La prière de la recherche de la Protection Divine - Les cinq prières de Moïse - 4

développement personnel développement spirituel hijra/hégire les 5 prières de moïse marcher dans les pas des maîtres de la conscience Sep 17, 2021

Suite de la série les cinq prières de Moïse. Article précédent ICI.

 

CONTEXTE

Le lendemain de la mort du soldat égyptien, notre Maître Moussa (Moïse, que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) croise à nouveau l’homme hébreu qu’il avait défendu la veille. Ce dernier l’appelle à l’aide, lui demande d’intervenir en sa faveur dans un nouveau conflit. Confiant de pouvoir compter sur l’aide inconditionnelle de Moussa, il lui demande d’intervenir dans une affaire dans laquelle c’est lui qui est cette fois-ci en tort et qui se montre injuste. Lorsqu’il comprend que notre Maître Moussa ne cautionne pas son attitude et qu’il refuse d’intervenir en sa faveur, il se place en ennemi de notre bien-aimé et s’écrie :

« Je pensais que tu étais dans un cheminement de vérité, de justice, mais voilà ta vraie posture en réalité : tu ne cherches qu’à être un tyran sur Terre (jabbar), tu ne cherches qu’à répandre la corruption. Tu ne t'inscris pas dans une démarche saine pour être une personne qui amène la paix, l’harmonie et la réconciliation sur Terre. Tu prends les droits du plus faible pour les donner aux plus forts. Tu n’es pas dans une démarche consciente de correction et de restauration de la paix (islah)”

Dans S.28 - V.19 (traduction méditative)

 

 

 

N'OUBLIE PAS QUI TU ES

Nous avons vu dans l’article consacré à la deuxième prière que Moussa portait en lui-même, depuis sa plus tendre enfance, cette bonne opinion de sa présence et de son rôle à jouer sur terre. Cette vision de lui-même lui a été donnée par ses deux mamans, et a même certainement été soufflée à son âme avant sa venue au monde, tant l’attente d’un prophète sauveur était grande pour son peuple et pour sa famille en particulier. D'ailleurs, la veille, lorsque le soldat égyptien est mort, il a vécu sa première prise de conscience, en grande partie à cause de l’image que renvoyait son geste à la population égyptienne. 

Il est insupportable pour Moussa d’être taxé de meurtrier et de fauteur de troubles, lui qui a été programmé, élevé, nourri avec cette intention de devenir un homme de bien et de justice  (mouslah). 

Le mot « islah » (dont est issu le nom "mouslah" précédemment cité) peut se traduire par “semer la paix sur Terre”, “réconcilier les gens avec Dieu sur les plans intrapersonnel, interpersonnel et spirituel”, “mettre de l’ordre sur Terre” “rétablir l’harmonie”. Et ce n’est pas anodin que cette accusation soit formulée envers Moussa, car il faut savoir que ce mot, cette notion de “islah” est une notion très chère aux Prophètes. En effet, tous les Messagers venus avant notre Maître Moussa mettaient en avant cette fonction, ce rôle qu’ils étaient venus jouer sur terre. Ce message est clairement le message le plus cher aux Prophètes, il est inscrit dans leur naturelle originelle (fitra). Par conséquent, il n’y pas pire offense que de dire à un Prophète qu’il est en train de semer la terreur et la corruption, alors qu’il est génétiquement programmé pour faire tout l’inverse !

 

 

Ainsi, une nouvelle fois, il se retrouve face à des accusations similaires, venant d’un homme de son peuple d’origine. Certes ces accusations viennent d’une personne qui elle aussi se révèle être son ennemi, mais pour celui qui est suffisamment ouvert et réceptif, même la critique de l'ennemi appelle à l’éveil spirituel. Dieu a fait en sorte que la voix de la Vérité s’exprime par la langue de l’ennemi, c’était donc une voix de conscience que notre Maître a prise très au sérieux, y voyant clairement une intervention spirituelle venant de son Seigneur.

C’est ainsi que Moussa a pris conscience que la veille, dans sa démarche pour défendre le droit de la personne la plus faible, certes il s'était montré juste et a fait le bon choix, mais qu’il n’était pas encore dans une démarche consciente pleinement orientée vers la recherche de la Face de Dieu.  

 

SITUATION CRITIQUE

Ce deuxième appel à la conscience vient finir de complètement bouleverser son cœur, le reconnectant avec l’éducation et les berceuses de sa maman, et le déconnectant de la programmation de cette école pharaonique dans laquelle il avait été formé, mais dans laquelle il avait aussi enseigné. Ainsi, quand Moussa entend cette accusation de la bouche de cet homme, il le vit comme une nouvelle intervention spirituelle, comme un nouveau rappel de sa mission sur terre. 

Moussa entend et comprend que les hommes de Pharaon vont bientôt se lancer à sa poursuite pour lui demander des comptes sur les événements de la veille, et il voit qu'il ne peut se fier à l’hébreu qui est prêt à le manipuler pour arriver à ses fins personnelles. Il prend peur, et il honore sa décision prise la veille : il quitte la ville. 

 

LE DÉPART

 

“Moïse sortit de la ville inquiet et regardant de tous côtés en disant : 

رَبِّ نَجِّنِى مِنَ ٱلْقَوْمِ ٱلظَّٰلِمِينَ

 “Mon Seigneur qui veilles sur moi, qui me fais grandir et qui ne m’abandonne jamais, sauve-moi des personnes qui se sont investies dans les ténèbres de l’injustice et de l’ingratitude” 

dans S.28 - V.21





En sortant de la ville, l’état de notre Maître Moussa évolue entre la peur et l’attente, entre la peur et l’espoir. Cette confrontation d’émotions fortes et contradictoires va jouer le rôle de véritable terreau de développement émotionnel et faire émerger cette prière au fond de son cœur. En substance, il dit : “Oui je suis l’ennemi de Tes ennemis, Ô mon Dieu, oui, je me suis engagé à ne plus servir un système injuste, mais je réalise que seul, je suis perdu. J’ai besoin que Tu me protèges de leur ruse, de leur mal, de leurs attaques, et de leurs stratagèmes pour parvenir à tenir cet engagement que j’ai pris devant Toi !”. 

 

UNE PRIÈRE, UN ÉTAT

On peut voir l’évolution de l’état de notre Maître Moussa, et constater que chaque prière est bien l’expression d’un état et d’une station spirituelle (maqam). Cet état était au tout début du chemin très bas, dans l’obscurité avec la première prière qui fut le premier jet de lumière sur la terre de sa conscience, puis il a réellement décollé avec la deuxième prière, poussé par le soleil éclatant du Pardon et la Grâce Divine. Élevé par son Seigneur, il a goûté au sens des noms de Divin Al-Rafi’ (Celui qui est Élevé et qui élève) et Al-Dhahir (Celui qui est apparent, manifeste, incontournable), ce qui lui a permis de se positionner : “plus jamais je ne serai l’instrument de Tes ennemis !”

Après ce point culminant, cette expression de force, viennent des sentiments contradictoires non pas sur la décision qui est prise, mais sur ses capacités à pouvoir honorer cet engagement. Et c’est là que se révèle ce mélange de peur et d’espoir, le besoin absolu de Dieu : “Mon Seigneur et Enseignant qui veille sur moi, sauve-moi des gens injustes !

Ceci nous permet de comprendre qu’Il est important de connaître ces deux états. Si on ne vit pas cette étape de peur et de recherche de refuge sur le chemin, alors c’est que nous sommes bloqués par notre arrogance



LA PRIÈRE DE L'APRÈS-MIDI

Dans les articles précédents, nous avons vu que chaque prière de Moussa correspondait symboliquement à une des prières obligatoires que Dieu nous a prescrites chaque jour. Chacune de ces prières rituelles méditatives a lieu à un moment particulier de la journée, selon la course du soleil dans le ciel. 

