La prière de l’espoir et de la certitude - Les cinq prières de Moïse - 5

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CONTEXTE

Notre Maître Moussa (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) vient de quitter l’Egypte, traversant les zones arides de la peur, et priant Dieu de le protéger contre le mal des gens injustes et générateurs de ténèbres. 

Dans sa Sainte Parole, Dieu nous dit que Moussa a pris la direction de Madyan, ce qui laisse supposer qu’il s’agit là d’un choix conscient et volontaire. Il n’était pas en errance dans le désert, sa destination était bien définie. Mais pourquoi avoir choisi Madyan qui est nichée dans le désert, alors que la Palestine, l'Arabie, ou le Yémen étaient des destinations aux terres bien plus fertiles à cette époque, et où régnait l’abondance?

Nous pouvons supposer qu’il a choisi cette destination parce qu’après avoir demandé à Dieu de le sauver des gens des ténèbres, il s’est lancé à la recherche des gens de bien. Sa mère lui ayant enseigné tout ce qu’il devait savoir sur la religion de leurs ancêtres, on peut tout à fait imaginer qu’il devait certainement savoir que vivait à Madyan un prophète, un homme saint et sain, un guide spirituel et héritier du prophète Abraham. Dans certaines traditions (mais cet avis n’est pas unanime) on dit qu’il s’agit de notre Maître Chou'ayb (que Dieu continue de nourrir son être et notre connexion à lui).

Car c’est ce que ferait tout être conscient : après avoir tourné le dos à tous les peuples injustes et avoir trouvé refuge auprès de son Seigneur, il chercherait une bonne compagnie : celle qui lui permettra de protéger sa conscience et de se développer sur les plans personnels et spirituels. 



LA QUATRIÈME PRIÈRE DE NOTRE MAITRE MOUSSA : LA PRIERE DE L’ESPOIR ET DE LA CERTITUDE

Tandis que notre Maître Moussa avance dans le désert, tandis qu’il progresse, chemine et évolue, tandis que son cœur est désormais totalement tourné vers Dieu (tawajouh) après sa prière de “la ilaha illAllah" (cf. notre article sur la troisième prière), un doux sentiment de sécurité éclot dans son cœur et vient donner naissance à sa quatrième prière :

 

 

 

LE CHEMIN DE LA SORTIE DE ZONE DE CONFORT : CONNAISSANCE DE SOI, CONNAISSANCE DE DIEU

Si l’on se remémore les trois précédentes prières, on peut observer qu’avec cette dernière prière, notre bien-aimé Moussa a réussi à cheminer des plus bas niveaux de la peur aux plus hauts niveaux de l’espoir et de la détermination, cheminement qui lui confère une nouvelle force, une nouvelle lumière.

Comme nous l’avions illustré dans le schéma suivant, il faut accepter de passer par une zone de turbulences, de résistance et de peur (étape 3) à la sortie de la zone de confort. Cette zone peut paraître infranchissable et nous faire rebrousser chemin, mais en réalité elle est d'une grande utilité, elle est même absolument nécessaire. Car si l’on était porté par une impulsion très forte lors des étapes 1 et 2, si l’on pouvait se sentir plus fort que notre contexte ou que les forces qui nous entourent, l’étape 3 nous permet de comprendre nos limites, nos faiblesses, notre réalité humaine et de délaisser nos illusions de grandeur et de contrôle. 

 

Les cinq étapes de la sortie de la zone de confort

 

Ainsi rendu à la zone d’apprentissage, on explore le chemin de connaissance de Dieu, qui est un chemin de connaissance de soi : c’est en se connaissant soi-même, en apprenant à nous observer intérieurement, en découvrant nos limites que nous pouvons réaliser et savoir (savourer une connaissance) qui est Dieu. Comprendre dans sa chair que devant nos limites, Il est l’Illimité, que devant notre faiblesse, Il est le Détenteur de toute force. Que devant notre pauvreté, Il est Celui qui crée et distribue toute richesse.  

D’ailleurs, cette nouvelle prière de notre Maître Moussa exprime pleinement son état d'indigence, cet état du pauvre en Dieu (faqr), de celui qui a conscience de son besoin et de son humilité devant Dieu, tout en ayant une confiance en Lui et une certitude totales. Ce n’est pas un état de pauvreté subie et triste, non, bien au contraire. C’est un état serein, un état de paix intérieure.

On peut comprendre cette prière d’indigence et de besoin d’être guidé de deux manières : d’une part elle peut concerner le chemin physique sur lequel il évolue au milieu du désert, mais d’autre part elle peut aussi se référer à son chemin spirituel : il ne peut rester seul face à toutes ces difficultés, il se réfugie en Dieu et Lui demande la compagnie des gens de bien, des gens de Dieu. Car les Hommes de Dieu, ceux qui ont honoré leur promesse et leur pacte, sont ceux qui ressentent et vivent leur vie dans la Sécurité Divine, sauvés par la confiance absolue en Dieu (tawakkul ‘ala Allah) qui les caractérise. 

 

 

 

 

LA PRIÈRE DE “ALLAHU AKBAR” : CROISSANCE ET MATURITÉ

Nous avons vu dans les articles précédents que chaque prière venait exprimer une des stations de développement de conscience que nous trouvons dans la symbolique de la main de notre mère Fatima-Zahra (que Dieu nous connecte à elle). Cette odyssée de conscience continue avec la quatrième prière de Moussa qui exprime la réalité de “Allahu akbar” (Dieu est le plus Grand), le quatrième pilier de ce symbole béni.

Nous avons vu que le moment de peur a confronté notre bien-aimé Moussa à la réalité de "la ilaha illAllah” : “il n’y a de dieu que Dieu, il n’y a de centre d'intérêt et d’orientation dans ma vie que Dieu”. Le voilà donc libéré de toutes les attaches, de tous les appuis, de toutes les causes, de tous les moyens, de toutes les références. Pour lui, il ne reste plus que le Causeur de toutes les causes, Celui qui a donné cause aux causes : Dieu, le seul Dieu Vrai et Réel.  

Il faut comprendre ce que traverse Moussa ici. Il est seul au milieu de nulle part, poursuivi par les armées de Pharaon. Il a quitté ses mères aimantes, ses repères, et vient de réaliser qu’il ne peut pas compter sur son peuple d’origine non plus. Et pourtant, sa prière est une prière d’espoir, de certitude, de confiance. Car lorsqu’il a passé toutes ces turbulences, il s’en est remis complètement à Dieu et a cherché Sa Protection. Il a jeté toutes les causes et toutes les peurs des conséquences, et il s’est retrouvé seul avec Dieu. Et lorsque l’on se retrouve seul avec Dieu, dans cette Intimité, cette Proximité, cette reconnaissance de notre besoin, Il nous fait voir à quel point Il est Grand, à quel point Il est “akbar”. Il est Le Plus Grand : plus Grand que tous nos moyens, plus Grand que tous les problèmes, plus Grand que tous les dangers. La peur s’efface pour faire place à un espoir sans faille, à une certitude inébranlable. 

