La prière de la croissance continue dans la voie du service - Les cinq prières de Moïse - 6 - partie 1/2

agir spirituel comprendre les enjeux de notre époque développement de conscience les 5 prières de moïse marcher dans les pas des maîtres de la conscience mettre sa spiritualité au service de l'humanité Oct 08, 2021

Article précédent à lire et relire ici : La prière de l'espoir et de la certitude - Les cinq prières de Moïse 5

Première partie de notre article sur la cinquième prière de l'Hégire de Moïse


CONTEXTE

Notre Maître Moussa est maintenant bien engagé dans la Voie (tawajouh) et son espoir, sa certitude, sa bonne opinion et sa confiance en Dieu sont ses compagnons indéfectibles. Après avoir voyagé de longs jours dans le désert, après avoir parcouru d'innombrables kilomètres, voilà qu’il arrive à Madyan et qu’il s’approche d’un point d’eau pour s’abreuver.

 

 

En approchant, il remarque deux femmes extrêmement pudiques au point de se couvrir le visage de leurs voiles, se tenant à l’écart du puits. En retrait, elles ne peuvent aller se servir car des hommes sont en train d’abreuver leurs animaux et de remplir activement leurs outres, leurs cruches, leurs tonneaux et leurs seaux sans se soucier d’elles ni de leur besoin. 



LA SOCIÉTÉ DE MADYAN

Cette situation n’est pas anodine, elle illustre bien les défis que rencontrait la société de Madyan à cette époque. C’était une société immorale et marquée par l’égoïsme comme Dieu l'a décrite dans le Qor’an. Elle était constituée de personnes opportunistes qui trichaient dans la balance et qui traitaient leurs affaires au marché noir. Ils traitaient également très mal les personnes saintes qui avaient fait le choix de se consacrer à Dieu, le Prophète Chou’ayb en tout premier lieu. C’était une société dans laquelle régnait la loi du plus fort, dans laquelle jamais les puissants ne cherchaient à venir accommoder le besoin des personnes plus vulnérables. 

 

 

Ils pouvaient donc s’imposer et se servir autant qu’ils le souhaitaient, et les plus faibles devaient attendre qu’ils aient fini pour pouvoir prendre le reste, s’il y avait du reste. On peut imaginer que ce point d’eau était certainement la seule source d'eau accessible dans toute cette région, et que les gens de tous les villages environnant devaient marcher longtemps pour venir prendre de l’eau pour leur maison et aussi pour assouvir la soif de leurs animaux.

Et au lieu de créer un système équitable d’accès à l’eau, on voit comment ces hommes, au seul prétexte de leur force physique, occupent toute la place et empêchent les autres de pouvoir s’approcher. On imagine que ces hommes avaient des moutons, des chameaux et peut-être même des chevaux. Des animaux nombreux dont certains étaient imposants et avaient besoin de boire beaucoup. Alors que les deux femmes devaient avoir un bétail maigre et fatigué, qui devait attendre son tour.

Il n’est pas étonnant que, quelques années plus tard, les membres de cette société vont périr sous un coup de Punition Divine. Que Dieu nous protège.



LES DEUX FEMMES

Cette situation nous en dit également beaucoup sur la personnalité de ces deux jeunes femmes, filles d’un prophète, sur leur caractère (akhlaq). On comprend à travers leur attitude qu’elles étaient plutôt timides et pudiques. On voit qu’elles ont été éduquées d’une belle façon, on décèle leur beauté morale dans cette volonté d’éviter le conflit ou même juste d’entrer dans la foule des hommes au risque d’être vues ou, pire, touchées par ces hommes-là.

 

 

Car il faut comprendre qu’il existe plusieurs sortes de puits. Nous n’avons pas de précision claire sur ce dernier, mais on peut imaginer qu’il s’agit d’un puits de surface, un puits avec un bassin dans lequel le bétail peut venir s’abreuver directement. Ainsi, lorsque les gens se rendent au puits, inévitablement, ils doivent pénétrer dans l’eau, peut-être relever leur pantalon jusqu’aux genoux ou accepter de mouiller leurs habits, et avoir par conséquent le tissu qui colle à la peau. De toute façon, même dans le cas d’un puits romain dans lequel il faut plonger un seau à l’aide d’une corde, le mouvement en lui-même met en évidence une partie des bras, et même de la poitrine. Dans un cas comme dans l’autre, une partie de leur corps serait exposée, et ces femmes de haute vertu refusent de se livrer au regard des étrangers, qui plus est au regard d’étrangers vraisemblablement agressifs et dangereux.   



L’INTERVENTION DE MOUSSA

Notre Maître Moussa (que Dieu continue de nourrir son être et nous connecte à lui) trouve la situation injuste, et décide naturellement d’aller à leur rencontre pour se mettre à leur service, de mettre sa force physique au service de ces personnes en situation de faiblesse. Rappelons-le, Moussa était un soldat entraîné, et Dieu lui avait donné une taille et une force physique hors du commun. Il était d’apparence assez intimidant, et il était facile pour lui de venir s’imposer au milieu de ces hommes. Eux qui ne connaissent que la logique de la force et de l’intimidation vont facilement lui laisser la place, sans lui chercher de problèmes.  