La troisième prière rituelle de la journée est la prière de l’après-midi (salât al-‘Asr), celle du milieu : qui se situe au centre de toutes les autres (il y en a deux avant, et deux après). Il s’agit de ce moment de l’après-midi où il fait certes encore pleinement jour, mais où l’on sent que la journée va bientôt toucher à sa fin. D’ailleurs, dans une des écoles de droit islamique, il existe un second temps pour célébrer cette prière que l’on nomme “al-‘asr hanafi”. A partir de ce moment, l’obscurité avance assez rapidement, et la lumière baisse significativement. Très vite, le coucher de soleil devient de plus en plus imminent, et ce moment est souvent générateur d’angoisse, notamment pour les personnes qui souffrent de dépression.

C’est un moment particulier qui se distingue des autres moments de la journée. Le matin, entre l’heure de la prière de la matinée (salât Doha) et la prière de la mi-journée, on a l’impression que le temps est dilaté, que l’on a du temps devant soi. Entre la prière de la mi-journée et celle de l’après-midi, on se sent bien, porté par ce moment de victoire, ce soleil de midi qui vient de dépasser son zénith. On peut avoir l’impression que l’on a le temps d’accomplir toute sorte de choses, que cette journée va durer pour toujours. Mais dès que l’heure de la prière de l’après-midi vient, on sent que le temps presse, on réalise que rien n’est statique ni permanent, que tout a une fin.

 

 

En ce sens, il s’agit de la prière de réalisation de la réalité, d’ailleurs, après avoir effectué cette prière rituelle, nous sommes invités à réciter la sourate 56, une sourate dans laquelle notre Seigneur, dans Sa Sagesse et Sa Grandeur, n’a de cesse de décrire des réalités que nous vivons en tant qu’être humain. Il nous cite plusieurs exemples concrets de comment fonctionne Sa Création afin de nous placer devant la réalité de cette vie pour nous permettre de devenir des gens réalistes. 

Dans les cultures traditionnelles, ce moment est celui où les commerçants commencent à fermer leurs boutiques et à faire le point sur leur journée de travail. Au début de la journée, ils sont très enthousiastes “aujourd’hui, je veux faire des gains !”. Cet enthousiasme monte au fur et à mesure de la journée, et au gré du passage des gens. Mais quand vient 17h, il est temps de se calmer, de penser à faire les comptes de la journée, à faire le bilan. Il est temps d’être réaliste sur ce qu’on a accompli durant la journée, qui touche bientôt à sa fin. 

C’est aussi un moment où il faut se dépêcher car tout le mouvement cosmique du coucher de soleil qui va bientôt se produire, à l’heure du l’avant dernière prière de la journée (maghreb), est à prendre au sérieux. Toute une vie invisible à nos yeux se met en mouvement et c’est pourquoi le Prophète Mohammed (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) nous a conseillé de rentrer les enfants à l’intérieur des maisons, et de consacrer ce moment au rappel de Dieu et aux exercices de développement de conscience. D’ailleurs, une fois passée cette prière de l’après-midi, nous sommes invités à formuler nos prières du soir. 

C’est donc un moment de réalisme, un moment où la réalité s’impose, et qui vient aussi symboliquement nous rappeler la Réalité Ultime : la fin de la journée s’annonce tout comme la fin de vie est imminente elle aussi. 

Il se trouve que notre Bien-aimé Seigneur a fait de cette notion de “‘asr” une sourate complète, une des sourates les plus courtes qui nous rappelle combien le temps presse, qui nous met devant l’évidence : nous n’avons plus le temps ! 

 

“Par le passage du temps,

L'être humain est par nature et par défaut en déclin progressif,

sauf ceux qui font preuve de courage en s'efforçant de placer leur confiance et leur foi en Dieu

Et qui s'efforcent de faire de bonnes actions

Et qui s'appellent mutuellement à la Vérité

Et qui s’encouragent et se soutiennent les uns les autres à être fermement engagés et dévoués”.

S.103 - Traduction méditative

 

En d’autres termes : "Par le temps qui passe, par cette heure de “‘asr” qui court et coule vers ce coucher de soleil que tu ne pourras ni éviter ni retarder, ô être humain, ne reste pas figé, ne reste pas bloqué ! Le temps presse désormais ! Ta vie court vers son crépuscule comme cette journée touche bientôt à sa fin, ta vie défile de la même façon que le temps te file entre les doigts !" 

 

LE MOMENT DE "'ASR" DE L'HÉGIRE DE MOUSSA

L’obscurité s’annonce, et c’est angoissant, stressant, pressant, oppressant… Voilà exactement l’état d’esprit que l’on observe chez notre Bien-aimé Moussa (que Dieu continue de nourrir son être et nous connecte à lui). Il exprime sa peur, ce sentiment d’humilité qui n’est pas signe d’une “tombée” de foi, mais plutôt une annonce de la tombée de la nuit. 

Même si on peut être tenté d’y voir une baisse de détermination et de foi, il n’en est rien. Car il faut bien comprendre que chaque prière de cette hégire de Moussa s’inscrit dans un chemin d’ascension et de croissance, que chaque prière est bien préparée par celle qui la précède. Elle en est un aboutissement, une avancée en maturité. Ainsi, sa foi est encore plus développée qu’elle ne l’était auparavant mais elle s’exprime d’une autre couleur. 

Moussa perçoit l’arrivée de cette obscurité qui revient, obscurité qu'il a quittée la veille, au moment de sa prise de conscience, lorsqu’il a dit : “Mon Seigneur, j’ai enténébré (dhalamtou) mon âme” ! Le racine “dhalama” renvoie à l’idée d’injustice mais aussi de ténèbres, car l’injustice est toujours liée à un manque de lumière, à une obscurité. 

 

 

Libéré des ténèbres, Dieu l’a alors couvert de Sa Grâce et de Son Pardon, jusqu'à ce qu’il se retrouve exposé à la lumière éclatante, dans une évidente ouverture de toutes ses dimensions intérieures, dans une pleine floraison (fath moubine), et il formule sa seconde prière : “Mon Dieu, par cette Grâce que Tu viens de m’accorder, je ne serai plus l’instrument de tes ennemis !”

Ensuite, la journée du cheminement de Moussa continue et on commence à voir la lumière se modifier. Il voit l’obscurité qui revient et qui lui rappelle les ténèbres dans lesquelles il était plongé précédemment, et là, il dit : “Mon Seigneur, Nourricier de mon âme, Développeur de mon être, Forgeron de mon cœur, Maître de mon existence et de ce projet qui est ma personnalité et toute ma vie, Chef de ma foi, Toi qui prends soin de moi, sauve-moi des gens ténébreux et injustes ! Sauve-moi des ténèbres et préserve-moi de retourner dans les ténèbres !”

 

DE QUOI MOUSSA A-T-IL PEUR

Voilà la demande de l’être humain conscient : il demande à être sauvé sur le plan spirituel, non pas dans le sens de ne pas être persécuté, torturé, tué ou même massacré par les injustes, car ceci relève du Décret de Dieu. Certes, on ne cherche ni les épreuves ni les difficultés et on demande à Dieu la préservation de notre santé, de notre énergie et de nos forces, mais la persécution ou la mort n’est pas la pire des choses qui puisse nous arriver. Car si l’être humain conscient est tué pour sa foi, il devient martyr. Alors que dire d’un prophète, un des êtres les plus parfaitement accomplis en Dieu ? 

Moussa n’a pas eu peur pour sa vie matérielle ou biologique. Il a eu peur pour sa vie spirituelle, peur de se perdre dans ce système, peur de trahir son engagement de la veille et ce Projet Divin qui sommeillait en lui. C’est pour cela qu’il demande à ne pas revenir sous l’emprise ni même parmi ces gens injustes, quels qu’ils soient. Voilà ce qu’exprime cette troisième prière : une demande de persévérance dans la même direction : 

"Mon Seigneur et Maître qui me protège de tout mal extérieur et intérieur, je ne veux pas retourner là où j’étais, je ne veux pas redevenir la proie ni l’instrument des gens des ténèbres, je ne veux pas retourner aux ténèbres de ma propre âme, alors sauve-moi ! Mon Seigneur, sauve-moi des gens qui n’ont pas vécu ce moment de soleil radieux (dhohr), de ceux qui n’ont pas vécu cette clarté de vision, qui ne comprennent pas cette lumière. Je ne veux pas revenir à eux, je ne veux pas qu’ils étouffent cette lumière, je ne veux pas qu’ils coupent mes ailes, je ne veux pas qu’ils déplument mes ailes et redevenir une poule parmi eux alors que tu as fais de moi il y a peu un aigle majestueux qui volait dans les cieux !”