 

 

C’est un moment de célébration de Sa Grandeur et de notre dépendance, un moment où l’on reconnaît que tout vient de Lui et que rien ne vient de nous. Comme les jours de l’Aïd, ces jours qui viennent après le mois de jeûne de Ramadan ou après les jours de sacrifice de Dhoul Hijja. Ces jours sont des jours de célébration des Cadeaux Divins, où nous n’avons de cesse de répéter, en boucle, “Allahu akbar !” On ne célèbre par le fait d’avoir jeûné, le fait d’avoir fait le pèlerinage ou d’avoir sacrifié, on célèbre Dieu et le fait qu’Il nous ait permis de jeûner, de sacrifier, d’effectuer le pèlerinage… On comprend que c’est  Lui que l’on doit célébrer, et non pas nos soi-disant accomplissements, ni nos petites personnes.

Cette déclaration de la Grandeur de Dieu, n’est pas une affirmation statique. C’est au contraire une affirmation continue, éternelle, toujours en progression. Car quelle que soit la perception de cette Grandeur à laquelle on peut arriver, il faut comprendre que Dieu sera toujours plus Grand, encore plus Grand, à jamais plus Grand. Plus Grand que notre vision de Lui, plus Grand que nos limitations du moment, plus Grand que notre degré de réalisation de cet instant T. On ne pourra jamais vraiment saisir Sa Grandeur, Il est au-delà de la capacité de lecture de ce logiciel interne dont Il nous a doté… En ce sens, on comprend que la formule de développement de conscience “Allahu akbar” est une Vérité éternelle, une Vérité continue, une Réalité dynamique. À ton niveau aujourd’hui : Dieu est plus Grand. Et à ton niveau demain : Dieu est plus Grand !

 

LA DIFFICULTÉ COMME ROCHER DE L’ASCENSION

Ce que les Prophètes et les Hommes de Dieu nous enseignent par l’exemple, c’est que pour parvenir à un certain degré de cette réalisation de la grandeur de Dieu, il est nécessaire d’être confronté à l’enfer de la condition humaine que ce soit en soi comme autour de soi, de manière horizontale. Il aura fallu que le Prophète Mohammed (que Dieu nous abreuve de son amour et de sa lumière) vive l’épisode de Ta’if (que vous trouverez expliqué dans l’article Réaliser et transcender sa condition humaine) pour qu’il puisse atteindre ce qui est la station la plus élevée qui soit dans le cheminement spirituel, celle qu’il a expérimentée lors du Voyage Nocturne et de l’Ascension. 

Et c’est d’ailleurs au terme de ce Voyage qu’il recevra en cadeau pour l’humanité la prière rituelle (salât)... Prière qui en est le symbole : à chaque position, on proclame la grandeur de Dieu, et on passe une nouvelle étape. Étapes qui sont au nombre de sept par unité de prière, comme notre Bien-aimé a passé les sept cieux… On commence la prière par dire “Allahu akbar !”, ce qui revient à envoyer toutes les causes derrière nous pour pouvoir plonger dans ce moment de connexion avec Lui, le Très Haut, le plus Élevé qui appelle à l’élévation. On commence le voyage, ne comptant que sur Lui, ne voyant et ne cherchant que Lui. Et à chaque “Allahu akbar !”, on franchit une étape dans ce chemin d’élévation.

 

 

 

Il s’agit là de la conscience prophétique qui vit une ascension éternelle  sans jamais s'arrêter à aucun niveau : toujours assoiffée, toujours dans l’accueil, toujours en expansion. Le cœur du Prophète (que Dieu continue de nourrir sa lumière, son être et notre connexion à lui) est en expansion continue, éternelle, afin de recevoir toujours plus de savoir, et savourer encore plus de connaissance de Dieu. Le Prophète a d’ailleurs demandé à Dieu de lui accorder de mourir dans le meilleur des états, à savoir avec un cœur qui aspire à l’élévation et une âme plus qu’impatiente pour Sa rencontre. 

Il existe un autre exemple de prière de certitude formulée par l’Imam Hussein alors qu'il était encerclé de tous côtés par l’ennemi… (enseignement que vous pouvez visionner ici ACHOURA - La prière de l'Imam Hussein). 

 

LE BUT DE LA VIE

Voilà le but de cette existence en réalité : témoigner de la Grandeur de Dieu, et développer un besoin de Son Aide, un désir intense de Sa Rencontre. Faire de Lui ce qu’Il est en réalité : le Seul à mériter notre cœur et notre attention. 

Notre vie sur Terre est notre bateau, notre Voie d’Ascension Céleste (Mi’raj), notre Cheval ailé (Bouraq). C’est elle qui dictera notre élan, notre direction (vers le Haut ou vers le bas, que Dieu nous protège) et notre vitesse de chute ou d’ascension après la mort et notre vitesse sur le pont Sirât qui sera proportionnelle au désir ardent, à l’impatience et à la nostalgie pour rencontrer Dieu et son Prophète.

Cette vie matérielle ne vaut la peine et n’a de valeur que parce qu’elle est le lieu de notre développement spirituel. Dieu nous pousse un peu loin, et nous fait sentir la distance, même s’il n’y a pas de distance en réalité, pour nous aider à développer plus d’impatience, de désir et d’amour pour Lui. Les gens intelligents vivront leur vie à fond. Ils utiliseront cette vie pour vraiment sentir cette impatience et ce désir.

 

 

Et on ne s’en remet pas de cette manière à Dieu pour sauver une vie soldée au rabais. Cela n’en vaut pas la peine. Pourquoi prierais-je pour sauver une vie médiocre, une vie matérielle ? Pour vivre plus de jours à faire quoi ? À manger et dormir ? et après cela ? Si c’est cela le sens de la vie, si c’est cela la prolongation que l’on demande, si le but de la vie est de juste gagner sa vie, pourquoi cela en vaudrait-il la peine ? Pensez à cela, cela n’en vaut pas la peine. Pourquoi est-ce que je prierais, supplierais, gâcherais un moment d'intimité que Dieu me donne avec Lui pour demander plus de jours pour juste manger et dormir ? Pourquoi ? Quel serait le sens de cette vie ?