Ainsi, avant même de puiser de l’eau pour lui-même, et alors qu’il est exténué par le long voyage qu’il a entrepris, il s’occupe d’abreuver leurs bêtes et de s’assurer de leur sécurité. Il met à nouveau sa force au service des faibles, comme il l’avait fait au moment de sa prise de conscience, dans la toute première étape de son Hégire. Mais cette fois, les choses sont différentes : ces personnes lui sont complètement étrangères, il n’est plus question d’opposition entre deux peuples, plus question de contexte politique dans lequel il aurait à prendre parti.

Il s’agit de la première épreuve pour son intégrité morale et éthique, le premier test pour ses valeurs. Car comment savoir pourquoi il est venu en aide à l’ homme hébreu ? Était-ce par tribalisme ou bien était-ce vraiment pour Dieu, pour une valeur supérieure ou transcendante telle que la justice, la morale, l’éthique, etc. ?

 

 

Ici, une chance lui est donnée d’agir au nom de ces valeurs-là, d’agir vraiment au Nom de Dieu. Et il a saisi cette opportunité de se mettre activement du côté des plus vulnérables dans une société dont il n’est pas partie prenante, une société marquée par l’injustice où la force n'est pas mise au service de la moralité et de l'éthique mais plutôt usurpée par les opportunistes.

Après avoir accompli sa tâche, il ramène humblement les bêtes abreuvées aux deux femmes, ne cherchant ni remerciement, ni récompense, ni admiration. Puis, il vient se reposer "à l’ombre" : à l’ombre de la discrétion, loin de la lumière des projecteurs. Car il ne cherche pas à être reconnu comme un héros, il ne réclame aucun honneur.



LA CINQUIÈME PRIÈRE DE MOUSSA 

Et là, dans cette ombre, il goûte pleinement à son sentiment d’humilité, de pauvreté, d’indigence, de faiblesse. Et il se remémore le goût de cette eau qu’il a puisé dans cette source spirituelle et tout ce qu’il a pu réaliser. S’élève alors de son cœur cette prière : 

 

 

Dit encore autrement : “Ô mon Doux Seigneur, mon Maître, Forgeron de ma personnalité et Nourricier de ma conscience, Tu m’as donné cette opportunité de servir, sans que je ne l’ai demandée, et j’y ai trouvé un vrai goût de Vérité et de besoin ! Grâce à cette opportunité, je vois, et je bois !” 

Cette cinquième prière, qui marque l’arrivée à destination de cette hégire spirituelle, est l’expression de ce que Moussa a réalisé lorsqu’il s’est mis au service de personnes qui en avaient besoin. 

 

 

SERVIR LES AUTRES POUR CONTINUER À CROÎTRE

Très vite, sa prière est exaucée. Une des femmes revient vers lui, lui demandant de la suivre pour rencontrer son père, un homme âgé qui souhaitait le remercier pour son geste. Et il s’avère que leur père n’était autre que l’homme de Dieu que Moussa cherchait, celui qui était le but de sa venue à Madyan. Le Prophète Chou’ayb (selon certaines narrations) lui propose alors d’épouser une de ses filles et d’entrer à son service.

La nouvelle opportunité, le bien qu’il a demandé dans sa prière se matérialise dans cette proposition de devenir un serviteur de l’homme de Dieu de son époque, l’homme qui constituait le centre de l’Attention Divine de son temps. Il devient son serviteur et son élève pendant 8 à 10 ans. Le Prophète Mohammed (que Dieu continue de  nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) a dit à ce sujet que Moussa a effectué le service “le plus complet et le plus accompli”. 

Il faut comprendre que se mettre au service d’un Homme de Dieu, et qui plus est d’un prophète, revient à se mettre au service de Dieu en réalité. Car les Hommes de Dieu ne vivent pour aucun autre but, ils ne servent aucun autre intérêt que celui de Dieu sur terre : celui de vivre en toute perméabilité à Sa présence et à Ses Enseignements et d’inviter l’humanité à les rejoindre sur ce chemin. 

 

"Le service, que j’appelle également l’agir spirituel, en a été le centre, le cœur, la chose la plus importante à travers et par laquelle Moussa a pu grandir et s’élever." 

 

Ainsi, on voit que suite à sa demande de nouvelles opportunités de servir Dieu, Dieu a donné à Moussa la plus belle de ces opportunités : celle de devenir le serviteur d’un Prophète, de bénéficier de son voisinage, de son enseignement, de son regard et de son agrément. 

En dehors de la discussion au moment de leur rencontre, aucune narration ne relate ce que ce Prophète aurait dit à Moussa durant ces 10 ans. Peut-être a-t-il bénéficié des plus beaux enseignements et conseils qui puissent exister, ou peut-être était-ce une relation exclusivement basée sur le regard, le silence et les prières. Toujours est-il que ce que Dieu a voulu nous transmettre et mettre en avant au sujet de cette relation est cette notion de service. Car le service, que j’appelle également l’agir spirituel, en a été le centre, le cœur, la chose la plus importante à travers et par laquelle Moussa a pu grandir et s’élever. 

Je tiens à préciser une chose ici. Souvent, cette prière est recommandée pour les gens qui cherchent à se marier, car Moussa (que Dieu nous connecte à lui) a reçu une proposition de mariage juste après l’avoir formulée. Certes, cela peut aider, c’est un moyen à mettre en œuvre si elle est formulée avec cette intention, mais j’aimerais que l’on essaie d’élever notre niveau de compréhension et d'attente dans la vie, de manière générale.