 

 

Enfin, on voit en quoi ce moment est un moment de réalisme pour Moussa : oui, il a vécu son moment de prise de conscience suivi de ce moment de clarté éclatante, ce moment de discernement qui lui a permis de prendre une ferme décision. Mais très vite, il réalise qu’il ne pourra rien faire seul contre toute cette injustice et cette noirceur qui l’entourent de toute part. Il se rend compte de sa faiblesse, de son besoin, et se tourne vers Dieu pour Lui demander protection et renforcement. Et c’est là la réalité que chaque être humain se doit de réaliser sur son chemin. 



LA PRIÈRE DE "LA ILAHA ILLALLAH"

Dans son cheminement, notre Bien-aimé Moussa (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) est passé de l’éveil (subhanAllah) à la gratitude et à la détermination (elhamdulillah), de manière quasiment immédiate. Il décide alors de passer à l’action et de se couper des racines du mal, de son premier ennemi et dit : “je ne serai plus jamais l’instrument des criminels (moujrimines)”. Ici, il faisait référence à Pharaon et à son armée. 

Le lendemain, comme nous l’avons vu, c’est l’homme hébreu qui lui demande de défendre une injustice contre un égyptien. Il réalise alors que même son peuple d’origine peut manipuler et trahir, qu’il ne s’agit pas uniquement d’un conflit qui opposerait égyptiens contre israélites, c’est bien plus profond que cela. Il s'agit d’une opposition entre justice et injustice, entre Vérité et mensonge. 

Ayant pris la décision de quitter le système égyptien la veille, et conscient que les conséquences de son acte (le meurtre de l’Egyptien) vont bientôt prendre forme dans sa vie, on peut imaginer que Moussa aurait pu nourrir l’espoir de trouver refuge auprès de son peuple d'origine, celui des enfants d’Israël. Mais de suite, Dieu intervient et révèle devant ses yeux que l’injustice n’a pas de patrie, pas de couleur, pas d’origine. L’hébreu qu’il a sauvé la veille veut l’utiliser pour des raisons injustes, et cela est insupportable pour Moussa, qui reste une fois encore attaché à ses racines de bien, à ses mamans aimantes qui lui ont donné cette si opinion positive de lui-même et de sa fonction en ce monde, celle de devenir un homme de bien et de justice qui apporte la paix et l’harmonie sur terre (mouslah). 

Cette nouvelle intervention spirituelle le met devant la réalité de “la ilaha illAllah” : il n’y a de dieu que Dieu, il n’y a de centre d’intérêt et de direction vers laquelle orienter mon existence que Dieu. Il s’agit là du troisième pilier des cinq étapes du développement de conscience que notre Bien-aimé Prophète Mohammed (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) a enseigné à sa fille Fatima Zahra, et que nous retrouvons sous la symbolique de la Main de Fatima. 

 

 

Moussa est donc devant cette nouvelle injustice venant du camp opposé cette fois-ci, et il découvre une nouvelle réalité, qui vient renforcer sa prise de conscience de la veille. Et on peut imaginer la réflexion qui en découle, et qui va donner lieu à cette troisième prière : “ni orient ni occident, ni droite, ni gauche, je cherche la source de la justice, je cherche à embrasser la source de ma justice et droiture, mon appartenance est à Dieu et à Dieu seul ! C’est de lui que je prends ma mission, je veux réparer les injustices en Son Nom, et non pas au nom d’une lutte entre classes sociales, entre races ou entre peuples. Je veux vivre et agir au nom de la Justice Divine. Alors, mon Dieu, sauve-moi de tous les injustes quels qu’ils soient, qu’ils viennent de mon peuple d’origine ou de mon peuple d’adoption ! La définition de “criminel” ne dépend pas et ne peut être dictée par la culture ou la sous-culture dans laquelle j’ai grandi, ni dans mes intérêts du moment. Mes valeurs sont universelles et ne peuvent être à géométrie variable, une injustice contre Ta Paix est une injustice, d’où qu’elle vienne !”

On peut imaginer que pour un jeune israélite, il était très facile de tomber dans le piège d’associer l’image du criminel à celle de l’homme égyptien. Mais Moussa, en s’investissant dans ce chemin de reconnaissance, est parvenu à la maturité de “la ilaha illAllah” : la Vérité n’est ni avec mon peuple, ni avec le peuple ennemi, elle est avec Dieu ! Et je ne veux pas être avec des injustes quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent, point à la ligne.  

 

 

D’ailleurs, cette demande d’être sauvé du peuple injuste peut être lue de manière positive : de manière implicite, Moussa demande à Dieu de le mettre en compagnie des bonnes personnes : celles qui sauront l’aider à développer son potentiel d’homme de bien et de justice. 

On peut aussi voir l’énergie de "la ilaha illAllah" dans cette prière, dans le sens où il demande à Dieu de le protéger des faux Dieu : de ceux qui prétendent être Dieu, de ceux qui cherchent à prendre la place de Dieu dans sa vie. Cette prière montre clairement un investissement dans la voie du Un et une fuite de la dualité. Il fuit les faux dieux et affirme son appartenance au Seul Dieu Vrai et Réel. 

 



MÉDITATION DE LA TROISIÈME PRIÈRE DE MOUSSA

Au regard de tous les points que nous avons abordés jusqu’à présent, nous proposons cette méditation pour cette troisième prière de notre Maître Moussa : 

 

 

 

QUITTER LA ZONE DE CONFORT ET TRAVERSER LA ZONE DE PEUR

Cette troisième étape vécue par notre Maître Moussa nous enseigne comment aborder ce nouveau défi pour notre propre Hégire spirituelle.

Dans ce schéma que nous avons partagé dans les articles précédents, nous avons vu que la zone de peur est la zone que doit franchir toute personne qui sort de sa zone de confort. Une fois la prise de conscience opérée (étape 1 sur le schéma), la personne qui prend la décision de partir (étape 2) est en réalité toujours dans la zone de confort. Ce n’est une fois qu’elle se met en mouvement, une fois qu’elle passe à l’action, qu’elle sort de cette zone de confort pour finalement se retrouver dans une zone de turbulence et de peur (étape 3). 

 

 

Le passage dans cette zone est normal et obligatoire. C’est là la fameuse pression dont nous avons déjà parlé, pression qui rencontre des résistances internes. Il est important de le savoir au préalable pour ne pas craquer sous la pression et profiter de ces turbulences pour se raccrocher à Dieu, pour augmenter notre conscience de notre besoin de lui et notre capacité à Lui parler. 

Toutes les peurs rencontrées dans cette zone ne se valent pas : certaines peurs sont nécessaires pour cultiver notre humilité, notre prudence et notre rattachement à Dieu, et d’autres vont travailler contre nous, renforcer notre âme figée (l’âme absorbée par elle-même, tournée vers elle-même et qui n’arrive pas à se tourner vers Dieu, qui manque d’attention envers l’autre à cause des vices de l’égocentrisme, la victimisation, l’arrogance, l’égoïsme, etc.) qui va alors nous pousser à la résistance au changement, et tenter de nous ramener à la zone de confort.

Il est important de noter que la zone de confort est le territoire de l’âme figée, un territoire auquel elle est attachée. Quand bien même ce territoire serait une cellule de prison des plus inconfortables d’un point de vue scientifique, physique, biologique, psychologique ou social, tant que l’âme figée y trouve son contentement et une illusion de confort, elle mettra toutes ses forces pour résister, pour le défendre, s’y ancrer, ou y retourner si on l’en arrache.