Si on demande des jours supplémentaires, c’est parce que nous savons que nous n’avons pas encore réalisé Sa Grandeur et notre besoin de Lui. Et on ne pourra réaliser tout cela que lorsque nous aurons gravi notre rocher de l’Ascension, lorsque nous aurons accepté les difficultés comme des cadeaux qui visent à développer notre conscience et à nous donner entièrement à Lui.

 

LA FORCE INTÉRIEURE VENANT D’UN COEUR BRÛLANT D’AMOUR

Cette quatrième prière est donc l’expression d’un cœur assoiffé qui ne veut pas stagner dans ses zones de confort. Il s’agit de la prière d’un cœur qui vient d’allumer en lui la flamme de l’amour, cette flamme qui donne une force intérieure inébranlable. Moussa se voit maintenant poussé par une force qui le dépasse, une force qui s’est formée en lui de manière profonde et qui lui permet d’envisager une issue favorable là où tous les indicateurs physiques et matériels pourraient présager le contraire.  

Nous avons vu précédemment que le cœur était le siège des émotions, qui elles-mêmes en étaient le moteur, celles qui avaient la capacité de mettre mouvement l’être tout entier. Il faut voir le cœur comme une machine, comme un générateur de force intérieure. Il ne faut pas sous-estimer le potentiel du cœur, le potentiel de l’amour, car notre cœur ne vient pas de nous-même, il nous dépasse complètement ! C’est comme une centrale nucléaire qui puiserait de la Source Suprême : celle de la Grandeur de Dieu ! 

 

 

Malheureusement, nous sous-estimons nos cœurs et leur potentiel. Il est triste d’entendre toujours ci et là les gens dire “j’ai atteint mes limites”. D’un côté, cela montre à quel point le mode de vie moderne, en nous donnant des emplois et des occupations vides de sens, nous a coupés de notre nature première, qui est d’aimer et de servir une Grande Cause. D'un autre côté, cela nous démontre à quel point nous ne sommes pas éduqués à vivre et agir avec notre cœur, à quel point notre génération est conditionnée à subir son existence à travers le mental… 

Car là est le problème en réalité. Si on fait les choses par Amour, si on travaille par Amour, en mettant tout notre cœur à la tâche, et en s’offrant complètement au Divin, alors impossible d’atteindre ses limites. Car derrière chaque limite se trouve l’Illimité, derrière chaque fatigue se trouve le feu de l’Amour qui pourra redonner de l’élan et de la force. Comme je dis souvent, lorsqu’un cœur brûlant d’amour engage une raison saine, attendez-vous à un miracle ! Car l’amour permet de se dépasser et de cultiver en soi les belles valeurs de la personnalité saine : générosité, pardon, patience, compréhension, loyauté, don de soi, etc.

 

"Si on fait les choses par Amour, si on travaille par Amour, en mettant tout notre cœur à la tâche, et en s’offrant complètement au Divin, alors impossible d’atteindre ses limites. Car derrière chaque limite se trouve l’Illimité, derrière chaque fatigue se trouve le feu de l’Amour qui pourra redonner de l’élan et de la force."

 

 

LA PRIÈRE DU COUCHER DE SOLEIL, LA PRIÈRE DU MAGHREB

Nous avons vu dans les articles précédents que chaque prière de notre bien-aimé Moussa correspondait à la symbolique d’une des cinq prières obligatoires, ce devoir que Dieu nous a donné, ce cadeau pour l’humanité. 

La quatrième prière de la journée est celle du coucher de soleil (salât al-Maghreb).  Dieu décrit ce moment dans le Qor’an (V.81 - S.17) en disant que lorsque le coucher de soleil commence, la nuit est “‘as’as” : elle devient très proche et imminente. Ce mot “‘as’as” vient du mot “‘as’asa”, qui lui-même est une duplication du mot “‘asa”, que l’on trouve au début de cette quatrième prière de Moussa et qui signifie “très prochainement”. 

On voit très bien à la fin de la journée comment le soleil, la lumière du jour qui nous servait de guide durant cette journée, disparaît pour laisser place à l’obscurité. Très vite, il fait nuit noire, et on ne voit plus grand chose. Toutes les causes extérieures ont disparu, il ne reste plus que Dieu pour guider nos pas. D’ailleurs, c’est aux alentours de la prière du coucher de soleil (soit avant, soit après) qu’on lit nos prières quotidiennes, ces prières où l’on se fie et se confie à Dieu. 

 

 

Sur un plan symbolique, on peut faire un parallèle entre la fin de journée et la mort de l’enseignant spirituel (shaykh). Pour ceux qui ont reçu la grâce de cheminer avec un guide spirituel, ce qui est mon cas, il faut avoir en tête cette idée du côté éphémère de la vie biologique du Shaykh. Oui, un jour, comme le soleil en fin de journée, il va partir. Son corps va quitter ce monde physique et matériel. Un jour, nous serons orphelins de notre enseignant, et alors nous ne pourrons compter que sur Dieu.

Bien sûr, dans le monde des Réalités, nous savons que c’est déjà le cas : nous ne pouvons vraiment compter que sur Dieu, mais dans Sa Grande Sagesse, et parce qu’Il connaît bien notre état, Dieu nous met à disposition ce que l’on appelle “des causes” : des moyens à utiliser dans notre cheminement. Et y a-t-il une plus grande cause, y a-t-il un meilleur moyen que le shaykh pour parvenir à Dieu ? Lui dont la présence joue le rôle de soleil de notre voyage, lui qui nous apporte chaleur, lumière et confiance, lui qui se soucie de nous plus que de lui-même, lui qui travaille pour nous, inlassablement ? Lui qui nous rappelle avec douceur ou vigueur lorsque l’on s’oublie et que l’on se met à errer sur les bas-côtés ? Lui sur lequel on peut compter quels que soient nos méfaits ? 

En ce sens, c’est ce que les compagnons ont vécu et relaté (toutes proportions gardées) lorsque leur Bien-aimé (que Dieu nous illumine de sa lumière) a quitté ce monde terrestre pour rejoindre le Royaume Céleste. Notre Maître AbdAllah ibn Mas’oud (que Dieu nous connecte à son héritage) a raconté qu’à l’enterrement du Prophète, et avant même que la cérémonie ne touche à sa fin, il trouvait que les compagnons, incluant lui-même, étaient différents, et ne se reconnaissaient plus les uns les autres. Il a expliqué qu’en regardant le visage de ses compagnons, il ne voyait plus le reflet du soleil, le reflet du visage du Prophète sur leur front. Certes, ils étaient restés des croyants (et quels croyants !), mais le départ de leur Guide Bien-aimé les avait changés. 