Car lorsque notre maître Moussa formule cette prière, ce n’est pas parce qu’il est à la recherche d’une épouse. Lorsqu’il demande à Dieu de nouvelles opportunités de se mettre à son service, c’est sans préciser de besoin personnel ni de forme particulière, car il est arrivé à un niveau de confiance en Dieu et de perméabilité à Ses Enseignements très élevé ! Il est parvenu à un niveau et à une dimension d’existence élevés, bien plus qu’on ne peut le comprendre en réalité. 

 

 

LA PERMÉABILITÉ

Nous avons vu avec la prière précédente que la bonne perception mentale et sentimentale accompagnée d’une bonne conception rationnelle (bonne opinion ou vision de Dieu) permet l’accès à l’ouverture, à la perméabilité et à la réception émotionnelle et spirituelle. C’est ce travail qui permet l’accueil de l’Amour et des Enseignements Divins, ainsi que l’acceptation de Ses Manifestations et Invitations dans nos vies.

A l'inverse, une mauvaise perception ou conception de Dieu ne mène qu’à la déception, ne permettant pas de s’ouvrir et de s’offrir à Dieu.

Ainsi, après la quatrième prière où notre Maître Moussa (que Dieu nous permette de marcher dans ses pas) nous montre comment renforcer, consolider, rendre inébranlable et indéfectible notre bonne vision, opinion, ou perception et conception de Dieu, il atteint avec cette cinquième prière un état supérieur de réceptivité et de perméabilité émotionnelle et spirituelle. 

 

 

Tout comme la terre a besoin d’être respectée et travaillée pour pouvoir devenir perméable à la pluie, la terre de son cœur est devenue façonnable, perméable, réceptive. Il est prêt à recevoir sans résistance ni jugement tout bien qu’il soit physique, mental, rationnel, émotionnel et spirituel. Il est désormais perméable à toute science et à tout savoir, à tout facteur de croissance que notre Seigneur lui fera parvenir, dans la compréhension profonde qu’il ne peut attendre ces Grâces de personne d’autre.

Car il voit plus que jamais que Dieu est Celui qui agit derrière toute cause, qu’il n’existe nulle force agissante ni puissance protectrice en dehors de Lui.



LA PRIÈRE DE “LA HAWLA WA LA QUWWATA ILLA BILLAH” 

Dans la lignée de ce que nous avons observé dans les articles précédents (Blog), cette cinquième prière de l’Hégire de Moussa correspond elle aussi à un des piliers de développement de conscience qui sont symbolisés et mis en avant dans le symbole de la main de notre mère Fatima-Zahra (que Dieu nous connecte à elle et à ses héritiers). 

Le cinquième parole de développement de conscience est “la hawla wa la quwata illa billah al-‘Aliyu al-‘Adhim”, ce qui signifie : "Il n’y a de force agissante et de puissance protectrice qu’en Dieu”. Il s’agit de voir et de développer sa conscience du fait qu’il n’y a pas de pouvoir, pas de puissance, pas d’énergie, pas d’opportunités en dehors de Dieu.

 

 

On retrouve cette idée que tout vient de Dieu dans cette prière, car Moussa reconnaît qu’il a bien agi, mais ne s’attribue pas cette bonne action à lui-même. Car dans cette demande “Mon Seigneur, je suis dans le besoin de tout bien que tu descends sur moi”, le bien fait aussi référence à ses propres bonnes actions. Il voit bien que cette bonne action qu’il vient d’effectuer lui a été soufflée, inspirée par Dieu, comme un Cadeau qui vient de lui être fait. En agissant pour l’autre, il a vu briller l’or de l’effort et en a demandé plus ! 

Il reconnaît également que ce n’est que grâce à la Force que Dieu lui a donnée qu’il a été capable de répondre à cet Appel. Il voit dans son cœur désormais embrasé (que nous avons abordé dans notre article précédent) cette Force venant de Dieu qui lui a donné la capacité de voir le besoin et de trouver l’énergie et l’intelligence d’y répondre.

C’est comme s’il disait à Dieu : “C’est grâce à Toi que j’ai pu voir le besoin de ces femmes et leur venir en aide ! Merci pour cet Appel à agir, merci pour cette capacité de voir le besoin, d’y répondre et d’agir que Tu viens de m’offrir ! Ne me laisse-pas passer à côté de tout le bien que Tu envoies vers moi, permets-moi de profiter de chaque occasion de servir, de nourrir, de donner à boire, car c’est ainsi que je pourrais toujours plus me rapprocher de Toi et que je pourrais devenir Ton Instrument !

A ce stade, notre bien-aimé Moussa est parvenu à la station de la croissance et du développement continus à travers le service. Sa prière vise alors à demander plus d’opportunités de servir pour pouvoir se ressourcer lui-même. Il demande à pouvoir mettre sa spiritualité au service de l'humanité, car il sait que tel est son devoir désormais, mais aussi que plus il servira les autres, plus il recevra de Proximité, de Connaissance. Moussa est devenu un Instrument de la Paix et de l’Amour Divins en se mettant au service des dépendants de Dieu. 

 

 

On voit ici l’importance de l’agir spirituel dans le chemin pour qui souhaite vivre de vrais moments de Rencontre avec le Divin. 