C’est une chose que l’on constate aisément autour de soi. Lorsque j’étais aumônier en prison, j’ai eu la chance de rencontrer et d’accompagner beaucoup de personnes aux profils différents. La question des addictions m’a toujours beaucoup impressionnée : combien de fois ai-je vu des personnes souffrants de dépendance à des substances (alcool ou drogue) dans un état très dégradé, tristes, malheureuses, en larmes, demandant de l’aide pour s’en sortir après s’être mis dans des situations douloureuses voire même dangereuses pour elles comme pour ceux qui les entourent… On leur parle de l’Amour et du Pardon de Dieu, on se dit que cette fois-ci, c’est bon, la personne est vraiment sincère, elle va tout faire pour s’en sortir ! Elles versent des larmes sincères, des larmes amères à fendre le cœur, des larmes de sang, qui laissent vraiment penser que le sursaut a eu lieu et qu’elles ne reviendront définitivement plus à cette zone de confort si inconfortable. Mais voilà qu’après seulement 45 minutes de conversation, elles se retournent et demandent un peu d’argent pour pouvoir se procurer leur dose ou leur boisson !

Voilà ce que génère le fait d’être coincé dans cette zone de confort pourtant si douloureuse et même suicidaire. Le passage de la phase de décision à la phase de retour en arrière peut s’opérer en un si court laps de temps, dans la même conversation, en quelques minutes ! Il suffit de s’adresser à des thérapeutes ou à des soignants pour réaliser à quel point cette zone est un cap difficile à passer dans lequel beaucoup tombent et retournent à la case départ, de plus en plus enkystés dans leur zone de confort, zone de confort qui les rend pourtant malheureux et insatisfaits chroniques. 

Voilà à quoi mène l’âme figée : elle cherche à retourner à des idées « confortables », à des conceptions « confortables », à des schémas “confortables” au détriment du confort social, physique, psychique, ou émotionnel. Ainsi, ces zones de confort ne sont confortables que pour l’âme figée qui peut y trouver identité et référence, au détriment de tout le reste.

Et quand cette zone de confort dans l’inconfort et la douleur, cette identité factice, ces références bancales sont menacées, l’âme figée envoie des signaux de peur qui nous enjoignent à faire machine arrière dans notre Hégire intérieure. C’est ici qu’il est important de tenir bon et de continuer à avancer dans la tempête, en s’accrochant à la Corde de Dieu. D’autant que toutes les peurs ne sont pas négatives, certaines au contraire méritent qu’on en prenne grand soin.



 

LES PEURS SAINES ET JUSTES

Il existe des peurs absolument nécessaires et bénéfiques pour le chemin de croissance personnelle et spirituelle, des peurs saines à cultiver dans nos cœurs. Elles sont au nombre de trois : 

  • la crainte de Dieu
  • la crainte de ceux qui craignent Dieu
  • la crainte de ceux qui ne craignent pas Dieu.

 

1. La peur ou la crainte de Dieu

A maintes reprises, le Livre Sacré nous présente l’image de Dieu en colère, ou des descriptions effrayantes de l’enfer. Pourquoi Dieu, dans Sa Sagesse Inégalable, cherche-t-Il à susciter en nous de la peur ou de la crainte face à Sa Présence ? Cette question est cruciale, elle est au cœur même de la question religieuse, au cœur de ce que j’appelle l’intervention spirituelle, soit ici l’intervention Divine directe à travers Sa Noble Parole.

Dans un précédent article qui s’intitule “Les montagnes russes coraniques" nous avons parlé de l’alternance de ces versets durs avec les versets parlant de l’Amour de Dieu, et nous avions expliqué que l’objectif était de secouer notre intelligence émotionnelle, de la réveiller, et de l’engager. 

Nous avons vu que l’intelligence émotionnelle est cette force motrice en nous qui nous pousse à décider rationnellement de changer sans plus tarder, autrement dit de revenir à Dieu, de se repentir. Et c’est à cette force émotionnelle en nous que Dieu s’adresse, car il n’y a pas de vraie relation sans engagement émotionnel. La Parole de Dieu ne s’adresse pas au rationnel, et encore moins au mental qu’il faut être capable de transpercer pour ne pas se méprendre. Si Dieu cherche à nourrir notre peur de Lui, ce n’est pas par narcissisme ou par manipulation comme l’ont dit certains psychologues modernes, et que Dieu nous protège de telles pensées ! 

Ces versets qui inspirent de la crainte ciblent en réalité notre émotionnel afin de le faire réagir et de l’engager. Car il faut comprendre que les émotions, comme la colère, la peur ou la joie, ne sont pas et ne doivent pas être des fins en elles-mêmes. Ce sont des outils dont Dieu a dotés l'être humain, des forces pour développer les muscles du cœur, c’est-à-dire pour travailler la plasticité de notre réceptacle à la Lumière Divine. 

 

 

Le travail de cette plasticité, de cet élargissement progressif de la capacité d’accueil du cœur a pour objectif de nous permettre de recevoir davantage, d’être davantage perméables à Dieu, mais aussi de mieux recevoir et répondre aux chocs de la vie et d’en faire des opportunités de rapprochement du Divin. Les exemples de ce travail dans la Sainte parole sont nombreux, nous pouvons citer les sourates 89 et 94 par exemple qui feront l’objet d’une étude approfondie dans de prochains articles, si Dieu nous le permet. Cette plasticité du cœur, cet élargissement de la conscience, s'obtient par ce contraste entre les versets de majesté et les versets d’amour, ce travail de contraction/extension que nous sommes également amenés à vivre lors des épreuves de la vie (lire à ce sujet notre article sur le commentaire de la sourate 93).

Ainsi, ces alternances de versets parlant de Dieu qui est toujours cœur et bras ouverts comme le serait une mère et de Dieu qui peut corriger et co-ériger notre posture d’un seul regard sévère comme le ferait un père sont des images, des représentations de Dieu dont nous avons besoin et que nous devons aller chercher en nous mêmes. 

Et on ne peut se bâtir une image partielle de Dieu au gré de nos envies, de notre tempérament, de notre histoire ou de nos humeurs du moment car Dieu nous montre par ces alternances de versets doux et de versets forts que les deux aspects sont vrais et que les deux comptent. Si on refuse l'aspect du père en voulant seulement la douceur de la mère, on glisse vers quelque chose de faux, et dans un procédé pervers. Et la réciproque est également valable. 

 

"Le travail de cette plasticité, de cet élargissement progressif de la capacité d’accueil du cœur a pour objectif de nous permettre de recevoir davantage, d’être davantage perméables à Dieu, mais aussi de mieux recevoir et répondre aux chocs de la vie et d’en faire des opportunités de rapprochement du Divin."

 

Toute cette gymnastique de représentation a pour objectif de nous faire sentir et comprendre qui est Dieu et comment Il interagit avec nous. Il s’agit, comme nous l’avons déjà abordé dans les articles précédents, de personnifier Dieu, de le faire passer dans notre conception de l’état d’abstraction figée et d’objet religieux à un Dieu Réel et Vivant qui nous invite à une relation authentique et tangible. 

Sa Beauté comme Sa Majesté deviennent donc plus réelles, plus compréhensibles à notre intellect en lisant ces versets en faisant cette gymnastique de contraction/expansion. Bien entendu, il ne s’agit pas de décrire Dieu Lui-même, il ne s’agit pas de décrire les attributs de Son Essence, car nous savons bien que cette Essence est au-delà de notre compréhension. Ces images sont uniquement là pour nous permettre de visualiser et de saisir la nature de notre relation à Dieu en faisant référence à des choses que nous connaissons dans ce monde terrestre. Ces images sont absolument nécessaires, on se doit de les construire par l’utilisation de notre capacité à imaginer. 