Voilà pourquoi il faut absolument travailler et prendre son cheminement au sérieux tant que le shaykh est vivant. Il faut avancer tant que le soleil est là, tant que ses rayons éclairent nos pas, avant que l’obscurité ne vienne envahir notre cheminement. Car il faut espérer que lorsque ce jour viendra, on aura suffisamment bénéficié de l’accompagnement spirituel de notre shaykh pour arriver au stade de la confiance en Dieu au-delà de toute cause, ce stade que nous exprime Moussa dans cette quatrième prière : “oui, le soleil est parti, et je ne vois ni lune ni étoile dans ce ciel maintenant obscurci, mais je ne repars pas dans l’obscurité dans laquelle j’étais avant ! Je n’ai plus peur, je suis confiant ! Même si, d’un point de vue matériel,  je suis complètement démuni et dépourvu, en réalité je suis loin d’être perdu ! Car je ne compte que sur mon Seigneur et Maître, Nourricier de mon âme, Guide de ma conscience, Forgeron de mon cœur, Accompagnateur de mon être (Rabb) pour me guider sur le droit chemin !”

Voilà l’état qu’atteint celui qui chemine lorsqu’il atteint ce que l’on appelle le “faqr el-a’dham” : la réalisation du besoin ultime de Dieu dans la disparition de tous les moyens, de toutes les causes. 

 

 

 

Lorsque le soleil se couche, on se trouve rapidement dans l'obscurité de la nuit. Certaines nuits sont complètement noires, sans lune ni étoile. D’autres, si l’on attend un peu, nous offrent une multitude d’étoiles et même une pleine lune... Mais quand bien même, que sont les étoiles, même les plus brillantes et majestueuses, comparées au soleil ? Que peuvent-elles faire sans ses rayons à lui, qu’elles ne font que refléter ? Et puis, peut-on comparer le soleil de mi-journée (dhohr) avec la nuit, même la plus étoilée ? Peut-on comparer la lune, même lorsqu’elle est pleine et non voilée, au soleil éclatant de la mi-journée ? 

D’ailleurs, le Prophète Mohammed (que Dieu nous connecte à son amour et à sa lumière) a dit “mes compagnons sont comme les étoiles”. Cela signifie qu’ils feront ce travail de refléter la lumière Mohammadienne. La pleine lune, comme les étoiles, ne donne pas en elle-même accès à l’éveil spirituel, elle assure la relève du soleil. Seule la lumière du soleil peut éveiller et embraser le cœur par sa chaleur. Bien entendu, la pleine lune des uns deviendra le soleil de la génération qui les suit, qui n’aura pas connu ce soleil initial. Car le soleil est celui avec qui on vit l’éveil et le réveil spirituel. 

Pour les compagnons qui avaient côtoyé le Prophète, l’imam ‘Ali (que Dieu nous connecte à eux) était la pleine lune, alors que pour certains hommes de la génération suivante, comme Malek Ibn al-Ashtar par exemple, l’imam ‘Ali était le soleil, celui qui a éclairé leur chemin vers Dieu, qui les a éveillés à la Vérité. Et pour eux, après le départ de ‘Ali, la vie n’était plus la même, ils ont eu besoin, comme notre Maître Moussa dans cette prière, de renouveler leur confiance en Dieu et entrer dans la caverne de la nuit. 

Voilà comment nous avons aujourd’hui notre soleil à nous : le shaykh. Le guide de ta conscience qui a accompagné ton éveil et ton réveil spirituel, c’est lui ton shaykh, c’est lui ton soleil. C’est celui dans la lumière de qui tu as pu découvrir et commencer à lire et à voir les choses spirituelles. 



L’OMBRE DE LA CAVERNE PROTECTRICE

Une nouvelle obscurité a pris place, mais cette fois, ce n’est plus l’ombre de l’âme figée, du mental et de l’ego que Moussa a quitté après son éveil (cf article 1). Ce n’est pas l'ombre de la zone de confort. Il s’agit de l’Ombre Divine, cette caverne protectrice (kahf) dans laquelle on parvient à pénétrer lorsque l’on a accepté de passer par toutes les étapes précédentes : éveil, réveil, repentir, retour à Dieu, gratitude, peurs et turbulences… 

Il s’agit de cette caverne dont Dieu parle dans la sourate 18, sourate que nous sommes invités à réciter tous les vendredis. Il dit : lorsque vous, (les gens de conscience honorés par la conscience, vous que nous avons réveillés et dont nous avons ressuscité l’âme et le coeur) les aurez laissé derrière vous, prenez refuge dans la caverne” (S.18 - V.16). Ce verset s’adresse à un groupe de jeunes personnes connues sous le nom des Gens de la Caverne qui ont décidé de quitter leur ville face à l’inconscience collective qui y régnait. Ils ont fui la population de cette ville ainsi que tout ce qu’ils adoraient en dehors de Dieu, fui cette masse populaire qui cherchait protection auprès du matériel.

 

 

Une fois dans cette caverne, ils étaient en sécurité, protégés, et c’est dans le même état que se trouve Moussa pour cette quatrième prière. Il est dans la caverne intérieure, celle de la certitude et de la confiance en Dieu. Cette caverne peut s’atteindre lorsque l'on atteint un certain degré de maturité spirituelle, lorsque l’on a travaillé à construire cette relation et cette intimité avec son Seigneur, une relation qui peut faire face au coucher du soleil.

D’ailleurs, il est dit que les enseignants spirituels sont les cavernes des croyants, ceux auprès de qui on peut trouver protection et sécurité. Mais il faut comprendre qu’on ne parle pas des enseignants en tant que personnes physiques, on parle des enseignants en tant qu’hommes spirituels, en tant qu’esprits dont l’héritage transcende et dépasse le monde matériel, et dont il est possible de bénéficier même après leur départ de ce monde éphémère. 

Et c’est cela que le shaykh souhaite travailler et développer chez l’apprenant. C’est à cette maturité qu’il souhaite faire parvenir ses élèves. Il les prépare pour sa mort et pour son départ, non pas pour sa vie. Il les prépare à pouvoir vivre et continuer le chemin après son départ et pourquoi pas, à ce que l’un de ces élèves puisse devenir pleine lune pour ses compagnons, et soleil pour ceux qui ne l’auront jamais rencontré... Les compagnons pourront alors ressentir en sa présence ; “c’est comme si on était avec le shaykh”, et ceux qui n’ont pas connu le shaykh trouveront en lui leur guide, leur soleil sur ce chemin qui leur permettra de vivre l’éveil spirituel. 