DEVENIR L’INSTRUMENT DE DIEU 

Notre bien-aimé Moussa (que Dieu continue de nourrir son être et notre connexion à lui) réalise que lorsqu’il agit pour l’autre, il devient un Instrument entre les Mains du Divin : c’est Dieu qui agit à travers lui pour sauver des vies, pour partager les vérités, pour donner à boire aux assoiffés… Et il voit l’effet que cela produit sur lui : bien qu’il n’a pas bu lui-même, alors qu’il arrivait d’un voyage long et fatiguant, il a trouvé le fait d’abreuver les autres rassasiant et assouvissant, et il en a redemandé. Car il a goûté au délice du service, il a goûté au plaisir d’agir.

Après avoir pris la ferme décision de ne plus jamais être l’instrument des injustes, des criminels et de leurs systèmes et institutions lors de l’étape 2 de son Hégire, le voici devenu instrument dans les Mains de son Seigneur, accomplissant le travail de Dieu sur terre. 

 

 

 

 

Il réalise également une Vérité profonde sur le plan spirituel qui veut que quiconque a accès à la source de l’eau spirituelle a le devoir de servir ceux qui éprouvent des difficultés pour y accéder. Il s’agit là d’un devoir, et même d’un besoin. Le meilleur moyen de se ressourcer  à la Source de la Connaissance Divine (wassila) est de permettre à ceux qui souhaiteraient puiser à la source mais qui luttent et sont en difficulté de se ressourcer. 

Plus tu abreuves les autres à travers ton agir spirituel (plus tu les sers, plus tu enseignes, plus tu invites à Dieu), plus Dieu te sert, t’abreuve, t’enseigne, et t’invite à des connaissances encore plus profondes. 


VOUS AVEZ DIT "SPIRITUEL" ?

Revenons à ce terme que j’ai choisi d’employer : agir spirituel. Le premier terme, le mot “agir” renvoie à ce que nous avons vu plus haut, au fait de “faire quelque chose, entrer ou être en action”. Le mot "spirituel'', quant à lui, vient du mot “esprit”, un terme qui peut emprunter différentes significations en fonction des auteurs et des contextes où il est employé. 

Dans ce contexte-là, et de manière générale lorsque nous l’employons, l’esprit est ce que nous appelons en arabe “ar-rouh” : cette essence en nous, cette entité qui a existé avant notre création physique et corporelle et qui réside au fond du cœur de chaque être humain. Cette entité est en permanence connectée à Dieu et porte en son sein, comme le ferait la boîte noire d’un avion, le souvenir du témoignage originel. Il s’agit de ce moment que Dieu nous décrit dans Sa Sainte Ecriture dans lequel il a réuni tous les esprits humains qui étaient alors encore à l’état de particules de lumière et où Il nous a interrogés : "Ne suis-Je pas votre Seigneur et Maître ? Ne me reconnaissez-vous pas comme étant l’Éducateur de vos âmes, le Nourricier de votre existence, la Source de votre identité ?" Et là, nous avons tous répondu  « Si ! Nous Te reconnaissons, Tu es notre Seigneur Éducateur !” (S7.V172.)

 Et c’est dans ce souvenir, dans cette source fondatrice que sont venus puiser tous les Prophètes, c’est même ce moment de rencontre qui a précédé notre création physique et notre descente sur terre qui rend pertinents les envois des Prophètes. Car  sans ce moment de témoignage, de pacte, d’engagement, l’envoi des Prophètes serait absurde et inutile, car en réalité, un Prophète n’est là que pour faire le rappel d’une Réalité que l’humain connaît déjà en son for intérieur.  

Les prophètes ne sont pas des techniciens religieux qui viendraient inventer un dieu et une religion sortis de nulle part, bien au contraire. Ils viennent nous rappeler une réalité bien connue de l’âme humaine. Ils viennent comme facteurs extérieurs pour déclencher ce phénomène en nous, mais le potentiel est déjà en chacun d’entre nous, tout comme le potentiel de vie est déjà dans la graine. Est-ce que le soleil donne vie à la graine ? Non. Est-ce que la pluie donne vie à la graine ? Non plus. Ce que le soleil et la pluie viennent faire, c’est lui rappeler son potentiel de vie, à l’intérieur d’elle-même, et en déclencher l’activation. Ils donnent la possibilité à cette vie qui est dans la graine de se manifester. Les Prophètes jouent ce rôle de facteurs extérieurs de croissance pour nous, comme le soleil et la pluie le font pour la graine. 

 

 

L’esprit est donc un instrument en nous qui nous permet de capter des réalités qui sont au-delà de la perception sensorielle et intellectuelle. Il connaît Sa Source et est toujours amoureux de cette Source. Nostalgique de ce moment de Souffle Originel, il est en permanence à la recherche des moments de connexion avec Dieu qu’il enregistre et garde gravé en lui pour l’éternité. 

L’esprit c’est la partie qui se rappelle que 1+1 = 1, ce qui revient à dire qu’il ne connaît pas la dualité, qu’il ne voit pas de faute dans ce qui est. Il ne voit que le Un, la perfection et la beauté en toute chose. L’esprit ne parle que le langage de l’amour. Là où le corps dit : « je mange, bois, j’ai des relations charnelles donc j’existe », là où la raison proclame : « je pense donc je suis », là où le cœur dit : "je m'engage donc j'existe", l'esprit dit : « j’aime donc j’existe » !