Nous avons besoin de cet appui qui nous vient de notre force imaginaire afin de pouvoir cheminer vers la réalité. On chemine vers la réalité à travers des images qui sont des projections et des perceptions qui, lorsqu’on les travaille, nous permettent d’améliorer notre réception du Divin. Car lorsque l’on va aller d’image en image, on va finir par comprendre de manière concrète qu’il est impossible d’imaginer Dieu et qu’on ne peut que Le recevoir. Nous devons Le concevoir et Le percevoir pour mieux Le recevoir (cf. notre article sur le lien entre religion et développement personnel qui aborde ce sujet. 

Ainsi, se donner les moyens de développer sa crainte de Dieu est une nécessité, une condition. Car la crainte, la peur, est un cadeau de Dieu qu’il fait ressentir aux gens qu’Il souhaite associer à Sa Maison, qu’Il souhaite faire entrer en Sa Forteresse. Et cette peur est en réalité la véritable sécurité. Car la sécurité est une vérité que Dieu donne aux gens qui ont le plus peur. Si vous voulez la vraie sécurité, laissez votre cœur ressentir la peur. Laissez votre cœur ressentir la crainte de Dieu.

Les prophètes eux-mêmes ont sans cesse développé la crainte de ne pas être assez bien, de ne pas satisfaire Dieu, et c’est en développant cette même peur que les Saints sont devenus saints.

Soyons honnêtes et sincères ! Laissons chacun d’entre nous se mettre dans la position de quelqu’un qui a besoin de développer sa crainte pour Dieu, son espoir en Dieu, son amour pour Dieu, son attachement, son aspiration, sa nostalgie pour Dieu, son désir ardent de se rapprocher de Lui. Ne fuyons pas la crainte ou la peur de Dieu car il s’agit d’une peur saine. Au contraire, cherchons à la développer afin de bénéficier des fruits spirituels qu’elle permet d’obtenir.

 

2. La peur ou la crainte de ceux qui craignent Dieu

Shaykh Abou Bakr Bin Salem (que Dieu nous connecte à son héritage) avait l’habitude de dire dans ses prières : “J'ai peur de Toi ! Et j'ai peur de ceux qui ont peur de Toi ! Et j’ai peur de ceux qui n’ont pas peur de Toi !”

S’il est aisé de comprendre la crainte que l’on doit éprouver devant Dieu ou encore devant Ses ennemis, il peut être moins facile de comprendre en quoi il est bon de craindre ceux qui sont Ses Amis. Notre maître Abd al-Qader al-Jilani nous éclaire par ces mots : “Les saints, les Amis de Dieu sont les mariées de Dieu. Il ne les dévoile pas aux yeux des criminels.”

Bien sûr, l’expression “mariées de Dieu” est à prendre au sens figuré. Elle vient mettre en avant le fait que ces Hommes et Femmes de Dieu se sont engagés envers Lui dans le cadre de ce qui ressemble à un mariage sans divorce : ils Lui ont donné leur vie, jusqu’à la mort. D'ailleurs l'alliance a été portée par notre Maître Ibrahim non pas avec notre mère Sarah, ni notre mère Hajar, mais avec Dieu ! Il l'a porté dans sa chair et dans son corps au niveau le plus intime, au niveau où toute sa descendance commence, descendance précieuse qui n’est rien de moins que les héritiers de son œuvre pour Dieu. Il s’agit là d’un des secrets de la circoncision.

 

 

Les Amis de Dieu n'ont que Dieu, ils n'ont ni père, ni mère, ni épouse, ni enfants… et même s'ils semblent avoir tout cela, ils n’ont dans leur réalité que l’Unique, que le Un. On se doit donc d’avoir peur des Amis de Dieu, car comme ils n’ont que Dieu et ne vivent que pour Dieu, notre Seigneur fait preuve d’une jalousie particulière pour eux. Il leur porte un Amour spécial et très protecteur : Il veille sur eux et sur leurs cœurs avec soin. Ainsi, il faut bien se garder de les déranger, ou pire, de les blesser ! Car Dieu dit dans une narration sacrée (hadith qudsi) : « quiconque se montre hostile envers l’un de Mes Amis, Je lui déclare la guerre »...

Que Dieu nous protège et vous protège.

Et il est d’autant plus facile de les léser qu’ils sont difficiles à identifier. Une parole prophétique dit même que ce sont souvent des personnes auxquelles on ne penserait jamais, que les gens ne reconnaissent pas à leur juste valeur et méprisent même assez souvent. D’ailleurs, certains hommes de Dieu voient en cela une invitation à se comporter avec toute personne que l’on rencontre comme si elle était notre Maître al-Khidr, de crainte que ce ne soit là un Ami de Dieu ignoré.

Par conséquent la peur des Amis de Dieu est totalement justifiée, d’autant que, même si l’Ami de Dieu nous pardonne notre offense, il nous reste des comptes à rendre avec Dieu, son Ami Protecteur.

 

3. Craindre ou avoir peur de ceux qui ne craignent pas Dieu

Comme nous l’avons vu dans la grande sagesse de notre Maître Moussa, ce ne sont pas les maltraitances, les persécutions ou les agressions qui sont le plus à craindre de la part de ceux qui ne craignent pas Dieu, même si évidemment nous préférons éviter ces souffrances. 

Ce qui est le plus à craindre de ces personnes, c’est qu’elles soient une cause pour nous perdre spirituellement, pour nous dévier de la Voie, pour nous faire perdre notre Paix et notre Connexion à Dieu, ou nous ramener dans l’inconscience. Nous pouvons craindre nos réactions face à leur mal, et choisir de répondre à leur mal par une escalade des réactions négatives plutôt que le recours à la Sagesse Divine. 

 

 

 

Dans les deux cas, il faut bien comprendre que Dieu Seul est aux commandes : Il peut décider d’utiliser ceux qui ne Le craignent pas pour nous tester, nous éprouver, ou même nous punir. C’est donc cela que l’on craint à travers ceux qui ne craignent pas Dieu.

Après avoir vu les trois peurs saines et motrices de notre Hégire intérieure, ces peurs qui nous engagent émotionnellement et nourrissent le courage de notre cœur, voyons maintenant les peurs et les schémas qui loin de nous aider à nous préserver vont plutôt venir nous renvoyer à notre zone de stagnation et de prétendu confort.



LA PEUR DE L’ABUS

Refuser l’abus est une posture saine, mais parfois on peut être conduit par notre mental à voir des abus là où en réalité il y a une occasion de sortir de sa zone de confort. 

Lorsque Dieu nous envoie un de Ses instruments pour nous pousser en dehors de notre zone de confort au Nom de Dieu et de son Prophète, chose que nous avons définie comme étant une intervention spirituelle, le fait que ce soit douloureux ou désagréable ne doit pas être interprété comme un signe d’abus. Etonnamment, les personnes les plus promptes à dénoncer des abus dans les interventions spirituelles sont aussi celles qui subissent sans broncher les véritables abus dont elles peuvent être réellement victimes par ailleurs. 

Pourquoi ? quel est le problème spirituel sous-jacent ?

Sans surprise, il s’agit ici encore d’un jeu de l’âme figé, qui accepte tout abus pourvu qu’il ne la sorte pas de sa zone de confort et qu’elle y trouve un gain quelconque, et en taxant d’abus tout ce qui au contraire va l’en sortir, comme c’est le cas des interventions spirituelles. Par conséquent, si on veut vraiment pousser, et que l’on reçoit une intervention spirituelle pour nous aider à pousser, il convient d’être très vigilant avec cette peur de l’abus et avec notre ressenti biaisé qui peut nous faire croire à tort que nous sommes en train d’être abusés. Il est nécessaire de se poser la question de manière rationnelle : quels sont les faits ? Et quelle partie de moi-même se sent abusée ? 



LA PEUR DE L’INCONNU ET LE BESOIN DE CONTRÔLE

Face à l’inconnu, avoir le sentiment de contrôle peut être très rassurant pour l’âme figée, et tant que sa zone de confort lui donne le sentiment de contrôle, elle refusera d’en sortir. L’âme figée préfère une situation douloureuse et inconfortable mais connue dans laquelle elle se sent maître de la situation, plutôt qu’une situation inconnue qui l’oblige à sortir de sa zone de confort inconfortable, quand bien même cet inconnu serait très prometteur. Ces mécanismes sont très bien documentés, notamment dans le domaine du commerce.