Notre Maître Moussa quitte donc la ville au coucher du soleil, physiquement seul et esseulé. Il se trouve dans le désert, sans compagnon pour l’épauler ou le diriger, sans guide ni conseiller. Mais son Seigneur est là, plus Présent que jamais et son cœur est pleinement conscient et ouvert à cette Présence, totalement confiant. Peu importent les dangers, peu importent les ennemis, et peu importe même l’issue matérielle de ce périple en réalité, son état intérieur est un état de certitude, d’espoir. Et c’est cet état intérieur de certitude et d’espoir qu’il exprime dans sa prière : “très prochainement, je suis plein de confiance que Dieu ne va pas me délaisser, que mon Seigneur, mon Accompagnateur va être mon compagnon et va me guider sur le chemin droit, le chemin de mes ancêtres, la voie droite.” 

Pour toutes ces raisons, cette quatrième prière est sa prière du coucher de soleil (salât al-maghreb) : la prière de l’espoir et de la confiance en Dieu. 

 

 

 

 

MÉDITATION DE LA PRIÈRE 

En s’appuyant sur tous ces éléments de compréhension que nous venons d’aborder, nous formulons cette méditation dans l’esprit de la quatrième prière de Moussa : 

 

 

 

LA CERTITUDE EN DIEU

Après avoir traversé un moment de peur intense et demandé protection à son Seigneur, notre Maître Moussa atteint donc cette quatrième station : celle de la certitude. 

Cette certitude (yaqin) est un cadeau venu d’en Haut comme nous l’enseigne notre Bien-aimé Prophète Mohammed (que Dieu continue de nourrir son être, a lumière et notre connexion à lui) : “Il n'y a rien de mieux qui descende du Ciel que la certitude en le Seigneur (yaqin)." 

Avoir la certitude, c’est avoir une foi claire comme du cristal qui ne peut être ni ébranlée, ni secouée, et qui ne peut vaciller. Il s’agit d’une foi qui embrasse pleinement la Vérité, et dont nous avons eu un exemple dans l’attitude de notre ancêtre Abu Bakr As-Siddiq (que Dieu nous connecte à son héritage) à l'occasion du Voyage Nocturne et de l’Ascension dans les cieux du Prophète Mohammed.

 

 

Les compagnons sont pour nous des exemples de comment témoigner de la Vérité, de comment pleinement ouvrir son cœur pour pouvoir l’embrasser. Leur rôle a été de créer un élan pour nous, un esprit que nous pouvons saisir pour nous aligner avec eux, et que l’on doit convertir en carburant pour permettre notre voyage vers Dieu. Ainsi, étudier leur réponse à telle ou telle situation nous montre la marche à suivre. 

Le cher ami du Prophète (que la lumière de Dieu continue à nourrir son être et notre lien avec lui) a gagné le nom «As-siddiq» qui signifie “celui qui a fait confiance et qui a cru” le jour où les gens sont venus lui raconter ce qu’ils avaient entendu dire de la bouche du Prophète au sujet de son Voyage Nocturne. Il racontait ce qui s’est passé en cette nuit bénie : le Prophète s’est rendu à Jérusalem, puis a traversé les sept cieux. Un certain nombre de personnes totalement incrédules sont venues rapporter ces propos à Abu Bakr dans l’espoir de le déstabiliser, de le faire douter de son bien-aimé, et de mettre fin à l'amitié et au dévouement d'Abu Bakr envers le Prophète. Il écouta ce qu’ils avaient à dire, et finalement répondit : "S'il l'a dit, alors c'est vrai."

Sans hésiter. Sans vaciller. Une confiance et une conviction totales : voilà à quoi ressemble la certitude, voilà à quoi ressemble l'amour de la Vérité. Voilà à quoi ressemble l'ouverture du cœur pour témoigner de Dieu. Et c’est là la meilleure des provisions que Dieu envoie aux habitants de la terre. 

Ainsi, il n'y a pas d'enseignement plus noble que la cultivation de la confiance en Dieu, la certitude en Dieu, l’espoir en Dieu. Il s’agit d’une provision venant des cieux dont on peut tirer bénéfice, à condition de chercher soi-même l’élévation. Car plus une personne est dans sa zone de confort, emprisonnée dans sa prison, dans son petit cachot, et plus elle est dans une position basse, donc éloignée de cette certitude venant d’en Haut et du Très Haut. Mais dès qu’elle chemine, dès qu’elle s’élève, dès qu’elle transcende sa situation et ses difficultés, cette noble provision lui devient de plus en plus accessible. Son horizon s’élargit au fur et à mesure qu’elle prend de la hauteur, lui permettant de voir les choses sous de nouveaux angles, avec plus de clarté. Alors que si elle reste coincée tout en bas dans sa zone de confort, sa vision est étriquée, comme à travers un prisme.



 

LA CERTITUDE EN DIEU : SOURCE DE LA FORCE DES HOMMES DE DIEU

Cette certitude, cet espoir et cette confiance en Dieu sont la source de la force et de la sécurité des Hommes de Dieu. En effet, ils leur confèrent une telle force que même au moment de la plus grande épreuve (le chaos de la fin des temps et du Jour Dernier), ils ne seront ni affectés, ni choqués. Leur connexion avec leur Seigneur est si solide que lorsqu’ils Le verront se manifester à l’humanité en tant que Juge, cela n'affectera pas leur confiance en Lui, alors que tous les autres seront pris d’une profonde panique.

De manière générale, il nous faut comprendre l’absolue nécessité de profiter des doux moments de facilité avec Dieu pour Lui faire une place profonde dans notre cœur. Car si nous ne faisons pas ce travail dans la facilité, nous ne serons pas en mesure de traverser les épreuves, quelles qu’elles soient, à d'autres moments. D’où la grande importance de la gratitude couplée au repentir, comme nous l’avons vu dans les articles précédents. Car si nous n'accueillons pas Ses Cadeaux, Son Pardon, Sa Tendresse, si nous ne nous autorisons pas à les recevoir, si nous ne les remarquons pas et ne les honorons pas en y répondant par de l’amour, du repentir et de la gratitude, alors nous ne nourrissons pas cette relation avec Lui. Et par conséquent, nous serons facilement bouleversés par les épreuves, et à plus forte raison par l’épreuve du Jour où tout sera bouleversé. 

 

 

D’ailleurs, une des questions sur lesquelles nous serons amenés à rendre des comptes ce Jour-là sera : “qu'avez-vous fait de tous les doux moments et cadeaux que Je vous ai donnés ? Pourquoi ne les avez-vous pas investis ?”

Voilà donc, tout simplement, le travail que nous avons à faire durant toute cette vie : planter au plus profond de notre cœur une réponse aux beaux moments, à la Tendresse, aux Soins, à la Bénédiction et aux Dons que Dieu nous faits afin que ces graines d'amour se transforment en arbres d'amour, de gratitude et de confiance en Dieu sous lesquels nous et les autres autour de nous pourrons trouver de l’ombre pour se protéger et se renforcer. Et ce travail nécessite de cultiver une bonne vision de Dieu, pour ne pas se laisser bouleverser par les tempêtes, les moments difficiles et les apparences. 