L’esprit est donc notre identité non-éphémère, qui est solide et stablement enraciné dans le terrain du Divin, qui ne tremble pas. Il est toujours conscient, éternel, authentique, sain, incorruptible. Invincible, il ne connaît pas la défaite : il est toujours victorieux, dans tous les contextes, car il les dépasse et les transcende naturellement. La victimisation et les traumatismes lui sont étrangers, inconnus, il ne peut pas être emprisonné dans ces identités factices et étriquées. Il est intouchable, inviolable, toujours dans l’action et jamais dans la réaction.  



DONNE-MOI UN CORPS

Après avoir défini ce qu’est l’esprit, nous pouvons maintenant nous pencher sur le terme qui en est issu, le terme spiritualité/spirituel. 

La spiritualité, c’est le fait de cultiver un esprit éveillé, de se réaliser spirituellement pour retrouver une meilleure version de notre être. Il s’agit de se mettre sur le chemin du retour à notre essence pour pouvoir recevoir l’Essence, pour recevoir l’Esprit de Dieu. Car si nous sommes, en tant qu’êtres humains, dotés d’un esprit, c’est uniquement pour pouvoir entrer en relation et recevoir l’Esprit Divin. 

Dans le Qor’an, Dieu nous explique que lorsque notre maître Ibrahim (que Dieu nous connecte à son héritage béni) a voulu percer le mystère de la résurrection et percevoir comment Dieu redonne la vie aux morts, son Seigneur lui a demandé d’aller collecter quatre oiseaux d’espèces différentes, de les découper et de disperser leurs membres sur différentes collines (S.2 - V.260). C’est à travers ces corps que Dieu lui a montré le Miracle de son Esprit, en les reconstituant devant ses yeux. Dieu ne lui a pas enseigné le secret du « Sois ! » sans support et intermédiaire, Il lui a demandé au préalable de Lui fournir un corps, un réceptacle afin d’accueillir l’eau de Vie.

 

 

 

 

Le même phénomène s'est produit avec notre maître ‘Issa (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière, ainsi que notre connexion à lui) lorsqu’il a voulu apprendre le mystère de la Vie. Dieu lui a demandé, cette fois-ci, de sculpter un oiseau en argile, afin que Lui vienne insuffler Son Esprit dedans, et lui donner vie. Comme si Dieu lui disait : “tu es un homme avec un corps fait d’argile, j’ai placé Ton Souffle de vie dans ce corps terrestre, alors donne-Moi un oiseau en argile si tu veux voir comment Je donne vie aux choses !". Issa a sculpté cet oiseau du mieux qu’il pouvait, il a investi tout son savoir-faire, toutes ses compétences, toute son intelligence. Il l’a présenté à Dieu, qui a insufflé de Son Esprit en lui, et lui a donné vie (S.3 - V.49)

Issa, dans sa parabole, a comparé le Saint Esprit à la colombe. Et la colombe doit bien se percher quelque part ! C’est en ces termes qu’il s’est adressé à ses apôtres un jour : “préparez des branches, préparez des nids”. Vous voulez que le Saint Esprit vienne dans votre vie ? Alors préparez quelque chose ! Vous voulez vivre la paix et la vie spirituelle ? Alors donnez lui un corps. Et ce que j’entends pas corps, ici, c’est ta capacité. C’est tout ce que tu peux faire. Donne à Dieu le corps et le décor, donne-Lui quelque chose en quoi Il pourra insuffler la Vie.

On comprend ici qu’il est absolument nécessaire de fournir un corps, une action, une forme si l’on veut recevoir la Vie de Dieu. Car la Vie, l’Esprit de Dieu demande une forme terrestre pour se poser sur terre, elle ne peut atterrir ni dans le néant ni chez les fainéants (fait-néant)… Donne une bonne action à Dieu, et regarde comment Il l’a fait s’envoler, regarde les Grâces et Bénédictions que tu reçois. Et vois que cela ne peut venir de toi. Rien ne vient de tes efforts mais tu dois travailler fort ! 

C'est cette même chose qu'un maître spirituel demande aux disciples : donnez des actions, investissez-vous. Ne venez pas consommer des moments romantiques, c’est une affaire sérieuse ! Vous devez vous donner pour espérer recevoir, et soyez conscients que rien n’est acquis, que vous pouvez vous menez à votre propre perte... Comme a dit un Homme de Dieu : “Le dépourvu n’est pas celui à qui rien n’a été donné, mais celui à qui on a donné mais qui n’a pas pris.”

Tu dois labourer, travailler, fournir un travail, une forme, quelque chose de terrestre. Et ne pense pas que tu n’es pas capable, c’est un piège ! Demande-toi qui en toi-même refuse de donner… Un homme de Dieu a dit : “sache que l’homme est paresseux et avare par nature, il ne veut pas donner”. L’humain en toi, le terrestre en toi ne veut pas donner par nature. Sache que tu as un ego, tu as une partie de toi qui est malveillante et avare qui, dès qu’elle donne un peu va estimer que c’est déjà bien trop et suffisant, et même regretter ses efforts. L’être humain ne veut pas montrer sa force, ne veut pas donner. C’est pour cela qu’il doit s’efforcer pour donner. C’est pour cela qu’il y a cette logique de l’investissement dans la Voie et que le guide spirituel met ses élèves au travail. 