Or, le sentiment de contrôle est une totale illusion. Prenons un exemple : as-tu vraiment plus de contrôle sur le robinet que sur les nuages au ciel dont vient la pluie ? Nous serions tentés de dire que oui, nous avons un contrôle sur le robinet qui est physiquement devant nos yeux et sur lequel nous devons effectuer une action concrète si l’on veut voir l’eau couler. 

 

 

Pourtant, Dieu nous dit que non, nous n’avons pas plus de contrôle sur le robinet que sur les nuages. En réalité nous n’avons aucun contrôle ni sur l’un ni sur l’autre. S’Il le décide, Il peut empêcher ce robinet de s’ouvrir ou faire qu’en sortira une eau salée, bouillante et impropre à la consommation…

Toute chose est en Son contrôle : en un seul instant, Il peut laisser un atome exploser n’importe où sur Terre, exactement comme la bombe atomique. D’ailleurs, qu’est-ce qui empêche les atomes de s’agiter et de se transformer en bombes atomiques ? Seule la Volonté de Dieu maintient le tout et nous protège de ce danger, car en réalité, les scientifiques savent bien que la stabilité de certains atomes ne tient à pas grand-chose. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il n’est pas compliqué pour l’Homme de fabriquer des bombes atomiques.

Notre Maître Issa (Jésus, que Dieu nous connecte à lui ainsi qu’à son héritage béni) nous a transmis une image très parlante pour illustrer cela : nous devons voir la Terre comme une masse se tenant de façon instable sur la corne d’un taureau furieux qui court, image qui est également utilisée dans l’Hindouisme. 

Qu’est ce que cela veut dire ? Tout simplement que nous ne devons pas prendre la stabilité de la Terre pour acquise. Que cette stabilité à laquelle nous sommes habitués ne nous est pas due. Imaginons-nous seulement assis sur une chaise posées sur la corne de ce taureau, aura-t-on l’impression de contrôler quelque chose ? Un éventuel sentiment de contrôle dans ces conditions ne sera-t-il pas totalement illusoire ?

Voilà la réalité. L’équilibre cosmique que l’on voit autour de nous, dont nous dépendons et sur lequel nous avons bâti une confiance inébranlable est en réalité d’une extrême vulnérabilité, mais nous n’en avons pas conscience. Pourtant, une réflexion rationnelle sérieuse peut nous amener à prendre conscience que nous ne sommes jamais en sécurité et que le danger nous cerne de toutes parts. Mais le mental empêche la raison d’imposer cette vérité, car il ne peut pas survivre avec cette idée angoissante pour lui. Alors il prétendra qu’il n’y a pas de danger, qu’il est capable de contrôler les choses, tout cela parce que nous avons peur de la peur. 

Notre mental ne veut pas laisser les commandes à notre cœur alors que c’est avec le cœur que nous vivons avec Dieu, car le cœur est la Maison de Dieu, c'est là où nous interagissons avec Dieu, et c’est auprès de lui seul que nous pouvons trouver notre sécurité, comme nous l’a enseigné notre Maître Moussa à travers cette troisième prière, et comme nous l’a enseigné notre Maître Mohammed (que Dieu continue de nourrir leurs êtres, leurs lumières et notre connexion à eux).

Par exemple, il prenait très au sérieux l'éclipse solaire, qui aujourd’hui est devenue une chose banale dans l’esprit des gens. Il mettait en garde ses compagnons sur le fait de ne pas prendre le Soleil pour acquis, de ne pas vivre en pensant qu’il sera toujours là. Il les avait enjoints à développer cette crainte en eux devant une éclipse, et de prier. Même le vent faisait réagir le Prophète et les compagnons ! Ils disaient : “Ô Seigneur, fais de ce vent un vent de Pardon et d’Amour et protège-nous d’un vent de punition et de vengeance.” Voilà comment les gens de l’intelligence vivent avec les éléments et avec la création. 

 



 

 

PRENDRE LES CHOSES POUR ACQUISES

Nous avons pris la stabilité des vents, du Soleil, de la Terre et de ses atomes pour acquise, tout comme la Gravité terrestre et autres lois naturelles. Jamais il ne nous viendrait à l’idée que toutes ces règles et lois physiques pourraient s'arrêter d’un seul coup, nous laissant démunis et dépourvus de toute illusion de contrôle. Et comme nous l’avons vu, nous devons nous montrer prudents et réalistes car prendre les choses pour acquises est un processus de l’âme figée et du mental.

Appliqué à notre cheminement, prendre les choses pour acquises peut être illustré par cet exemple : imaginons qu’une personne s’engage dans l’action de servir autrui, mais que son âme figée récupère cette action pour se sentir bien et se renvoyer une bonne image d’elle-même. Ce faisant, elle se sert de cette image de service pour se donner bonne conscience, se trouver de bonnes excuses et accuser les autres en cas de remise en cause, ou pour se reposer sur ses lauriers et abandonner tout autre effort de progression et cheminement. Elle se croit en contrôle alors qu’en réalité elle est à la dérive.

Il convient vraiment de faire très attention à ce mécanisme, car il suffit d’avoir ne serait-ce qu’un pourcent de ce schéma en soi pour empoisonner tout un océan de générosité et de sincérité. 

 

PEUR DE PRENDRE VIE : S’ENFERMER SOI MÊME DANS UNE CASE

Comment te vois-tu ? Comme une graine vivante ou comme un diamant figé ?

Ta réponse à cette question va déterminer ta capacité à avancer ou non sur le chemin de l’Hégire, ce chemin de croissance intérieure. Car la personne qui se voit comme une humble graine se donne la chance de sortir et évoluer hors de sa zone de confort pour prendre vie, pour développer des racines, et donc une stabilité. Et à force de patience, elle pourra croître petit à petit, de façon harmonieuse. 

 

 

Quant à ceux qui aiment se voir comme des diamants afin de se sentir valorisés, ils renoncent malheureusement à cheminer et à prendre vie. Ainsi, privé de racines et de stabilité, le diamant va chercher à s’encastrer, à s’incruster, afin de gagner un semblant d’équilibre. Mais cet équilibre précaire l’amène à se sentir souvent menacé, insécurisé, parce que ceux qui ne prennent pas vie sont vides. On en revient une nouvelle fois à cette dichotomie entre l’objet et l’être vivant, entre l’image figée et encadrée et l’arbre bien enraciné.  

Prendre vie fait peur, et c’est pour cela que beaucoup y renoncent. Car quand la graine prend vie, elle éclate, et tout en elle se transforme et disparaît. Et celui qui se prend pour un diamant précieux est terrorisé à l’idée d’éclater, car il y voit une mort, la mort de son illusion de grandeur, bien plus qu’une vie. Il ne se voit pas comme une humble graine qui vit un processus naturel de germination et dont l’éclatement permet l’ouverture pour recevoir l’eau et la lumière de Dieu. Il se voit comme quelque chose de trop précieux pour disparaître, et donc afin de se “protéger” de l’éclatement, il va chercher à tout contrôler.

Quant à la graine, elle préfère Dieu et le projet qu’Il lui réserve à sa propre image et à son état du moment : elle s’en remet en pleine confiance à Lui et accepte de passer par l’enterrement puis par l’éclatement, tout comme elle accepte de devenir un arbre, une plante, une fleur, ou toute autre chose que Dieu aura décidé pour elle, sans Lui formuler aucune exigence quant à Ses Choix.

 

 

Rationnellement, qu’est ce qui a le plus de valeur pour l’humanité ? Des graines qui ont le potentiel de pousser pour ensuite nourrir et sauver les vies humaines ainsi que de tout l’écosystème ? Ou bien des pierres précieuses qui ne peuvent nourrir personne, et pour lesquels les hommes s’entretuent ? S’il ne restait plus qu’une seule graine en ce monde, est-ce qu’elle n’aurait pas plus de valeur que toutes les mines de diamants réunies ?