LA BONNE VISION DE DIEU

La quatrième prière du bien aimé Moussa exprime une solide et bonne vision de Dieu (on peut aussi parler de bonne image, bonne opinion, bonne perception ou bonne impression de Dieu), et c’est exactement cette bonne vision que nous devons cultiver concernant Dieu et notre relation avec Lui : savoir que Dieu nous aime, que Dieu nous a créés par Amour et par Pure Grâce, et qu’Il nous veut du bien. 

Avoir une bonne opinion de Lui, c’est avoir un bras droit inestimable dans ce chemin de vie. C’est même une condition nécessaire au cheminement spirituel, car comme Il nous le confie dans une Narration Sacrée, Il est selon l’opinion que son serviteur se fait de Lui.

Cette bonne capacité de perception sera garante d’une bonne capacité de réception au niveau de nos différents réceptacles (mental, rationnel, émotionnel, spirituel), qui sont des lieux d’accueil pour Dieu, Sa Science et Sa Connaissance. Et le développement de cette capacité de réception est tout le but de la religion.

Le réceptacle mental a donc pour vocation de recevoir la bonne vision ou perception de Dieu, parce que nous en avons besoin pour pouvoir L’approcher. En effet, comment approcher de Dieu avec une mauvaise perception, une mauvaise image de Lui ?

 

 

Nous avons déjà vu l’importance de personnifier Dieu pour créer une vraie relation avec Lui, sans jamais tomber dans le piège qui consiste à enfermer notre perception de Dieu dans ces cages et cadres pour images figées et stériles. Il s’agit de s’orienter vers une personnification vive et vivante, dynamique, qui met en œuvre notre imagination non pas pour inventer des choses sur Dieu ou chercher à Lui donner une forme, mais pour engager notre imaginaire dans les paraboles que Dieu nous donne de Lui-même. 

Dieu nous invite et exige qu’on L’imagine : de nombreux versets dans le Livre Saint ont cette vocation de nous laisser des impressions de notre Seigneur, pour mieux cheminer vers Lui. Nous avons déjà vu l’importance de percevoir Dieu comme un père, une mère, mais aussi un ami, un compagnon, et on peut même dire que 80% du Livre Sacré nous donne la matière pour ce travail d’imagination. Par exemple, dans le verset suivant :

“Ô vous qui vous êtes engagés à développer votre perméabilité à l’Amour de Dieu  : si vous portez assistance à Dieu, Il vous secourra et Il vous accordera la victoire en affermissant vos pas”. (S.47 - V.7)

Ce genre de versets suscite un certain nombre de questionnements : nous savons bien que Dieu est Celui qui secourt ses créatures et qu’Il n’a besoin du secours, de l’assistance et de l’aide de personne, alors comment est-il possible de Lui “porter assistance”, comme le dit le verset ? Nous voyons bien que si l’on s’arrête au niveau de la concpetion rationnelle de Dieu, sur ce que l'on sait de Lui en théorie (qui veut que Dieu est nécessairement Omnipotent et Indépendant), on se sent obligatoirement dans une impasse. Il ne suffit donc pas d’avoir une bonne conception rationnelle de Dieu, il faut également avoir une bonne perception mentale et sentimentale (ou vision de Dieu), qui va nous permettre de bénéficier de l’apport de ces versets.

 

 

LA DIFFÉRENCE ENTRE LA CONCEPTION RATIONNELLE ET LA PERCEPTION MENTALE ET SENTIMENTALE

Pour comprendre ce qu’est la bonne conception rationnelle de Dieu, nous devons noter que sur le plan rationnel, l’intelligence humaine est comme dotée d’un programme d’Origine Divine, que l’Imam Al Ghazali ainsi que d’autres Savants et Maîtres Spirituels (que Dieu nous connecte à leur héritage béni) appellent “Nour”, ce qu’on peut traduire par “lumière”. Ainsi, ce programme intérieur dont l’être humain est doté est une sorte de lumière. 

Pour prendre une analogie de notre vie quotidienne, il s’agit d’une sorte de logiciel ou d’application que Dieu a mis en nous et dans lequel sont inscrits les Attributs (Siffat) Divins que nous avons vu lors de la première prière de Moussa : Dieu doit exister, Il doit être Un, Il doit être indépendant de toute chose, et toute chose doit absolument dépendre de Lui. Dieu doit nécessairement tout savoir et être Omniprésent, Omnipotent. Il est bien plus Puissant que toute Sa Création, et aucune Création ne peut Lui forcer la Main. 

 

 

Ainsi, ce Programme Divin nous aide à concevoir rationnellement l’Essence Divine, et il nous aide à établir clairement que telle ou telle entité ne peut pas être Dieu dans la mesure où elle ne répond pas aux Attributs nécessaires. 

Cependant, si la bonne conception rationnelle nous permet d’avoir théoriquement confiance en Dieu, elle a aussi ses limites : elle ne nous permet pas d’entrer en relation avec Lui pour développer une confiance réelle, une confiance de terrain. C’est pourquoi la bonne perception mentale et sentimentale (ou bonne vision/opinion/image/impression de Dieu) doit aller de pair avec la bonne conception rationnelle, car c’est la perception mentale et sentimentale qui va nous aider à libérer notre perception émotionnelle, et donc à cheminer vers Dieu et à tirer profit de Ses Grâces.

En effet et par analogie, on peut connaître conceptuellement un grand Savant et avoir une excellente conception théorique et rationnelle de lui (en d’autres termes : bien connaître et apprécier son CV, être au fait de ses travaux et de leurs valeurs), mais si on n’a pas une bonne impression, une bonne image de lui en tant que personne, on aura beaucoup de mal à entrer en relation avec lui, et il sera difficile de pouvoir bénéficier de ses partages et enseignements.

Ainsi, la science qui consiste à développer une bonne conception rationnelle de Dieu, c’est la science que l’on appelle crédo ou dogme religieux (aqida). Elle s’adresse à notre rationnel. Quant à la science visant le développement de la bonne image de Dieu, il s’agit du développement de la perméabilité à la Lumière Divine (imane). Et c’est un travail qui commence au niveau du mental (images, préjugés, mauvais paradigmes) que l’on doit percer afin d’atteindre l’émotionnel. Car l’émotionnel est la porte du spirituel, lieu où se fera la réception de la Présence Divine et de Ses Enseignements. 

Les anciens avaient d’ailleurs coutume de dire que quiconque a étudié la première science sans la seconde commet une débauche, une perversion (fassaq) ! Que Dieu nous préserve et vous préserve. Ces termes forts évoquent tout le danger que peut recéler une science incomplète, dans laquelle on ne s’occupe que de théories abstraites sur Dieu, sans s'engager relationnellement avec Dieu. 

