 

Si tu veux te reposer après la mort, il y a une question que tu dois te poser et te reposer maintenant : quelle est ta position par rapport à tout ce qui se passe ? Mon frère, ma sœur, nous n’aurons pas le choix, nous allons être questionnés devant tout le monde. Lorsque tu lis le Qor’an, où en es-tu par rapport aux émotions et aux sentiments du Prophète ? Certes Dieu lui dit des phrases telles que : “ne t’attriste pas”, “je suis avec toi”, “avec la difficulté il y a une facilité”, etc. Mais toi, si tu veux goûter à cela, si tu veux goûter à la victoire du Prophète, il faut que tu sois au cœur de sa cause qui ont été résumées par l’un de ses compagnons : libérer les gens du joug de l’appartenance à la création pour leur ouvrir les grands horizons de l’appartenance au Créateur et leur permettre de devenir des serviteurs du Divin (‘ibadullah). 

 

 

Sur les pas de Moussa : notre prière de reconnaissance du tort que l'on se fait à nous-même pour demander l'Assistance Divine

Face à tous ces constats et prises de conscience sur nos défis collectifs et individuels, et afin de nous aligner avec notre maître Moussa (que Dieu continue de nourrir son être et notre connexion à lui) en marchant dans ses pas de conscience, voici notre prière :

 

 

 

 


Article tiré d'une série d'enseignements donnés en 2020.

Deuxième article d'une série en cours de réalisation. Rendez-vous la semaine prochaine pour la deuxième prière de l'hégire de notre Maître Moïse (que Dieu continue de nourrir son être et notre connexion à lui).

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