Ces personnes, dont l’âme figée les coince dans une identité de diamants faussement précieux, recouvrent la graine qui est en eux, l’étouffent, l’empêchent d’exprimer son potentiel et de croître. En arabe, ceci est la définition même du mot “kâfir” : la racine “kafara” désigne en effet le fait de cacher, d’enfouir, de masquer, d’occulter, de recouvrir.

Alors, toi qui veux sortir de ta zone de confort, accepte de te sentir tiraillé de toutes parts ! Car il s’agit là de la germination, n’aies pas peur, laisse-toi germer ! Deviens perméable et façonnable dans les mains de Celui qui t’a créé ! 

 

 

PEUR DE LA LIBERTÉ D’AUTRUI : ENFERMER LES AUTRES DANS DES CASES

Dans sa résistance à la vie, l’âme figée ne va pas seulement s’enfermer et s’encastrer elle-même dans un cadre ou une case, elle va aussi faire de même avec les autres. Alors qu’une graine sortira tôt ou tard des cadres, car l’arbre planté dans un cadre finit forcément par en sortir, quand bien même il serait taillé chaque année pour l’obliger à y rester. 

Qu’est-ce qu’une âme figée peut donc réussir à garder dans une case, dans un cadre ? Une image. Une image figée, morte, encastrée, stérile. Voilà la préférence de l’âme figée, pour elle-même mais aussi pour les autres. L’âme figée aime donc réduire les autres à des images figées, car elle n’accepte pas que les autres soient libres. En effet, elle a peur que cette liberté l’oblige à évoluer et à renoncer à son pouvoir illusoire sur les autres. Elle a besoin que les autres soient dans des cages, des cases, et qu’ils soient diminués, soumis, dépendants, infantilisés, mais également prévisibles, et donc contrôlables.

 

 

Chacun de nous individuellement peut-être touché par cette maladie (la subir ou la faire subir), sans compter qu’à plus large échelle, c’est devenu un paradigme de société. La politique, la psychologie, la sociologie ou l’éducation modernes par exemple se basent désormais souvent sur l’habileté à savoir mettre une personne dans une case et ne plus l’en laisser sortir.

Or, notre maître Issa (que Dieu continue de nourrir son être de lumière et notre connexion à lui), a dit : « Attribuez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », et c’est exactement ce que fait une personne savante et consciente : elle ne rejette ni ne condamne rien ni personne. Pas même une personne qui suivrait à 99% les pas du diable (que Dieu nous protège de son mal et de ses manipulations) mais qui garderait 1% de ses actes sur la voie de Dieu. Une telle personne ne peut pas être qualifiée de démon, même s’il ne lui restait qu’une seule qualité. 



POLITIQUE OU SPIRITUALITE ?

Reconnaître cette qualité malgré tous les autres défauts, c’est ce qu’on appelle l’intégrité. A l’opposé de l’intégrité, on a ce qu’on appelle la politique telle qu’on la voit à l'œuvre de nos jours. Le politicien moderne te dit “reste là où tu es et dors !” alors que le spirituel te dit “ne reste pas là, sors ! Sors de ta zone de confort, pousse, élève toi, deviens façonnable et laisse-toi toi t’élever ! ». Alors à toi de choisir la voix que tu souhaites écouter :

 

Est-ce que tu t’endors ou est-ce que tu t’en sors ? 

 

On parle ici de la politique au sens large, au sens des relations sociales, là où une âme figée cherche à prendre le pouvoir sur une autre par divers procédés plus ou moins réfléchis. L’un de ces procédés consiste justement à mettre l’autre dans une case, plutôt que de faire preuve de courage pour faire face à la réalité et analyser rationnellement les qualités réelles de l’autre, sans les nier. Un tel exercice nous sortirait inévitablement de notre zone de confort, et ce n’est pas ce que souhaite notre âme figée politicienne. Car notre ego est dans la résistance à la maturité, il souhaite nous empêcher de prendre des responsabilités, de grandir, d’apprendre à faire la part des choses et à faire face aux choses telles qu’elles sont en réalité.

L’âme politicienne ne se contente pas de mettre les gens dans les cases, elle y met aussi les concepts, pour les catégoriser de façon étriquée et leur donner des définitions limitées. Ainsi, les idées des âmes figées politiciennes, par nature, sont des idées mortes-nées. On retrouve par exemple ces idées et concepts politiques dans la psychologie moderne, qui n’est plus de la psychologie mais de la politique manipulatrice envers la société qui vulnérabilise les être humains, leur fait perdre leurs repères et leur offre des discours victimisant et donc fragilisant. 

Par exemple, où est le potentiel de développement, de croissance, de propulsion vers l’avant lorsqu' on entretient dans l’idée d’une personne qu’elle est victime de son contexte ? Qu’elle doit encore et encore explorer son passé et son enfance pour y trouver les justifications à son comportement ou ses sentiments présents ? Même le concept de résilience est devenu souvent une fuite, une esquive pour ne pas affronter les problèmes. Sans parler de la psychologie positive !

Alors qu’en tant qu'êtres humains, nous sommes beaucoup plus que cela. Nous avons Dieu. Et nous avons cette plasticité interne que Dieu nous fait travailler à travers les épreuves et notre contexte. Là est la sortie de la zone de confort, là est le potentiel de développement, de croissance et de libération

 

 

 

 

DIABOLISER L’AUTRE POUR NE PAS TRAVAILLER SUR SOI

La victimisation en général, tout comme le rejet intégral, c’est de la politique. Ce n’est pas un sentiment sain et mature. Au contraire, la personne qui cherche à apprendre et à comprendre et qui respecte le savoir ne balaye jamais quelqu’un intégralement.  

Et on peut décliner ce constat dans tous les domaines de la vie. Par exemple, si on trouve un religieux qui critique et rejette en entier les pensées et positions d’un autre groupe religieux, on doit comprendre qu’il ne s’agit pas là de religion (qui est là pour permettre notre relation avec le Divin), mais qu’il s’agit plutôt de politique religieuse

Autre exemple de la vie courante, si, suite à un divorce, une personne ne reconnaît plus aucune qualité, aucun bien, aucun souvenir positif de sa vie conjugale avec son ancien conjoint, il s’agit là aussi de la politique de l’âme figée. Au sujet du divorce, Dieu nous enseigne dans la Sainte Ecriture : "N'oubliez pas le bien qu’il y a eu entre vous. Dieu voit parfaitement ce que vous faites." (S.2 - V.237).

Ainsi, un couple marié qui divorce après s’être rendu compte que leur couple génère plus de mal que de bien doit être suffisamment mature pour divorcer sur une entente mutuelle, et faire l’effort de cultiver les souvenirs positifs, ne serait-ce que la mémoire d’un verre d’eau qui aurait été apporté avec sollicitude lorsque le conjoint venait d’avaler de travers. 

Cela demande beaucoup de maturité, cela demande de sortir de sa zone de confort, que de renoncer à ces tactiques politiques pour arriver à faire face à une personne, afin de se mettre d’accord sur un contrat, une entente mutuelle mature. On peut être d'accord d’être en désaccord, sans basculer dans la plainte et la victimisation. 

 

 

 

 

REGARDER LES FAUTES DES AUTRES POUR NE PAS REGARDER LES SIENNES

Quand notre Maître Issa passa la porte du Temple, il fut tout de suite attaqué par ses détracteurs qui lui reprochaient qu’une personne qui se dit être un Prophète de Dieu ne devrait pas commettre l’erreur d’y entrer avec les pieds imparfaitement lavés. Il répondit :  « Ne regardez pas la paille dans l’œil de votre frère tandis que vous oubliez la poutre dans vos propres yeux ». Parce que si lui qui est pureté sur pureté rentre dans le temple avec une souillure physique dont il n'était même pas conscient, qu’en est il de ceux qui entrent avec le cœur souillé de vices dont ils ont parfaitement conscience et dont ils ne cherchent même pas à se purifier ? Qu’est ce qui est pire : une souillure matérielle, ou une souillure spirituelle ?