Ainsi, pour en revenir au verset précédemment cité, nous sommes invités à imaginer Dieu en train de combattre toutes les forces du mal pour nous, pour notre victoire, pour notre bonheur. Dieu est déjà sur le front et Il attend que nous le rejoignions et joignions nos forces dans ce combat qu’Il mène pour nous. Il nous invite aussi à imaginer la victoire à nos portes, pour bien comprendre qu’il nous suffit seulement de nous rendre perméables, ouverts, accueillants face à Sa victoire.

La conception rationnelle de Dieu nous dit que Dieu a créé le Bien et le Mal, et que, par conséquent, il n'a pas besoin de les combattre puisque tout est sous son contrôle. La perception mentale et sentimentale quant à elle engage notre imagination pour mieux engager notre cœur : que ressens-tu quand tu imagines Dieu qui combat pour toi et ton bonheur ? Dieu qui t’attend ? Dieu qui t’invite à la victoire auprès de Lui ? Dieu qui t'invite à combattre auprès de Lui, comme auprès d’un Compagnon ou d’un Ami, qui t’invite à devenir Son Allié à Lui, dans son groupe à Lui ? Ressens-tu un engagement sentimental, ou encore mieux, un fort engagement émotionnel qui te met en mouvement ?

 La tête doit savoir que Dieu ne peut pas avoir besoin d’aide et ne peut pas être attaqué par le mal, et le cœur doit ressentir que c’est comme si Dieu avait besoin d’assistance, que Dieu l’attend, que Dieu l’appelle. Le cœur a besoin de “comme si”, il a besoin d’impressions, parce que de toute façon, on ne pourra jamais appréhender Dieu, Lui qui est par nature Insaisissable. Mais on peut et doit l’aimer et se donner les moyens d’augmenter notre amour, d’où l’importance de l’imagination et de la bonne perception mentale et sentimentale de Dieu (ou vision).

Et ainsi, à partir de la bonne conception rationnelle de Dieu, et avec un mental qui se purifie en travaillant sa bonne perception et impression de Dieu, le cœur atteint une bonne réception de Dieu, ce qui est tout l’objectif de ce travail.

  

 

CULTIVE UNE BONNE OPINION

D’ailleurs, le Prophète (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) nous a enseigné que les deux plus hautes vertus qu'une personne peut posséder sont une vision positive de Dieu et une vision positive des gens. Il s’agit là d’un exercice de développement mental : guérir de sa susceptibilité, de son soupçon et suspicion, aussi bien envers les gens qu’envers Dieu.

Il s’agit de faire un travail conscient sur soi-même, et d’observer ses propres réactions internes lorsque quelque chose nous arrive dans la vie. Est-ce qu’on se précipite dans la mauvaise perception mentale de Dieu, en se disant des phrases comme : “Dieu est fâché contre moi”, ou encore “pourquoi Dieu m’a abandonné ?” 

 

 

Combien de gens pensent et se sentent ainsi malgré le fait que leur conception rationnelle de Dieu est tout à fait juste ? Mais est-ce suffisant de savoir que Dieu est Un, Tout-Puissant, Sage, Généreux, si face à l’épreuve on en vient à tomber dans une mauvaise image et opinion de Lui ? 

Comme notre Maître Moussa l’exprime dans cette quatrième prière, nous devons au contraire travailler sans relâche à améliorer et corriger nos perceptions et réactions intérieures en vue de développer un espoir sans failles et de grandes attentes quant au bien que Dieu va opérer dans notre vie ainsi que dans les résultats que nous pouvons obtenir, au-delà même de ce que nous aurions pu imaginer. 




S’ARMER DE PATIENCE

Garder une vision positive de Dieu au milieu de la tempête implique de reconnaître, comme l’a fait notre bien-aimé Moussa (que Dieu continue de nourrir son être et notre connexion à lui), que Dieu sait ce qui est bien pour nous et qu’on se doit donc de rester patient. 

En plus de nous aider à traverser la zone de peur, la patience nous aidera également à prendre soin de notre état de positivité malgré les hauts et les bas de la zone d’apprentissage. Elle nous empêchera de juger une situation comme étant négative, chose qui ne manquerait pas de nous faire sombrer dans le désespoir et de nous défaire de notre état de gratitude et de positivité cultivé avec les précédentes prières et stations de Moussa. Le moment de turbulence ne doit pas être celui où on lâche prise, au risque de faire une chute vertigineuse ! Seul le fait de s'accrocher à la Corde de Dieu et de faire preuve de patience durant la traversée de la zone de peur et d’apprentissage permettra de pouvoir atterrir en douceur à la cinquième étape du voyage de cette Hégire. 

 


 

Lorsque soleil est à son zénith et que tout est lumineux et clair (dhohr), les choses sont faciles : on passe une porte et on se retrouve dans une pièce pleine de délices et de merveilles ; on montre de la reconnaissance, et voila qu’on est conduit à nouveau vers une porte qui mène dans une autre pièce, encore plus merveilleuse que la précédente ! On remercie alors pour cela, et une nouvelle porte s’ouvre encore vers une autre pièce, plus satisfaisante et plus belle que la précédente, et ainsi de suite ! Pour chaque expérience que l’on savoure avec gratitude, Dieu nous bénit avec une expérience encore plus grande, comme Il l'a promis dans le Qor’an : « si vous êtes reconnaissants, J’augmenterai Ma Bénédiction sur vous » (S.14 - V.7)

Mais que se passe-t-il quand la lumière décroît, lorsque le soleil commence à disparaître et que la nuit vient tout recouvrir ? Si l’une de ces portes menait dans une pièce sombre, inconnue, baignée d’obscurité, difficile à parcourir, totalement différente des autres, commencerait-on à se demander si cette gratitude n'était pas juste une illusion qui commence à s’estomper ? Un mensonge que l’on s’est raconté à soi-même ? Est-ce que l’on commencerait à douter, à croire qu’il est impossible de réussir à sortir de la zone de confort ? A penser que l’on a été idiot tout ce temps de faire confiance à Dieu et à Sa Grâce ? Ou bien est-ce que, comme notre Maître Moussa, on oserait nourrir de grandes et belles attentes, et traverser la nuit avec confiance et patience ?