 

 

 

 

C’est Dieu l’Esprit. C’est Lui la Vie, c’est Lui la Lumière, et c'est Lui qui va donner l'Eau de Vie. Mais c'est à nous de préparer un récipient, un corps terrestre, à notre niveau, pour que l'eau de Vie puisse y être versée ! Il ne s'agit pas d'inventer la Vie, car cette eau de Vie vient de Dieu. Il s’agit de préparer une branche afin que la colombe blanche ou l’aigle royal, symboles de l'Esprit Céleste, puissent s’y poser.

Ainsi, on comprend que la spiritualité n’est pas une théorie, un abstrait, un décor vide. Elle doit avoir des conséquences réelles que ce soit à l'intérieur de la personne qui cultive cet esprit éveillé tout comme à l’extérieur, sur son entourage, sa vie. La spiritualité n’est pas quelque chose que l’on subit. 



AGIR SPIRITUEL, INVESTISSEMENT, SERVICE : LE “JIHAD”

Ainsi, la spiritualité ne peut être qu’un engagement actif, et doit donner naissance à un agir, à un mouvement, à une série d'actions dans le monde physique. C’est précisément ce que j’appelle ici “agir spirituel”, et que je peux aussi désigner sous le terme “d’investissement”. Les soufis employaient quant à eux le mot “khidma”, qui signifie “service”, terme qu’il m’arrive également d’employer. Tous ces termes sont des traductions que je propose pour le terme “jihad”, un terme que Dieu utilise dans Son Livre Sacré et qui est fortement connoté négativement de nos jours.

L’être humain a besoin de s’investir pour cheminer vers Dieu, et le service aux autres est le terrain de son investissement (jihâd). Si cet agir spirituel peut prendre la forme d’un combat militaire, ce n’est pas cette forme là qu’il va s’exprimer dans la grande majorité des cas. Car contrairement à ce que nous enseignent les livres d’histoire et les médias, l’investissement est une obligation pour les croyants, que ce soit par temps de guerre ou par temps de paix. 

L’agir spirituel est le terrain de cultivation des êtres, là où les personnes vont apprendre à se donner et s’investir complètement, de tout leur être dans la Voie. Et c’est par ce moyen que toutes les dimensions intérieures de l’humain apprennent à s’aligner, à ne faire plus qu’un, dirigées vers Dieu : physique, mental, raison et cœur alignés derrière l’esprit. 

 

"L’agir spirituel est le terrain de cultivation des êtres, là où les personnes vont apprendre à se donner et s’investir complètement, de tout leur être dans la Voie."

 

L’agir spirituel est ce mouvement, cette activité dans le monde des réalités qui est menée et qui part de l’esprit, autrement dit qui prend l’esprit comme base, comme référence, comme fondation, comme mobile et aussi comme cadre. Dans les faits, il revient  à déployer tout l’effort humain dans le but de devenir un instrument de la Paix Divine. Comme le dit Saint François d’Assise dans sa prière : “O mon Dieu, fais de moi un instrument de Ta Paix” !

Ainsi, si on parle d’agir spirituel, c’est pour le mettre en opposition avec un agir qui serait mené par d’autres dimensions de l’être humain : par le corps, le rationnel, les émotions, le mental ou encore l’égo. Ces autres facettes de l’agir, qui sont en réalité plus des activismes que du service, seront abordées plus tard dans cet article. 

Il est à noter qu’il ne s’agit pas de faire abstraction ou de penser que les autres dimensions de notre être (physique, mental, rationnel, émotionnel) sont nécessairement contradictoires avec le spirituel. Au contraire, l’objectif n’est pas de morceler l’individu (chose que la modernité fait en revanche), mais bien de l’unifier, de le rendre un pour pouvoir vivre avec le Un. On doit donc plutôt considérer toutes nos autres dimensions des senseurs pour notre ascenseur qui est l’esprit, et les mettre à leur place de serviteurs de cet esprit. 



LE SOUCI PROPHÉTIQUE, MOTEUR DE L’AGIR SPIRITUEL

Comme le dit notre bien-aimé Prophète Mohammed (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) : “Le plus aimé, le plus proche de Dieu parmi vous est celui qui montre le plus de souci et qui se rend le plus utile envers les autres”. Il a également dit : "Nul d’entre vous n’aura vraiment goûté à la réalité de la foi tant qu’il n’aimera pas pour l’autre ce qu'il aime pour lui-même". 

Le souci prophétique c’est donc le fait de vouloir le meilleur pour tout le monde, par Amour pour Dieu.

D’ailleurs, en étudiant l’histoire de notre Maître Moussa (que Dieu nous connecte à lui), on remarque que c’est à chaque fois qu’il a eu ce souci pour l’autre et qu’il a voulu servir qu’il a pu rencontrer Dieu. La première fois, ce fut lorsqu’il a défendu l’homme hébreu, en étape 1 de son Hégire. Bien que ce fut fait de manière réactionnelle et non consciente, c’était déjà un positionnement, un début de souci et de service pour l’autre. Et suite à cet acte, Dieu lui a permis de changer complètement, et a transformé toute sa vie.