Il est aisé de se précipiter pour notifier les moindres petites fautes et manquements d’autrui, mais toute la sagesse consiste justement à réorienter son attention pour se concentrer sur nos propres défauts. Dieu nous a envoyés pour être des témoins (chouhada) de Sa Grâce, et non pour se faire spectateurs des erreurs et des fautes de l’autre. 

 

 

Nous sommes des témoins ou des observateurs, non pas des spectateurs. Ce n’est pas la même chose du tout : le spectateur est passif, il reste à l’extérieur de l’action qu’il regarde alors que l’observateur est partie prenante de l’action qu’il regarde, il est nécessairement partie prenante. Comme le préconise la narration prophétique, s’il n’intervient pas avec ses mains, il interviendra avec sa parole. S’il n’intervient pas avec sa parole, il interviendra avec son cœur. Et c’est ainsi qu’il sort des carcans de l’âme figée.

Malheureusement, notre génération ne sait même pas regarder un film correctement, alors que dire de regarder la réalité comme elle doit l’être ? Nous avons été réduits au rôle de spectateurs jusque dans nos propres vies et interactions avec autrui.



EST CE QUE JUGER EST UN MAL ?

Nous avons donc d’un côté notre Maître Issa qui nous enseigne à ne pas juger autrui avant de s’être jugé soi-même, et de l’autre côté nous avons notre Maître Mohammed (que Dieu continue de nourrir leurs être et nous connecte à eux) qui nous encourage à juger et prendre partie pour sortir de cette tendance néfaste à être spectateurs et passifs. Nous voyons donc que le jugement est un art subtil, qu’on ne doit ni condamner totalement, ni utiliser à l’emporte-pièce sans ménagement.

Pour commencer, le jugement ne doit pas porter sur une personne, mais sur une situation, ou un comportement. On ne juge pas une personne, on émet un jugement, une théorie, on se positionne sur telle situation, tel profil, tel schéma de fonctionnement ou telle action. On ne peut pas, et on ne doit pas être sans jugement. Nous devons nous positionner et choisir la voie de la justice et du bien, en toute occasion, comme l’a fait notre Maître Moussa face à l’injustice qui se déroulait devant ses yeux. il n’a pas dit “je ne me mêle pas, je ne connais pas les antécédents, je dois donc rester neutre et sans jugement !

 

 

On entend souvent parler d’ « espace sans jugement ». Vous voulez être des personnes sans jugement ? Que Dieu vous en préserve ! Car le mot jugement n’est pas toujours négatif, et diaboliser le mot “jugement”, c’est se tirer une balle dans le pied. Le jugement est nécessaire, sinon il n’y aurait pas de justice. Pas de justice sans jugement !

Ce rejet total du mot “jugement”, c’est encore de la politique ! Il y a 20 ans, le mot jugement n’était pas négatif et on faisait bien la différence entre un préjugé et un jugement. Aujourd’hui on confond les deux. Et souvent, quand les gens disent « ne me juge pas » ça signifie en réalité : « Ne me sors pas de ma zone de confort », « ne me dérange pas », « ne me mets pas en face de mes actes », ou encore « ne vient pas agiter les eaux croupies de mon marécage intérieur ». Il s’agit là encore d’une tactique de résistance au changement.

 

 

LE REMÈDE CONTRE LA PEUR ET LA RÉSISTANCE : LA CONFIANCE

Notre Maître Moussa sort de sa zone de confort, et sa prière est en elle-même une lutte contre la peur, à travers la confiance qu’il place en Dieu.  Et Dieu nous dit dans Sa Sainte Écriture adressée à l’humanité :

 

Alif Lam Mim 

Voilà la mission, une mission au sujet de laquelle il n’y a pas de doute,
C’est une guidance et une guidée pour ceux qui cherchent à développer leur conscience du Divin, pour ceux qui cherchent à être guidés, 

Ceux qui croient et qui sont perméables à l’invisible, qui n’ont pas peur de l’inconnu qui sont plus rassurés par l'invisible, que par ce qu’ils voient devant leurs yeux physiques, ceux qui cherchent à développer leur connexion au Divin et qui dépensent de ce qu'on leur donne 

S.2 - V.1-3

 

Le croyant (mou’mine, de la racine amana qui inclut la notion de sécurité, de sérénité et de confiance) est fondamentalement ainsi : il a davantage confiance en ce qui est entre les Mains de Dieu qu’en ce qui est en son propre contrôle (contrôle illusoire comme nous avons vu). Ainsi, le croyant trouve son remède contre la peur de l’inconnu en réalisant que Seul Dieu est aux commandes de sa vie !

 

 

 

CHERCHER L’ASSISTANCE SPIRITUELLE DE DIEU

Contre la peur, contre les résistances, contre les voix du découragement, contre l’attrait de la zone de confort, contre notre propre faiblesse ou lâcheté, contre notre âme figée et ses manigances, nous ne sommes donc pas seuls et livrés à nous-mêmes. Nous pouvons compter sur l’Assistance Spirituelle et le Regard de Dieu.

Mais on ne peut pas rester dans sa zone de confort et espérer que Dieu fasse le travail à notre place. Comme nous l’avons vu avec notre Maître Moussa, nous avons d’abord le devoir de sortir de cette zone, d’avancer et de pousser malgré la peur, afin de rencontrer Dieu et de nous placer sous Sa Protection. 

 

 

Dans une narration sacrée venant de Dieu (hadith qudsi), on apprend que celui qui se rapproche de Dieu d’un pouce Le verra se rapprocher de lui d’un empan. Et celui qui se rapproche de Lui d’un empan Le verra se rapprocher d’une coudée. Alors pousse ! Et pousse ne serait-ce que d’un pouce chaque jour, car celui qui pousse vers Dieu, Dieu se précipite vers lui.

Car avancer malgré la peur, pousser malgré les obstacles, c’est un appel, une prière, une recherche de l’Attention spirituelle et du Regard de Dieu, exactement comme la plante cherche le regard du jardinier pour recevoir son aide : si le Jardinier voit une belle plante en train d’essayer de faire pousser ses racines malgré les roches ou les ronces qui la bloquent et l’étouffent, se battant avec ténacité et courage, Sa Main de Jardinier viendra arracher et faire disparaître les obstacles, et aplanira la terre autour afin qu’elle puisse continuer sa croissance sans jamais s’arrêter.

Ainsi en est-il dans notre relation avec notre Seigneur : il faut qu’Il te voie en train d’agir. Il faut qu’Il te voie en train de pousser et de faire de ton mieux ! Certainement, il va y avoir des obstacles, mais fais de ton mieux. Car Il voit ton potentiel et il désire te voir l’exprimer.

Alors manifeste-toi, pousse, existe ! Sors ! Sors de toi-même et commence à pousser ! Existe ! Sors de toi-même et commence à pousser sous Son regard ! Car si tu ne pousses pas, comment le Jardinier pourrait-il savoir que tu es là ? Pourquoi viendrait-Il arracher cette herbe ou enlever cette roche s'il ne voit pas là une plante en difficulté ? Commence à germer et pousse ! Et là, Dieu t'aidera. Aide-toi et le Ciel t’aidera ! Aide-toi afin d'inviter la véritable Aide dans ta vie. Que Dieu fasse revivre nos cœurs ! Que Dieu nous délivre du joug de nos peurs !

 Amine

 

 

PRIÈRE SUR LES PAS DE MOUSSA

Afin de pouvoir marcher dans les pas de notre bien-aimé Moussa, lui qui nous a montré la marche à suivre pour sortir de soi, voici notre prière inspirée de sa troisième prière : 

 

 

 


 

Série d'articles en cours d'écriture issue d'enseignements donnés en France en Août et Septembre 2020 auprès d'un cercle d'étudiants. 

Article sur la quatrième prière à suivre très prochainement par la Grâce de Dieu.

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