 

 

Si l’on fait preuve de patience, aucune idée négative ne peut s’implanter, aucune réaction prématurée ou disproportionnée ne peut advenir et aucun sentiment ne peut prendre le dessus et nous faire perdre le contrôle. Car la patience nous permet de ne pas paniquer et de ne pas nous mettre en colère devant l'obscurité de la nuit qui tombe. Elle nous invite à suspendre notre jugement. Et avec cet état de calme intérieur tel que vécu par Moussa dans sa station spirituelle du Maghreb, on peut s’accrocher à l'idée que c'est Dieu qui est le Seul Juge, que Lui Seul sait ce qui est bon ou mauvais et qu'Il apporte toujours à Ses Serviteurs ce qui est bon pour eux.

Avec cette paix intérieure, on peut donner du sens à cette nouvelle expérience dans cette nuit ou cette pièce sombre. Et on devient capable de réaliser que, bien que ce nouvel endroit dans lequel on se trouve semble différent de ce que l’on a connu jusqu’alors, ce n'est pas une raison pour renoncer à être reconnaissant et à voir Dieu de manière positive. Petit à petit, on commencera même à remarquer que tout n'est pas sombre dans cette pièce, qu'il y a tout de même des choses à voir. Et on pourra alors se frayer un chemin à travers tout cela.

Voici donc mon conseil mes chers frères et sœurs : ne soyez jamais prêt à renoncer à la gratitude et à abandonner la bonne opinion que vous avez de Dieu au simple motif qu'une expérience vous paraît incompréhensible et qu’elle semble briser le schéma du bien que vous avez connu jusqu'à présent. Ne laissez pas votre vision de Dieu être remise en question si facilement ! Utilisez l'outil qu’est la patience pour rester stable et vous accrocher à votre opinion positive et à votre gratitude. La patience est la corde qui vous liera à ces vertus inestimables et qui les empêchera de s'échapper.

Avec de la patience, avant que vous ne vous en rendiez compte, le temps passera et vous découvrirez que même cette pièce que vous pensiez être un endroit sombre et négatif était en fait, comme toutes les autres que vous avez appréciées et pour lesquelles vous avez exprimé votre gratitude dans le passé, un lieu positif et même la meilleure chose qui vous soit arrivée. À ce moment précis, lorsque vous aurez fait la paix avec la pièce dans laquelle vous vous trouvez et que vous en serez reconnaissant, vous pourrez passer par la porte qui mène à la pièce suivante et qui sera très certainement facile et agréable. 

Nous devons toujours avoir en mémoire ce que notre Seigneur et Maître nous dit dans Sa Sainte Parole : 



“Certes avec la difficulté vient une facilité, 

Certes se cache au cœur de la difficulté une facilité, 

Certes dans la difficulté se révèle et se dévoile un moyen de connexion et d’attachement puissant et fort pour les êtres intelligents qui recherchent leur Seigneur au-delà des états et des contextes,

Certes, dans la difficulté se révèle et se dévoile en l’être intelligent qui recherche Son Seigneur sans relâche, une force et une intelligence qui transforment les difficultés en facilités, les faiblesses en forces et l’éloignement en rapprochement.”

(traduction méditative, sourate 94, verset 5-6)

 

Ceci s'adresse donc à tous ceux qui disent : “j'avais une vision positive de Dieu avant, mais ensuite tel incident est arrivé dans ma vie…” Ne laissez pas un incident être la cause de votre chute ! La patience est souvent l'ingrédient manquant, et c’est pourtant un outil nécessaire dans les moments difficiles.

Vous connaissez maintenant les trois ingrédients pour une vie heureuse : une opinion positive de Dieu, l'expression de cette positivité à travers la gratitude, ainsi que la patience dans ces moments où la situation semble difficile. Que Dieu bénisse chaque voyageur dans son Hégire et nous équipe tous de ces merveilleux outils pour un passage en toute sécurité !



L’ABANDON CONFIANT EN DIEU (TAWAKKOUL)

Plus notre Maître Moussa chemine intérieurement et extérieurement, plus il abandonne l’illusion d'être en situation de contrôle, et plus il est dans la reconnaissance que seul Dieu est au contrôle : “Allahu Akbar”.

Cette zone d’apprentissage lui enseigne comment confier toutes les affaires de sa vie, dans chacun de leurs aspects, à Dieu, et comment s’en remettre complètement à Lui. Avec la certitude que Dieu est Celui qui sait le mieux ce qui est bon pour nous, et Celui qui veille soigneusement sur ceux qui s’en remettent à Lui. 

 

 

Rappelons-nous : tout d’abord, il a commencé son chemin en reconnaissant les ténèbres dans lesquelles il était (prière 1), puis il a impulsé la sortie de ces ténèbres en renonçant à tout ce qui n’est pas Dieu, ce qui est la première étape dans la recherche de l’abandon de soi entre les Mains de Dieu : (prière 2). Ensuite, il a poursuivi en demandant force et assistance au Seul Capable de renforcer et d’assister ses créatures (prière 3). Enfin, il s’abandonne entièrement à Lui, en totale confiance (prière 4). Il lâche prise sur toute illusion de contrôle de sa part, plaçant tous ses espoirs en Dieu seul, n’espérant plus rien de personne, de lui-même ou du contexte.

Chaque pas, chaque passage, lui permet de passer par chacune de ces quatre stations différentes, qui lui permettent à chaque fois d’accueillir toujours plus la Lumière de la confiance en Dieu. 

Cette confiance en Dieu ne va pas de soi, car notre âme figée est constamment à la recherche d'alliés en dehors de Dieu, et nous n’en avons pas toujours conscience : combien de fois appelons-nous le docteur ou prenons nous un médicament sans même penser que c’est Dieu qui est aux commandes et qui donne la guérison ? Combien de fois appelons-nous à l’aide la famille ou les amis, sans réaliser que c’est Dieu seul qui nous aide à travers eux ? Les exemples de nos vies quotidiennes sont nombreux.

 

  

PRIÈRE SUR LES PAS DE MOUSSA INSPIRÉE DE LA PRIÈRE  DE L’IMAM HUSSEIN

Face à des situations douloureuses et difficiles sur le plan humain, les Prophètes et les Saints Hommes ont toujours su s’en remettre à Dieu en total confiance et abandon. Certaines de leurs prières nous sont restées, notamment celle de de l’Imam Hussein. 

On dit qu’il s’est inspiré de la prière que son noble grand-père, le Prophète Mohammed (que Dieu continue de nourrir leurs âmes, leurs lumières et notre connexion à eux), avait lui-même exprimée après les évènements de Ta’if (retrouvez notre article à ce sujet ici)

Voici donc notre prière sur les pas de notre Maître Moussa, inspirée de la prière du bien aimé Imam Hussein (que Dieu nous connecte à eux) :

 

 

 

 


 

Série d'articles tirés d'enseignements donnés en 2019 et 2020.

Prochain article sur la cinquième et dernière prière de l'Hégire de Moïse à paraître bientôt !

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