 

 

La deuxième fois fut cette fois-ci, lorsqu’il a servi l’eau aux femmes qui étaient empêchées d’accéder à la source. Cette fois-ci, sa décision est consciente, dirigée vers Dieu. Et Dieu va à nouveau transformer sa vie, en le menant vers son guide spirituel. Il y aura une troisième fois, qui aura lieu plus tard dans son chemin de vie. Moussa sera alors à la recherche de feu pour son épouse. Et là il trouvera Dieu Lui-même, s’adressant à lui oralement… 

Tous les Hommes de Dieu partagent ce souci prophétique, et c’est ce qui motive profondément leur investissement dans l’agir spirituel. Car en réalité, quel est le signe de l’illumination spirituelle ? 

L’éveil spirituel se mesure à l'aune de plusieurs paramètres, dont le paramètre le plus important est le souci prophétique (hamm nabawi). Nourrir un authentique SOUCI POUR L'HUMANITÉ, voilà la vraie jauge, le vrai critère de mesure ! Il ne s’agit pas de combien de fois tu as vu le Prophète (que Dieu continue de nous faire parvenir sa lumière) en rêve, de combien d’exercices de développement de conscience tu fais par jour, de combien de larmes tu verses lorsque tu écoutes tel ou tel chant religieux, ni de combien de battements de cœur tu ressens durant une assise spirituelle. Ce n’est pas à cela que se mesure l’éveil spirituel. 



LA PRIÈRE DE LA NUIT

Dans les articles précédents, nous avons fait un parallèle entre la symbolique de chaque prière obligatoire et chaque station, chaque étape de l’Hégire de notre bien-aimé Moussa (que Dieu nous connecte à lui).

La cinquième prière de la journée est la prière de la nuit qui se nomme “salât al-‘isha”. Il s'agit de la dernière prière obligatoire de la journée qui vient annoncer les prières surérogatoires de la nuit (tahajjud). 

Comme nous l'avons vu précédemment, le moment qui précède le coucher de soleil que nous avons abordé dans l’article sur la troisième prière est un moment d’angoisse. Toute personne qui s’est déjà trouvé à la campagne ou dans le désert sans présence de lumières artificielles sait qu’elle doit se hâter à faire le plus de choses possibles avant que l'obscurité ne recouvre tout. Une fois ce moment d’angoisse passé, le soleil se couche de manière rapide. C’est alors un moment de renouvellement de confiance car une fois la lumière disparue, il n’y a plus qu’à accepter ce qui est et s’en remettre à Dieu, qui est plus Grand que toute chose. On a fait ce qu’on a pu durant le jour, on peut maintenant se calmer, s’apaiser. 

Cet élan de confiance va finir par nous conduire à ce temps de prière de la nuit. Et à ce moment-là vient un goût particulier. Une paix (sakina) nous parvient avec cette prière. On commence à être plus familiarisé avec la nuit et même à se réjouir de sa présence, à en apprécier la douceur. On l’apprivoise et on ressent que Dieu ne nous a pas abandonnés à nos ténèbres. 

 

 

Imaginez ce commerçant dont nous parlions pour la prière de l’après-midi (lien). Lorsque la journée touche à sa fin, il est plutôt pressé, il voit sa perte, les manques de sa journée. Après la prière de la nuit, ce sentiment se calme, l’angoisse s'évapore. Il prend son dîner, aussi humble soit-il. Il est avec son épouse et ses enfants et savoure son verre de thé. Il peut s’apaiser en cet instant et demander à Dieu : “Demain c’est une nouvelle journée, mon Doux Seigneur. Je suis dans le plus grand besoin et je suis perméable à Grâce que tu m’envoies dans ma direction”. 

C’est ce qu’a fait notre bien-aimé Moussa : après avoir rendu service, il est allé “à l’ombre” nous dit le verset pour chercher refuge, tout comme on se réfugie dans la nuit après avoir pénétré dans la caverne de la confiance. Et là, vraiment, on se fie, on se confie à Dieu et nous pouvons nourrir de grands espoirs pour la journée du lendemain. 

De la même façon, il y a une douceur dans cette prière de la nuit. Le Prophète Mohammed (que Dieu continue de nourrir son être, sa lumière et notre connexion à lui) prenait le temps de réciter et de psalmodier de longs passages du Qor’an pour cette prière, alors qu’il favorisait des courtes sourates pour la prière du coucher de soleil.

Après le renouvellement de confiance du coucher de soleil et de l’entrée dans l’obscurité, la lune ou les étoiles ont pris la relève. Et souvent, on voit mieux qu’au moment du coucher de soleil, il y a plus de lumière, c’est beaucoup moins angoissant. C’est un moment doux, un moment de paix, d’intimité et de proximité où l’envie de discuter naît chez les gens qui se réjouissent de ce moment, de cette brise qui l’accompagne. On commence à apprivoiser la noirceur, à devenir ami et même à trouver une intimité avec la nuit et avec ses habitants. On ressent l’effet multiplicateur et exponentiel des bienfaits (baraka) de la nuit, et, par-dessus tout, on ressent la Présence de Dieu. 

On baigne dans une confiance renouvelée, apaisante. C’est une nouvelle zone de confort, mais pas une zone de confort-inconfort dans laquelle on va retomber dans la stagnation. C’est plutôt une zone de confort au sens littéral du terme : une zone où l’on est bien, une zone d’ombre (dhil) qui ne recouvre pas la lumière mais qui plutôt nous protège de la chaleur et nous fait apprécier encore plus la lumière. 

D’ailleurs, la prière de la nuit est la prière ultime de la journée, et elle vient annoncer la plus grande opportunité de Rapprochement qui existe, le plus grand terrain de combat et de service pour les hommes : celui du moment des prières nocturnes surérogatoires (tahajjud). Il s’agit du moment qui permet de vivre un éveil véritable et exceptionnel. Durant la nuit, des trésors spirituels descendent et n’arrêtent pas de parvenir à ceux qui s’investissent dans cet agir spirituel de la prière nocturne.  

 

 

Comme on le demande dans nos prières du soir : “Ô Dieu de mon cœur, plus Proche de moi que moi-même, je Te demande le Bien de cette nuit, ses ouvertures, son aide, sa lumière, ses bénédictions, et la source de guidance que Tu as soigneusement déposée en elle.” On demande à Dieu la lumière de la nuit, la Lumière spirituelle ainsi que Sa Bénédiction et Sa Guidance qu’Il fait descendre chaque nuit pour Ses Serviteurs en prière. 

Il faut savoir qu’à l’origine, la prière du coucher de soleil (Maghreb) s’appelait la première prière de la nuit (al-‘isha l-oula). Et la prière de la nuit l'icha s'appelait la deuxième prière de la nuit (al-'isha ath-thani). Et en effet, il y a vraiment une continuité dans l’état de la prière du coucher de soleil, une confirmation du besoin. Dans la première prière, on fait face à notre pauvreté, à notre état démuni (faqr) et on dit : “J'ai l’espoir, le sentiment fort et la certitude totale que mon Seigneur et Éducateur de mon âme va me guider de façon imminente sur le chemin droit” car on comprend qu’on ne peut compter que sur Lui pour nous guider dans la bonne voie, sur le bon chemin.

Puis vient la deuxième prière de la nuit qui vient confirmer cette pauvreté maintenant apprivoisée. Et là, on est absolument confiant du bien que renferme cette nuit, on sait avec certitude que l’enrichissement venant de Dieu s’annonce proche. On est donc complètement ouvert et perméable. On ouvre son cœur et ses bras pour recevoir les bienfaits et les bénédictions de ces prières nocturnes. On ouvre son âme à ce trésor de la nuit qui descend. 

Le Prophète a dit : “Notre Seigneur Nourricier de nos consciences descend chaque nuit durant le dernier tiers de la nuit et dit: “Qui m'invite et m’appelle, que je lui réponde et l'exauce ? Qui me demande que je lui donne ? Et qui demande, que Je lui pardonne, que Je le couvre de Ma Grâce et de Mon Pardon ?”. Ainsi, durant le dernier tiers de chaque nuit, notre Seigneur se rend plus Accessible et se manifeste plus Proche au commun des mortels. Sa Proximité, Sa Douceur, le fait de vivre une vraie Intimité avec Lui deviennent plus faciles. 

Ainsi, c’est le moment de lui dire, comme Moussa : “Mon Seigneur, je suis un pécheur et j’ai besoin de Ton Pardon. Je retourne à Toi, j’ai besoin que Tu me couvres de Ta Grâce ! Viens me récupérer et me réclamer ! J’ai tellement besoin de Toi, j’ai besoin que Tu veilles sur moi, sur mes besoins et sur toutes mes nécessités. Je suis nécessiteux, mon Seigneur, je suis démuni, je suis dans le plus grand besoin !"

D’ailleurs, le plus grand bienfait, la plus grande des ouvertures, la plus grande Révélation de Dieu a été descendue durant une nuit, cette Nuit du pouvoir et de la Destinée. La nuit est le meilleur compagnon des hommes de Dieu, c’est la caverne, la mine d’or des saints (kunuz as-salihin) ! Comme dans les mines souterraines qui sont obscures et sombres, mais où on trouve l’or et les métaux précieux. Chaque nuit recèle en son sein un anniversaire, une brise, une touche de cette Nuit de la Destinée. Bienheureux et bienheureuses, celles et ceux qui seront touchés par cette brise ! 

 

"La nuit est le meilleur compagnon des hommes de Dieu, c’est la caverne, la mine d’or des saints."

 

Un Homme de Dieu a dit : “lorsque je T’ai connu, mon Seigneur, toutes les nuits sont devenues des Nuits du pouvoir et de la Destinée”, car toutes les nuits sont enveloppés dans cette nuit bénie. Elle est comme la mère, la matrice des autres nuits, à l’image de la Mecque est la mère de tout le restant de la terre. Elle en est l’origine, la source, l’essence ! Toutes les nuits ont ne serait-ce qu’une graine du secret de cette Nuit du pouvoir et de la Destinée. Celui qui trouve dans son cœur un terrain fertile et qui est un bon fermier, un bon cultivateur, saura cultiver cette graine dans n’importe quelle nuit et faire pousser le lotus de la limite dans n’importe quelle nuit ! Et là, les plus grandes révélations vont se manifester à lui. 



MÉDITATION DE LA PRIÈRE


A la lumière de tous les différents points que nous avons abordés, nous proposons cet méditation dans l’esprit de la cinquième prière de Moussa : 

 

 


 

Deuxième partie de cet article à paraître très prochainement. Restez connectés ! 

Série d'articles issus d'enseignement donnés en 2020 en ligne et en présentiel auprès d'un cercle d'élèves. 

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